«Il y a 10 ans, si on m’avait demandé la seule chose que je ne souhaitais pas faire dans la vie, j’aurais répondu: “Être entrepreneure!”», raconte en riant Catherine Tapin (B.A. gestion et design de la mode/commercialisation, 2012). Pourtant, la diplômée a fait le saut en 2017. Elle et son conjoint, Philippe Lefebvre, ont créé Woodstock et cie, une entreprise de meubles en bois massif entièrement fabriqués au Québec. Huit ans plus tard, elle ne regrette absolument pas son choix. «J’ai toujours le goût d’aller au travail le matin et de faire évoluer notre entreprise», confie-t-elle.
L’entrepreneuriat a différents visages et les personnes qui s’y consacrent, pendant quelques années ou durant toute leur carrière, font généralement preuve d’audace, d’engagement et de ténacité.
Myriam Corbeil (B.A.A. gestion du tourisme et de l’hôtellerie, 2017), elle, a su rapidement qu’elle avait la fibre entrepreneuriale. «Après l’obtention de mon diplôme, j’ai travaillé à Tourisme Montréal, puis dans l’hôtellerie de luxe, au Québec et en Espagne, raconte-t-elle. J’ai beaucoup voyagé sac au dos, ce qui a fait naître l’idée de créer une auberge de jeunesse dans le Sud, pour le surf.»
En compagnie de son amie Solène April (B.A.A. gestion du tourisme et de l’hôtellerie, 2017), Myriam Corbeil a visité quelques terrains en Colombie, au Mexique, au Salvador et au Nicaragua, mais la complexité légale à ce genre de projet à l’étranger les a découragées. Elles ont contemplé l’idée de construire ou d’acheter un hôtel au Québec, mais il leur aurait fallu s’endetter de quelques millions de dollars.
«Pourquoi pas un village nomade? J’avais souvenir d’un voyage dans le désert du Maroc au cours duquel les tentes “se déplaçaient” avec nous», explique Myriam Corbeil. Ainsi est né Hôtel UNIQ, qui vient de conclure sa sixième saison estivale avec son concept de glamping nomade installé dans les Laurentides (Mont-Tremblant) et dans Lanaudière (Rawdon).
Trouver la bonne idée
Lors de l’inauguration du nouveau pavillon de l’Entrepreneuriat et de l’innovation, le 25 septembre dernier, le recteur Stéphane Pallage a souligné que «ce pavillon abrite aussi le Centre d’entrepreneuriat de l’ESG, ouvert à toute personne dans la communauté de l’UQAM qui aurait une idée pour la création d’une entreprise».
Sans idées, il ne peut y avoir d’entrepreneuriat. L’entreprise, dit-on, doit répondre à un problème, combler un besoin dans le marché où elle souhaite s’implanter. «Nous avons pensé à tous ces festivals et événements qui, à l’extérieur des grandes villes, se butent au manque d’hébergement pour leurs participantes et participants, relate Myriam Corbeil. L’idée était donc de créer des villages nomades de luxe, en mode camping, pour suivre les événements.»
Pour Catherine Tapin et son conjoint, ce fut une épiphanie ancrée dans leur vie quotidienne. «Mon chum venait de rénover notre maison et nous ne trouvions rien pour la meubler à notre goût, se rappelle-t-elle. C’est après avoir fabriqué lui-même notre table de salle à manger qu’il a eu le déclic pour lancer une entreprise de meubles en bois.»
Kader D’Almeida (B.A.A., 2024) était en voyage à l’étranger lorsqu’il a vu pour la première fois une borne interactive. «Cela m’a tout de suite interpellé, raconte-t-il. J’en ai parlé à mes trois associés et après quelques recherches, nous avons pu constater que ce n’était pas un produit répandu au Québec.» Leur entreprise, Sympa Wave, offre depuis 2023 des bornes interactives pour les exposants lors des salons professionnels.
Une pandémie plus tard…
Lorsque la pandémie a frappé, en 2020, Hôtel UNIQ allait lancer sa première saison avec une vingtaine d’événements estivaux. «Nous avons dû remanier notre projet, raconte Myriam Corbeil. Nous avons approché les parcs régionaux et nous leur avons proposé de créer une belle expérience d’hébergement en y installant nos tentes.»
Cinq ans plus tard, Hôtel UNIQ a planté ses tentes de luxe dans plus de 15 destinations nature au Québec et une quinzaine de festivals et d’événements. «Plusieurs nous comparent au Club Med, car nous offrons un accueil personnalisé et nous créons des espaces de rencontre, un esprit de communauté avec une programmation de spectacles et d’activités sur les terrains où se trouvent nos tentes», explique la fondatrice, qui est désormais l’unique propriétaire de l’entreprise, en plus d’être aussi doctorante en psychologie organisationnelle, chargée de cours au Département d’études urbaines et touristiques et consultante en tourisme!
