La Conférence des Nations Unies sur le climat (COP30) qui se déroule jusqu’au 21 novembre à Belém, au Brésil, réunit des dirigeantes et dirigeants mondiaux, des scientifiques, des organisations non gouvernementales et des membres de la société civile afin de discuter des mesures à prendre pour lutter contre les changements climatiques. «Les négociations se concentrent sur trois enjeux majeurs étroitement liés: l’ambition d’atténuation, le financement climatique et les marchés du carbone ainsi que les solutions fondées sur la nature», souligne Mark Purdon.
Le professeur du Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’ESG UQAM, qui a participé à plusieurs reprises à l’événement, dont une quinzaine de fois en personne, suit les négociations de près. «D’abord, les parties sont appelées à relever significativement leurs contributions déterminées au niveau national afin de maintenir l’objectif de ne pas dépasser le seuil de 1,5 degré Celsius», dit-il. Cela impliquerait une sortie accélérée des combustibles fossiles et un déploiement massif des énergies renouvelables. Or, il est peu probable, dans le contexte actuel, qu’on assiste à des engagements dans ce sens.
Le débat sur le financement climatique porte sur la mise en œuvre de la nouvelle feuille de route visant à mobiliser jusqu’à 1,3 billion de dollars américains par an d’ici 2035, en combinant fonds publics, capitaux privés et mécanismes de marché relevant de l’article 6 de l’Accord de Paris, poursuit le professeur. «Plusieurs pays du Sud exigent toutefois que ces flux soient plus transparents, prévisibles et équitables.»
Du côté des solutions, le Brésil, hôte du sommet, mettra à l’avant-plan celles qui sont fondées sur la nature, notamment la protection des forêts amazoniennes et la reconnaissance des droits des peuples autochtones, considérées comme essentielles pour concilier atténuation, biodiversité et développement inclusif.
Une délégation uqamienne
Tandis que Mark Purdon suivra à distance le déroulement de la COP30, une délégation uqamienne dirigée par sa collègue Lovasoa Ramboarisata se trouve à Belém. La professeure compte «observer avec des yeux critiques dans quelle mesure les propositions de justice environnementale trouvent leur place et sont écoutées», précise-t-elle.
«Le choix de tenir la COP en Amazonie incite à réfléchir davantage à la justice environnementale.»
Lovasoa Ramboarisata
Professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale et cheffe de la délégation uqamienne
Elle est accompagnée par la chargée de cours du Département de sociologie Daphné Esquivel-Sada et la doctorante en science des religions Marie-Josée Béliveau, dont la thèse porte sur les gardiens de l’Amazonie et les dynamiques sociales affectées par son développement. Enseignante en géographie et accompagnatrice d’un groupe étudiant du Collège Ahuntsic à la COP30, elle souhaite rencontrer des représentants de communautés affectées, notamment des groupes autochtones qui dénoncent les projets de compensation carbone dans leurs communautés ainsi que des groupes touchés par les activités minières, dont la minière canadienne Belo Monte.
Préserver la solidarité internationale
Selon le professeur du Département des sciences juridiques Alexandre Lillo, qui a participé en personne à la COP26 à Glasgow, en Écosse, et aux COP27 et COP28 à titre d’observateur à distance pour le Centre québécois du droit à l’environnement, cette COP30 est cruciale.
«On tente non seulement d’éviter d’atteindre un point de non-retour au niveau de l’écroulement du système climatique, mais aussi de sauver le système multilatéral de négociations climatiques.»
Alexandre Lillo
Professeur au Département des sciences juridiques
Malheureusement, des États et des partis politiques se désengagent de la lutte contre les changements climatiques, ce qui fragilise le système multilatéral et sa vocation universelle, analyse ce spécialiste du droit de l’environnement.
Selon lui, la COP30 servira à mesurer l’ambition réelle de la communauté internationale, ou ce qu’il en reste, pour renverser les effets des changements climatiques. «Peut-être décidera-t-on d’avancer malgré les États qui ne veulent plus suivre?», suggère-t-il. Est-ce seulement possible? «La présidence brésilienne a eu une bonne idée, poursuit-il. Plutôt que de miser sur la formulation de nouveaux engagements, elle cherchera à mettre en œuvre les engagements pris lors des COPs précédentes. Par exemple, la communauté internationale s’était engagée lors de la COP28, à Dubaï, pour une transition énergétique misant sur une diminution progressive de l’utilisation des énergies fossiles. Mais il faut une feuille de route pour cela.»
