Au cours du mois de décembre dernier, le professeur émérite Pierre Fortin et le professeur du Département des sciences économiques de l’ESG UQAM Alain Paquet ont publié, coup sur coup, deux textes d’opinion sur le projet d’une monnaie nationale advenant l’accession du Québec à l’indépendance. En fait, Pierre Fortin a publié un premier texte, paru dans Le Devoir le 3 décembre, expliquant pourquoi, selon lui, le Parti Québécois de 2025 a fait cette proposition. Alain Paquet lui a répondu, le 8 décembre, avec ses propres arguments contre un tel projet.
Dans son texte, Pierre Fortin explique pourquoi le Parti Québécois a évolué sur cette question. Il rappelle, en effet, que Jacques Parizeau lui-même était plutôt d’avis qu’un Québec souverain utilise le dollar canadien. Selon Pierre Fortin, ce changement de cap se justifie, d’une part, par l’intérêt pour le Québec de «protéger les entreprises québécoises des girations du taux de change canadien causées par l’instabilité des prix des produits de base». Avec sa propre banque centrale, un Québec souverain serait mieux à même de contrôler la variation du dollar québécois, à contre-courant du dollar canadien.
Pierre Fortin appuie son argumentation sur le «syndrome hollandais», en référence à une situation qui a prévalu aux Pays-Bas dans les années 1960, et sur la crise vécue en 2009 par les pays du sud de la zone euro, désavantagés par l’appréciation de la devise européenne.
Ex-député du Parti libéral du Québec ayant occupé plusieurs fonctions influentes sur les plans économique et budgétaire, Alain Paquet est d’un tout autre avis. Selon lui, «rien ne garantit qu’un dollar québécois flotterait à contre‑courant du dollar canadien, comme si l’économie du Québec était naturellement décorrélée des chocs frappant le reste du Canada».
L’économiste croit aussi qu’il ne faut pas négliger la prime de risque qui serait associée à une monnaie nationale, ce qui entraînerait des exigences de rendement plus élevées sur les titres en dollars québécois et donc des taux réels supérieurs à ceux dont bénéficie aujourd’hui le Québec. «Cette hausse du coût du capital pèserait sur l’investissement, l’immobilier et le financement de l’État québécois, un point non mentionné de l’argumentaire pour une nouvelle monnaie», écrit Alain Paquet.
Dans la perspective de Pierre Fortin, la récente proposition du Parti Québécois se justifie par l’observation de deux phénomènes historiques importants, le syndrome hollandais et la crise de l’euro après la récession de 2009. Pour Alain Paquet, qui ne croit pas qu’on puisse établir un parallèle entre le Québec et les pays du sud de l’Europe, une future monnaie québécoise n’aurait rien d’une panacée économique