Lors de sa séance du 19 juin dernier, le Conseil d’administration de l’UQAM a renouvelé le mandat de la Chaire internationale sur les usages et pratiques de la ville intelligente jusqu’en 2030, au grand bonheur de sa titulaire, Florence Paulhiac. «Nous avons célébré récemment nos 10 années de partenariat avec la Ville de Montréal», précise la professeure du Département d’études urbaines et touristiques de l’ESG UQAM.
Florence Paulhiac est impliquée dans des projets de recherche-action avec des partenaires dans les domaines du transport collectif, de l’urbanisme et de l’aménagement – parmi lesquels la Ville de Montréal – depuis la création de sa chaire, en 2015. Son nom de l’époque, Chaire de recherche-innovation en stratégies intégrées transport-urbanisme (In.SITU), a été modifié en 2020, lorsque l’UQAM a créé trois chaires de recherche-innovation en partenariat avec la Ville de Montréal.
La politique Vision Zéro
En 2023, le Service de l’urbanisme et de la mobilité (SUM) de la Ville de Montréal a demandé à Florence Paulhiac et son équipe de l’aider à évaluer la gouvernance de la politique Vision Zéro, une approche visant à éliminer, d’ici 2040, les décès et blessures graves causés par une collision routière. Pour cela, plusieurs éléments du système routier doivent être repensés, dont l’aménagement des rues, le type de véhicules qui y circulent et les limites de vitesse.
«Notre mandat était de produire des recommandations touchant aux mécanismes menant à l’élaboration de la mise à jour de la politique.»
Florence Paulhiac
Titulaire de la Chaire internationale sur les usages et pratiques de la ville intelligente
Entre autres, son équipe a analysé la façon dont les décisions sont prises et comment elles se traduisent dans la mise en œuvre de la politique, en plus d’évaluer la coopération entre les parties prenantes tout au long du processus.
Pour ce faire, son équipe a obtenu un accès privilégié aux instances décisionnelles de la Ville de Montréal en lien avec la politique Vision Zéro. «On compare souvent les processus qui mènent à ce type de politique à une boîte noire, illustre Florence Paulhiac. Plusieurs décisions sont prises ou influencées par des échanges lors de réunions, de comités et même de conversations informelles, avec une foule de parties prenantes, et ces rencontres ne sont pas accessibles au grand public. C’est pourquoi on a l’impression que les processus décisionnels sont invisibles.»
Pour y accéder et pouvoir analyser ces processus, l’équipe de la Chaire a choisi d’interroger directement les actrices et acteurs concernés. «Il fallait que ces personnes nous racontent comment elles travaillent, poursuit la chercheuse. Puisque nous ne pouvions pas les rencontrer une à une, nous avons organisé des ateliers avec 12 à 20 parties prenantes selon les comités auxquels elles appartenaient. On les a fait parler des processus, de ce qu’elles trouvaient positif ou moins bon, des contraintes, des leviers et des verrous. En nous racontant plusieurs années de participation à la gouvernance de Vision Zéro, elles nous ont permis d’entrer dans la boîte noire des processus décisionnels.»
L’équipe de la chaire a également documenté des cas de gouvernance de Vision Zéro à Vancouver, Edmonton, Calgary et Toronto.
L’équipe était composée de Florence Paulhiac, du candidat à la maîtrise en études urbaines Jean-François Bénard, qui est également coordonnateur de la Chaire, de la stagiaire Sonia Arribehaut, qui est ingénieure des travaux publics en France, et de Marie-Soleil Cloutier, professeure et directrice du Centre Urbanisation, Culture, Société de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).
Les recommandations formulées par la chaire reflétaient les échanges avec les parties prenantes et c’est pourquoi elles ont été bien accueillies, insiste Florence Paulhiac. «Toutes nos recommandations ont été élaborées à partir de leur réalité. C’est ce que l’on appelle l’évaluation collaborative ou participative.»
Toutes les recommandations retenues
Lorsque l’équipe de Florence Paulhiac a présenté ses recommandations, au début de l’année 2024, la Ville se lançait dans la mise à jour de sa politique. «C’est plutôt rare que le monde de la recherche et les décideurs publics soient aussi bien synchronisés, note la professeure. À la Ville, on m’a confié que c’était la première fois qu’on avait anticipé le besoin de s’appuyer sur des données de recherche si tôt dans un processus de révision.»
Parmi ces recommandations, on souligne qu’il importe que la gouvernance et les processus décisionnels s’appuient sur des données robustes (c’est déjà le cas, précise Florence Paulhiac), que l’on resserre la gouvernance collaborative entre les parties prenantes, et que l’on améliore la gouvernance participative auprès des citoyennes et citoyens.
Le troisième plan d’action de Vision Zéro, pour la période 2025-2027, a été dévoilé par la Ville de Montréal le 16 mai dernier.
«Ça fait plus de 20 ans que je fais de la recherche-action et c’est la première fois que je vois les résultats d’une recherche traduits de façon aussi explicite dans une politique publique municipale. Toutes nos recommandations ont été appliquées et le travail de la Chaire est souligné au début du document. L’équipe était très fière!»
Un comité de pilotage interne a été mis en place pour assurer une meilleure intégration de l’approche Vision Zéro au sein de la Ville et le comité consultatif a été élargi pour inclure de nouveaux membres issus du milieu académique et de la santé publique, dont Florence Paulhiac.
Colloque et parution
Lors du colloque organisé par la Chaire au début du mois de juin, des collègues de son pendant français, la Chaire internationale sur les usages et pratiques de la ville intelligente (Chaire Cit.Us) de l’Universtié de Montpellier, ont présenté un aperçu de leurs travaux, souligne Florence Paulhiac.
En plus d’avoir profité de l’événement pour souligner le renouvellement de la chaire pour la période 2025-2030, on a procédé au lancement officiel de l’ouvrage Villes intelligentes ou vies intelligentes (ISTE, 2025), sous la direction de Gilles N’Goala, professeur à l’École de management de l’Université de Montpellier, Florence Paulhiac et Fabien Durif, professeur au Département de marketing de l’ESG UQAM.