Écouter les plus vulnérabilisés
Pour Lovasoa Ramboarisata, il faut redonner aux connaissances scientifiques et citoyennes la place qu’elles méritent. «Cela semblait acquis il y a quelques années, mais le retour au pouvoir de Donald Trump et l’arrivée de ses semblables en Europe et en Amérique latine ont malheureusement entraîné un recul déplorable. Cela se traduit par des coupes sévères dans le financement de la recherche ainsi que par des attaques et de l’intimidation envers les porteuses et porteurs de solutions équitables, inclusives et issues de la diversité, plus aptes à assurer une transition juste.»
La professeure insiste: il faut écouter celles et ceux qui réclament la justice environnementale, qui détiennent des connaissances indispensables pour l’ensemble de l’humanité, mais qui n’ont pas pu se rendre à Belém en raison des coûts élevés exigés pour se déplacer, se loger et s’inscrire à l’événement. «Plusieurs groupes et pays, dont les plus vulnérabilisés par les changements climatiques, ne sont pas représentés, souligne-t-elle. Il faut éviter que les actions à venir soient encore une fois dictées par la logique rentière et néo-extractiviste voulant que les pays des Suds produisent davantage de pétrole pour soi-disant lutter contre la pauvreté.»
Un nouvel ouvrage sur la participation canadienne
Dans la foulée de la COP30, les Presses de l’Université d’Ottawa font paraître l’ouvrage 30 COPs Later, qui revient sur la participation canadienne aux différentes conférences climatiques des Nations Unies.
«La COP est un événement extrêmement médiatisé, mais, en même temps, assez nébuleux pour le grand public.»
Alexandre Lillo
Le professeur et ses collègues de l’Université d’Ottawa et de la Vancouver Island University, qui ont codirigé l’ouvrage, souhaitaient que des personnes y ayant participé leur racontent leurs expériences.
En plus des États et des parties qui ont une voix dans les négociations internationales, toutes sortes de personnes assistent aux COPs: des représentants d’industries, d’ONG, de communautés autochtones et locales, et des groupes de jeunes. «Nous avons voulu refléter cette réalité en donnant la parole à des gens connus et moins connus. Leur point commun est d’avoir participé à la COP à de maintes reprises.»
L’ouvrage regroupe une vingtaine de contributrices et contributeurs, dont la cheffe du Parti vert du Canada, Elizabeth May, le biologiste et communicateur Jean Lemire et le professeur Mark Purdon, qui témoignent de leurs expériences respectives, sous forme d’article ou de texte d’opinion.
En principe, toutes les personnes qui convergent à la COP veulent régler le même problème, mais leurs façons de voir sont parfois contradictoires, observe Alexandre Lillo, qui fait deux constats principaux. Le premier concerne la complexité de ces événements où il y a des négociations et des actions de lobbyistes, mais aussi des espaces de solidarité et de partage, de rencontre, d’échange et d’engagement entre des actrices et des acteurs qui ne négocient pas.
Son deuxième constat prend la forme d’un paradoxe attristant: «Le droit international de l’environnement, et plus spécifiquement des changements climatiques, s’est développé et s’est complexifié, il a gagné en richesse, mais il ne produit pas les effets pour lesquels il a été créé. On ne peut que constater son manque d’efficacité», déplore-t-il.
«La problématique des changements climatiques est tellement diffuse que lorsqu’on en parle, on ne parle plus de climat: on parle d’enjeux économiques, politiques et sociaux, poursuit Alexandre Lillo. Notre ouvrage montre cette complexité.»
Dans le camp de optimistes
Si le cynisme a rattrapé plusieurs observateurs, ce n’est pas le cas d’Alexandre Lillo et de Mark Purdon.
«Les coûts politiques, économiques et sociaux d’une action immédiate contre les changements climatiques rendent la tâche très difficile, mais il n’est pas trop tard pour la planète.»
Mark Purdon
Professeur au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale
À son avis, il faut s’engager collectivement dans une action climatique mondiale par le biais du financement international de la lutte contre les changements climatiques, y compris les marchés du carbone. «C’est une façon de répartir les coûts de l’atténuation des changements climatiques et d’aider à la fois le Canada et les pays en développement», explique-t-il.
«Je suis optimiste de nature, mais disons qu’il y a beaucoup de travail à accomplir, souligne Alexandre Lillo. Cette COP30 est importante et je continue à croire qu’il faut ces espaces d’engagement critique, de lutte et de solidarité pour faire avancer les mentalités et faire bouger les choses.»