Voir plus
Voir moins

Une expo rétro pour le 40e anniversaire de VOX

Plusieurs Uqamiennes et Uqamiens font partie de la rétrospective aux couleurs des années 1980.

Par Marie-Claude Bourdon

25 mars 2025 à 15 h 54

Mis à jour le 26 mars 2025 à 16 h 53

Pour ses 40 ans, le centre d’artistes VOX présente 1985. Mondes-images. Cette exposition hommage aux images et pratiques des années 1980 qui ont contribué à transformer le monde regroupe une trentaine d’artistes, dont plusieurs associés à l’UQAM. C’est la commissaire Marie J. Jean (B.A. histoire de l’art, 1994; M.A. études des arts, 1997), directrice artistique et générale de VOX et professeure associée au Département d’histoire de l’art, qui a réuni tout ce beau monde.

Le fil conducteur de cette rétrospective, c’est l’esprit des années 1980, cette époque marquée par les images, le postmodernisme, la mode, le design et le vidéoclip qui émerge comme médium. «À l’occasion de notre 40e anniversaire, nous avons souhaité faire un retour sur l’époque à laquelle VOX a émergé, indique la commissaire. Il y avait tellement de bon matériel dans les années 1980. La sélection n’a pas été facile.»

Parmi les œuvres retenues, on remarque des pièces d’Alain Paiement, de Thomas Corriveau, de Nicole Jolicoeur et de Sylvie Readman, qui sont ou ont été professeurs à l’École des arts visuels et médiatiques (ÉAVM), du chargé de cours Denis Farley, d’Angela Graeurholz, professeure à l’École de design. Parmi les autres artistes exposés, on retrouvera Dominique Blain, Geneviève Cadieux, Michel Campeau, Luc Courchesne, François Girard. Impossible de tous les nommer.

«À l’époque, c’étaient de tout jeunes artistes, qui ont par la suite fait carrière», note Marie J. Jean avec un sourire. «Beaucoup se connaissent, plusieurs ne se sont pas vus depuis longtemps.»

Pour guider sa sélection, Marie J. Jean explique avoir utilisé un texte de l’archiviste Yvon Lemay, qui a recensé dans une vingtaine de revues d’art publiées entre 1980 et 1989 des citations reliées à des enjeux à caractère politique. Les choix de la commissaire ont été faits principalement à partir des œuvres photographiques québécoises pointées dans ce texte. L’exposition évoque aussi les tensions politiques de l’époque, la récession économique, les enjeux écologiques, les revendications des différents groupes sociaux, sans oublier l’épidémie de sida qui a marqué les esprits.

Le bateau (1986) d'Angela Grauerholz s'inscrit dans la démarche de l'artiste qui, à l'époque, se questionne sur l'authenticité de l'image et cherche à brouiller la lecture de l'image photographique en tant que reflet de la réalité. Un questionnement devenu encore plus pertinent aujourd’hui, alors que les technologies numériques et l’intelligence artificielle prennent le relais de la création d’images. Photo: Angela Grauerholz

Un phénomène socioculturel

«Mon objectif était de remontrer des œuvres photographiques et vidéographiques emblématiques de l’époque, mais je voulais aussi aller plus loin et montrer l’image comme un phénomène socioculturel», explique la commissaire. À côté des salles dédiées à la photo et à la vidéo, une salle fait revivre la culture populaire de l’époque à travers la mode, le nightlife, la publicité ou le jeu vidéo, «d’autres pratiques de l’image qui ont été marquantes pour tous ceux et celles qui ont connu cette époque».

Pour compléter le portrait d’ambiance, l’exposition propose aussi une salle de lecture qui reprend le design des années 80, avec des revues (La Vie en rose, Parachute, entre autres) et des textes de l’époque, comme l’incontournable ouvrage de Jean-François Lyotard, La Condition postmoderne. «Très peu de gens savent que ce livre était à l’origine une commande du président du Conseil des universités du gouvernement du Québec, note Marie J. Jean. C’est devenu un ouvrage emblématique des années 1980 parce que toute la théorie et l’histoire de l’art postmodernes, notamment, reposent sur ce rapport dont le mandat était d’évaluer les problèmes du savoir dans les sociétés industrielles les plus avancées et de voir comment la société du savoir émergente allait se transformer.»


Un projet en trois temps

Le projet de VOX se présente en trois temps, précise la commissaire. En plus de l’exposition, qui ouvre le 28 mars, des tables rondes auront lieu le samedi 29, réunissant une quinzaine de collaboratrices et collaborateurs qui ont contribué à une publication, troisième temps du projet. Ce travail de recherche a bénéficié d’une bourse Connexion du CRSH et d’une subvention du Conseil des arts et des lettres du Québec.