Catherine Tapin et son conjoint ont dû faire face eux aussi aux impacts de la pandémie. Woodstock et cie avait trois ans lorsque les commerces ont été forcés de fermer au printemps 2020. «Heureusement, notre modèle d’affaires était entièrement en ligne à l’époque et le bouche-à-oreille, de même que les réseaux sociaux, nous ont permis de traverser la pandémie sans trop de problèmes.»
Le succès étant au rendez-vous, leur entreprise a pignon sur rue depuis l’automne 2023, à Blainville. «Les gens viennent de partout au Québec», se réjouit l’entrepreneure.
Les meilleurs conseils
Les premières années d’une entreprise sont exaltantes, mais souvent aussi épuisantes. «Au début je voulais tout comprendre et toucher à tout, raconte Myriam Corbeil. Le meilleur conseil que j’ai reçu est: “Arrête de vouloir tout faire toi-même, investis et paie bien tes employés!” Et c’était vrai: je ne pouvais pas passer mon temps à laver des tentes si je voulais faire progresser l’entreprise et préserver ma santé mentale. L’année où j’ai doublé mon budget pour les employés, j’ai augmenté mon chiffre d’affaires de 30 %!»
Après être passée par le MT Lab et le Centre d’entrepreneuriat de l’ESG UQAM (et bien d’autres incubateurs), Myriam Corbeil a développé un nouveau modèle d’affaires. Ce sont désormais des franchisés qui opèrent les deux sites d’Hôtel UNIQ. «J’ai plusieurs collaborateurs pigistes pour les ventes, le marketing, les réseaux sociaux, la comptabilité, la tarification dynamique et la publicité en ligne», précise-t-elle.
Kader D’Almeida s’estime choyé d’avoir été bien épaulé depuis le début de son aventure entrepreneuriale. «Livia Gabou, directrice des opérations du Centre d’entrepreneuriat de l’ESG UQAM, m’a aidé à affiner notre projet, à monter notre plan d’affaires. Nous avons eu la chance de participer au concours Mon entreprise et le Centre nous a mis en contact avec des organisations qui aident les entreprises en démarrage.»
Le meilleur conseil qu’on lui ait donné est de ne pas se comparer à d’autres entreprises. «Une entreprise peut avoir l’air florissante de l’extérieur même si ses finances sont en très mauvais état», illustre-t-il. Un autre conseil est de ne pas essayer de franchir les étapes trop rapidement. «Chaque projet chemine à son rythme», précise-t-il.
Au cours de la dernière année, Sympa Wave a validé son marché et approché quelques clients pour tester son offre. «La borne interactive est un produit qui pourrait devenir rapidement obsolète, observe Kader D’Almeida. Voilà pourquoi il faut être alerte et effectuer une veille technologique dans notre secteur.»
Une charge mentale constante
Le plus grand défi de l’entrepreneuriat est la charge mentale constante, observe Myriam Corbeil. «Le client doit être heureux, les employés doivent être heureux, les fournisseurs doivent être heureux. Ça peut devenir lourd à porter… Avec le temps, j’ai réussi à relativiser tout ça.»
Catherine Tapin trouve encore difficile l’instabilité financière inhérente à la vie d’entrepreneure, mais elle se rassure en se disant que le meuble est une industrie plutôt résiliente aux aléas économiques. «Je suis fière de notre parcours jusqu’ici, mais je reconnais qu’on aurait pu mieux s’entourer au départ, dit-elle. On se disait que l’on pouvait tout faire, et c’est ce qu’on a fait, mais on aurait pu bénéficier de discussions avec d’autres entrepreneurs.»
L’entrepreneuriat laisse entrevoir à Kader D’Almeida une liberté qui lui plaît. «Cette liberté de travailler à l’heure qui me plaît vient toutefois avec son lot de tâches à accomplir. Prospection, installation de bornes, lecture sur les nouvelles technologies. Toutes les semaines sont différentes!»
Ce que Myriam Corbeil préfère, c’est la flexibilité des horaires. «Mais il ne faut pas choisir l’entrepreneuriat pour cela, met-elle en garde. Au début, j’ai travaillé 100 heures par semaine à me rendre malade… Mais quand on réussit à construire un modèle d’affaires qui fonctionne avec une belle équipe, on trouve un équilibre.»
Catherine Tapin apprécie de contrôler la destinée de Woodstock et cie. «Ce qui me plaît dans l’aventure, c’est d’exploiter le plein potentiel de la marque que nous avons créée, de raconter notre histoire et de faire croître l’entreprise», conclut-elle.