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Des avancées pour vieillir en santé

Gilles Gouspillou et son équipe approfondissent les liens entre l’activité physique et les mitochondries.

Par Jean-François Ducharme

28 février 2025 à 14 h 14

Mis à jour le 3 mars 2025 à 15 h 19

D’innombrables études ont démontré les effets bénéfiques de l’activité physique sur le vieillissement. «Selon les données actuelles, on estime qu’une personne active va gagner entre cinq et sept années d’espérance de vie en santé par rapport à une personne inactive», rappelle le professeur du Département des sciences de l’activité physique Gilles Gouspillou.

Même si l’activité physique optimise un vieillissement sain, bouger ne freine pas tous les processus qui conduisent au déclin de la masse et de la force musculaires, et de la capacité physique générale. «Une personne de 80 ans qui fait de l’activité physique régulière aura quand même l’air d’une personne âgée», illustre le chercheur.

Quels sont les mécanismes cellulaires responsables du vieillissement qui peuvent être améliorés par l’activité physique et ceux pour lesquels nous avons peu de contrôle? Telle est la question à laquelle l’équipe de recherche du professeur Gouspillou a tenté de répondre dans une étude publiée dans la prestigieuse revue Cell Reports Medicine. Les professeurs du Département des sciences de l’activité physique Mylène Aubertin-Leheudre et Marc Bélanger, la stagiaire postdoctorale Marina Cefis, les doctorants en biologie Vincent Marcangeli (M.Sc. kinanthropologie, 2018) et Rami Haddad, ainsi que les diplômés Jordan Granet (Ph.D. biologie, 2024) et Jean-Philippe Leduc-Gaudet (M.A. kinanthropologie, 2016) comptent également parmi les signataires de l’étude.

Le rôle des mitochondries

L’équipe de recherche a fait passer une batterie de tests physiques à 139 hommes âgés de 20 à 93 ans – 88 participants étaient considérés actifs physiquement et 51 inactifs –, qui ont été séparés par groupe d’âge. Outre la composition corporelle, la force et la puissance musculaires, les tests visaient à analyser l’activité mitochondriale, c’est-à-dire l’énergie produite par les cellules. «On sait que les dysfonctions mitochondriales constituent un mécanisme clé dans l’atrophie et les faiblesses musculaires, qui contribuent à la perte de mobilité, aux chutes et aux incapacités fonctionnelles», souligne Gilles Gouspillou.

Les résultats démontrent, sans surprise, que l’activité physique protège contre le déclin des performances physiques. On observe aussi, chez les personnes actives, une meilleure énergétique mitochondriale, soit la production d’énergie dans les cellules. «Le vieillissement en lui-même n’a aucun impact sur l’énergétique mitochondriale et sur la production de radicaux libres par les mitochondries», précise le chercheur.

En revanche, l’activité physique ne protège pas contre le déclin de la capacité de rétention du calcium par les mitochondries, capacité qui diminue progressivement entre 60 et 70 ans chez tous les participants, peu importe leur forme physique. «L’accumulation excessive de calcium dans les mitochondries peut avoir un tas de conséquences négatives, dont l’atrophie musculaire et l’apoptose, soit la mort programmée des cellules», souligne Gilles Gouspillou.

Cette découverte est importante, croit le chercheur, puisqu’elle permettra aux recherches futures de développer des stratégies qui cibleront la gestion du calcium mitochondrial. «On pourrait, par exemple, tester des inhibiteurs permettant d’améliorer la capacité de rétention de calcium, ce qui aiderait les personnes âgées à vieillir en meilleure santé et à avoir de meilleures capacités fonctionnelles.» En attendant que ces solutions voient le jour, Gilles Gouspillou conseille aux personnes de tous âges de continuer à faire de l’activité physique. «C’est la meilleure façon de vieillir en santé tout en gardant son autonomie», conclut le chercheur.