Trois membres du corps professoral de l’UQAM participeront à la Conférence Luhmann 2025, un colloque international qui aura lieu à la prestigieuse Université Cambridge, en Angleterre, du 9 au 12 septembre prochains. La professeure associée de l’École de travail social Diane Laflamme prononcera la conférence d’ouverture intitulée «Be Warned: Ethical Programs Are Open to Changes, and Artificial Moral Agents Could Get Involved». Les professeurs Martin Blais (sexologie) et Chiara Piazzesi (sociologie) présenteront, pour leur part, une conférence ayant pour thème «What Program for Love in the 21st Century?». L’édition 2025 de la conférence est organisée par l’Association européenne de sociologie, le Centre interuniversitaire de Dubrovnik, en Croatie, et l’Université Kazimieras Simonavicius, en Lituanie.
Événement scientifique annuel, la Conférence Luhmann réunit des chercheuses et chercheurs de différents pays et de diverses disciplines qui s’intéressent à la pensée du théoricien allemand Niklas Luhmann (1927-1998), considéré comme l’un des plus importants sociologues de la seconde moitié du 20e siècle. Chaque conférence aborde une thématique particulière associée à son œuvre. «La sociologie de Luhmann, particulièrement complexe, couvre les fonctions distinctives des système sociaux dans nos sociétés modernes: politique, droit, économie, science, religion, art, éducation, etc.», précise Diane Laflamme.
L’édition 2025 de la conférence portera sur la «notion de programme» chez Luhmann, laquelle renvoie, entre autres, aux programmes d’intervention et aux processus de prise de décision dans différents domaines, comme ceux de la politique, de la santé et de l’éducation. Selon Luhmann, ces programmes reposent sur des codes moraux binaires établissant les conditions dans lesquelles les décisions sont jugées bonnes ou mauvaises, justes ou injustes, lucratives ou ruineuses.
Programmes éthiques et technologies avancées
Dans sa conférence, Diane Laflamme traitera des programmes éthiques dans nos sociétés marquées par l’essor des technologies avancées, notamment de l’intelligence artificielle (IA). «Les programmes éthiques ont changé selon les époques, rappelle-t-elle. Ils ont été élaborés par les humains qui, aujourd’hui, continuent de les redéfinir.» La nouveauté est que les programmes éthiques dans différentes sphères d’activités, comme le droit, la santé et l’éducation, sont de plus en plus conçus pour des machines et des systèmes d’intelligence artificielle, poursuit la professeure. On annonce même l’avènement d’agents artificiels qui seraient plus compétents que les humains pour formuler des jugements moraux ou résoudre des dilemmes éthiques.
Diane Laflamme se montre sceptique. «Les systèmes d’IA sont entraînés et alimentés à partir de bases de données constituées des principes et théories éthiques élaborés par des humains et de cas de dilemmes résolus par des humains. Au bout du compte, on risque d’obtenir des perroquets qui reproduiront des biais et répéteront des erreurs.»
S’inspirant de Luhmann, la professeure plaide en faveur d’un dialogue entre les chercheuses et chercheurs en sciences humaines et celles et ceux œuvrant en architecture de systèmes et en apprentissage des machines. «Pour éviter de promouvoir une vision réductrice et simpliste des programmes éthiques, l’étude interdisciplinaire s’impose», soutient-elle.
Les activités de recherche de Diane Laflamme portent, notamment, sur l’éducation éthique, les pratiques d’intervention en contexte de fin de vie et la production du sens. Membre du Groupe de recherche sur l’éthique en éducation et en formation (GREE) et de l’Institut Santé et société, elle est aussi rédactrice en chef de la revue Frontières en études sur la mort.
La professeure a reçu le prix du Meilleur article de recherche lors de la Conférence Luhmann 2024, tenue à Dubrovnik. Ce prix lui a été décerné pour l’article intitulé «Is Ethics a Utopia? Yes, When Moral Distinctions Impair the Ethical Aim», publié dans la revue Current Sociology en juillet dernier.
L’amour au 21e siècle
Dans son ouvrage Amour comme passion, publié en 1982, Niklas Luhmann avançait l’hypothèse selon laquelle les idéaux traditionnels et le modèle romantique de l’amour (un amour inconditionnel, absolu et unique) étaient en dissolution à la fin du 20e siècle. Lors de leur conférence, Martin Blais et Chiarra Piazzesi parleront du «programme post-romantique de l’amour» qui, selon Luhmann, est axé sur la compréhension des différences et besoins individuels, c’est à dire l’acceptation que les irritations dans la relation ont leur origine dans ce qui alimente l’amour: la singularité des partenaires.
«Ce programme émergent vise à gérer le problème fondamental de l’expérience intime contemporaine, soit le fait que l’harmonisation des attentes des partenaires ne peut pas et ne doit pas être tenue pour acquise», observe Martin Blais. Si l’autre doit être compris (et aimé) dans sa singularité, doit-on accepter cette singularité lorsqu’elle produit des conséquences négatives pour l’un ou l’autre partenaire? Que devons-nous, pouvons-nous et voulons-nous accepter par amour?
Martin Blais est titulaire de la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres. Il s’intéresse notamment aux facteurs sociaux et culturels qui influencent les choix amoureux et sexuels, la santé mentale et sexuelle ainsi que l’inclusion sociale et le bien-être des personnes de la diversité sexuelle et de genre. Sa collègue Chiara Piazzesi est une spécialiste de la sociologie de l’intimité amoureuse. Elle a codirigé, avec Martin Blais, des enquêtes sur l’évolution des idéaux intimes et amoureux au Canada.