Un groupe de spécialistes en écologie des forêts, des prairies, du réensauvagement et de la restauration ainsi qu’en modélisation des écosystèmes terrestres publie ces jours-ci dans Nature Communications une étude proposant la première carte mondiale alternative du couvert végétal naturel. «Cette étude est le résultat de six ans de travail intégrant les principaux facteurs écologiques qui façonnent les modèles de végétation, en particulier les régimes de feux et l’herbivorie – lorsque des animaux consomment des plantes. Elle propose une vision globale et inclusive de la végétation naturelle, englobant les arbres, les arbustes, les graminées et le sol nu, pour l’ensemble de la planète», explique l’un des cosignataires de l’article, le professeur du Département des sciences biologiques Christian Messier.
Les résultats de l’étude indiquent qu’une gestion humaine des forêts visant à réduire les risques de feux et l’herbivorie pourraient permettre de modifier au moins 675 millions d’hectares de terres. Via la restauration naturelle des écosystèmes, ces terres pourraient passer d’un type de végétation à un autre, permettant d’atteindre un meilleur équilibre pour la planète. «D’où l’importance de tenir compte de ces résultats lors de la planification de la restauration», insiste Christian Messier.
Le contrôle des feux peut se faire en favorisant, par l’aménagement forestier, la proportion d’espèces d’arbres moins susceptibles au feu, comme les peupliers et les bouleaux, et en pratiquant régulièrement des brûlages contrôlés afin de réduire la quantité de combustible dans les forêts, explique Christian Messier. «Il est aussi possible de contrôler l’herbivorie en régulant les populations des grands herbivores via la chasse ou encore en favorisant une augmentation des populations de prédateurs», ajoute-t-il.
En sélectionnant soigneusement l’ensemble des données d’entraînement, les modèles prédictifs utilisés suggèrent que la configuration optimale des terres serait la suivante: 43 % de couvert forestier, 39 % d’arbustes et de graminées, et 18 % de sol nu. «Lors de l’élaboration de ces modèles, nous avons accordé une attention particulière à la structure de l’ensemble de données, à la robustesse du cadre de modélisation et à sa sensibilité aux différentes données climatiques, ce qui garantit la transparence et la reproductibilité de nos résultats», précise le professeur.
Les résultats du type de végétation pouvant être restauré découlent directement de différents choix en matière de gestion des feux et d’intensité de l’herbivorie, indique l’étude. «Nous offrons un modèle simple et convivial qui peut générer les proportions attendues de sol nu, de végétation courte et de couvert forestier pour n’importe quelle écorégion de la Terre, en fonction des niveaux de feu et d’herbivorie sélectionnés, explique Christian Messier. Cela fait de notre modèle non seulement un outil théorique, mais un cadre pratique pour la restauration adaptative, suffisamment flexible pour soutenir des stratégies dans divers contextes écologiques et de gestion du feu et de l’herbivorie.»
Les résultats suggèrent également que les ajustements de la fréquence des incendies de forêts et de l’herbivorie de la faune pourraient avoir une influence plus importante sur la végétation naturelle que les changements climatiques prévus d’ici 2050. «Cela met en évidence la responsabilité – et l’occasion – pour les décideurs d’orienter les efforts de restauration vers des écosystèmes terrestres plus durables, biodiversifiés et adaptés localement», conclut le chercheur.