Le doctorant en muséologie, médiation, patrimoine Jonathan Tourangeau est le récipiendaire 2025 de la bourse Luc-d’Iberville-Moreau, d’une valeur de 60 000 dollars. Sa thèse, dirigée par la professeure du Département d’histoire de l’art Monia Abdallah, portera sur les défis auxquels font face les musées marocains pour représenter de manière juste et inclusive les identités culturelles, notamment celle des Amazighs ou « Berbères » (un peuple autochtone d’Afrique du Nord), dans un contexte marqué par des tensions identitaires et des héritages institutionnels.
Créée grâce à un don majeur de la Fondation Luc-d’Iberville-Moreau, la bourse honore la mémoire de Luc d’Iberville Moreau (1935-2016), qui a été professeur à l’UQAM, directeur et conservateur en chef du Musée des arts décoratifs de Montréal et conservateur au Musée des beaux-arts de Montréal. La bourse encourage les études doctorales dans les domaines de l’histoire des arts décoratifs, de l’architecture, du paysage et du design.
Démocratiser les espaces
Le projet de recherche doctoral de Jonathan Tourangeau explore la place de l’amazighité dans les musées marocains, à la croisée des enjeux de reconnaissance identitaire, de représentation culturelle et de justice mémorielle dans un contexte post-révolutionnaire, marqué par la révision constitutionnelle de 2011 et la reconnaissance officielle de la langue amazighe.« En m’appuyant sur mes travaux précédents, il s’agira d’examiner si certaines des solutions envisagées pour représenter et valoriser le patrimoine culturel amazigh de façon juste sont mises en œuvre, et, le cas échéant, d’analyser leurs répercussions et leur réception », commente le doctorant.
L’étude portera sur les dynamiques de reconnaissance et d’inclusivité institutionnelle, notamment les initiatives d’autoreprésentation. Le projet interroge la manière dont les musées marocains abordent les différentes composantes de l’identité amazighe et explore les stratégies qui cherchent à concilier diversité identitaire et vivre-ensemble. Notamment par l’analyse d’expositions, il s’intéresse à la construction et la diffusion des discours sur l’amazighité, à travers une analyse critique des approches muséographiques, des choix curatoriaux et des pratiques institutionnelles. « L’objectif est d’évaluer si ces pratiques contribuent à déconstruire les récits coloniaux français et nationalistes arabo-musulmans, ou si elles perpétuent certains schémas hiérarchiques », souligne le doctorant.
Jonathan Tourangeau adopte une approche méthodologique pluridisciplinaire – historique, sociologique, anthropologique et muséologique – en s’appuyant sur des enquêtes de terrain, des entretiens et une analyse des pratiques muséales. Son projet adopte une posture décoloniale visant à reconsidérer les catégories identitaires binaires et polarisées comme «arabe» et «berbère», ainsi qu’à interroger les récits institutionnels façonnés par le colonialisme et le nationalisme. «En adoptant une posture (dé)constructiviste, ce travail reconnaît que les identités régionales et nationales sont des constructions sociales et politiques», précise Jonathan Tourangeau.
Cotutelle à Agadir
La bourse Luc-d’Iberville-Moreau permettra à Jonathan Tourangeau de réaliser sa thèse en cotutelle au Maroc, ce qui permettra de croiser les perspectives locales et internationales sur la reconnaissance culturelle et les enjeux patrimoniaux. Le chercheur a déjà contacté le professeur Mohamed Lahzar, spécialiste en archéologie et patrimoine à l’Université́ Ibn Zohr d’Agadir. « En suivant des cours sur le patrimoine et l’identité dans le contexte de mon sujet, je pourrai aiguiser ma compréhension du terrain tout en établissant des relations durables avec les acteurs locaux, renforçant ainsi la pertinence de mes études de terrain et entretiens. La cotutelle m’offrira l’occasion de poursuivre l’apprentissage et la pratique du tamazight, notamment du tachelhit, le dialecte chleuh parlé dans la région d’Agadir », conclut Jonathan Tourangeau.