Parmi les contributions à la publication, on pourra lire des textes de la professeure de l’École supérieure de mode et de l’École de design Audrey Bartis (sur la mode des années 1980 et la marque Parachute), de la chargée de cours de l’ÉAVM Bénédicte Ramade (sur les pratiques écologiques pionnières des années 1980) et de la doctorante en muséologie, médiation, patrimoine Lisa Bouraly (sur les résonances actuelles d’Aurora borealis, l’exposition phare des Cent jours d’art contemporain de Montréal en 1985).

Grand Amphitheatre, According to Horizon (1989), un photomontage en relief réalisé par Alain Paiement à partir du grand amphithéâtre de la Sorbonne, à Paris. Photo: Alain Paiement

«Dans une approche interdisciplinaire, on s’interroge sur l’impact des années 1980 sur les années 2025 à travers des enjeux touchant la photo et la vidéo, bien sûr, mais aussi la mode, le nightlife et l’environnement», décrit Marie J. Jean, qui publie elle-même un entretien avec Pauline Marois sur la relation entre aujourd’hui et la situation politique en 1985 (année où la politicienne, toute jeune ministre de la Condition féminine, va se lancer dans la course à la chefferie de son parti – et arriver deuxième derrière Pierre-Marc Johnson – après la démission de René Lévesque).

Avec la professeure de l’ÉAVM Claire Savoie, Marie J. Jean a également réalisé une série balado qui explore l’histoire des centres d’artistes dans les années 1980 à travers des interviews avec 12 figures importantes de cette histoire. La série sera diffusée dans le cadre de l’exposition.


Du groupe de jeunes militants au centre d’artistes

Marie J. Jean ne faisait pas partie de l’équipe qui a lancé VOX en 1985. À l’époque, un groupe de jeunes militants du quartier Saint-Louis-du-Parc lance Vox populi, un organisme qui utilise la photo comme outil d’intervention sociale et de diffusion de ses idées. Le collectif fonde le magazine Ciel variable en 1986 et tient la première édition du Mois de la photo à Montréal en 1989. En 1992, VOX établit sa première galerie permanente, qui diffuse des expositions de photographie contemporaine. Marie J. Jean arrive en 1998 comme directrice artistique et générale du Mois de la photo. Elle continuera d’assumer ce mandat au cours des années suivantes, avant de devenir, en 2002, directrice artistique de VOX, puis directrice générale et artistique en 2005.

Rebaptisé en 2005 VOX, centre de l’image contemporaine (après avoir été VOX, centre de diffusion de la photographie), le centre d’artistes a joué un rôle important dans la communauté artistique montréalaise au cours de ses 40 années d’existence. En plus d’agir, depuis ses débuts, comme un pôle de soutien à la création et à la diffusion des pratiques de l’image, le centre produit des publications, organise des projections de films, des conférences et des projets web. En 2005, VOX a créé le Fonds documentaire de la photographie québécoise, qui rend accessibles en ligne les travaux de 126 artistes québécois, soit 6500 images de 1950 à 2005.

Marie J. Jean, qui a complété un doctorat à l’Université McGill sur l’exposition d’artiste comme pratique réflexive, a organisé plus d’une centaine d’expositions depuis le milieu des années 1990. En 2013, elle a reçu le Prix de la Fondation Hnatyshyn soulignant l’excellence de sa pratique curatoriale. En plus de son travail à VOX, elle a conçu des expositions pour le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), le Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain, le Neuer Berliner Kunstverein en Allemagne ainsi que pour la Villa Arson, Centre national d’art contemporain de Nice.

On lui doit, entre autres, l’exposition Cabinet d’images. L’œuvre de l’art, au MNBAQ en 2011, Period Rooms, huit expérimentations artistiques présentées dans différents musées montréalais en 2019, et Les années musicales. 1920-2020, à VOX, en 2020.


Un laboratoire d’expérimentation

«VOX, dit-elle, est un laboratoire d’expérimentation merveilleux pour la pratique curatoriale». Depuis 2011, le Centre est propriétaire de locaux dans l’édifice 2-22, au coin de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent, qui lui offrent des espaces et des équipements de haut niveau. «Nous sommes un centre d’art bénéficiant des meilleures conditions muséales, mais, en même temps, notre philosophie repose sur un rapport intime, engagé et de proximité avec les artistes, souligne Marie J. Jean. Cela signifie qu’on les accompagne dans le long terme, tant dans la conception du projet que dans sa diffusion, y compris à l’étranger, quand cela est possible. C’est ce qui contribue à créer une communauté autour de VOX.»

L’exposition 1985. Mondes-images est présentée du 28 mars au 21 juin 2025 au Centre VOX, 2, rue Sainte-Catherine Est. Le vernissage aura lieu le 27 mars à 17 heures.