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L’impact des contaminants métalliques miniers

Une équipe de recherche développera des outils de biosurveillance de la contamination dans les écosystèmes aquatiques.

11 octobre 2024 à 15 h 02

Mis à jour le 15 octobre 2024 à 10 h 25

Le professeur du Département des sciences biologiques Maikel Rosabal Rodriguez a obtenu une subvention de 381 000 dollars pour un projet de recherche intitulé «Biosurveillance de la contamination métallique minière des écosystèmes aquatiques en intégrant des approches multidisciplinaires». Cette subvention lui a été octroyée par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts, de concert avec le Fonds de recherche du Québec – secteur Nature et technologies. Au total, le ministère et le FRQ ont attribué près de 6 M$ à 16 projets de recherche dans le domaine minier.

Le secteur des activités minières au Québec, qui remontent aux années 1840, évolue actuellement vers l’extraction de minéraux critiques et stratégiques (cuivre, graphite, zinc, cobalt, lithium). «Cette évolution présente de nouvelles problématiques environnementales, distinctes de celles associées aux activités passées, observe Maikel Rosabal Rodriguez. Il est donc urgent d’acquérir les connaissances nécessaires en vue de préserver nos écosystèmes. Le développement de stratégies de biosurveillance a démontré sa valeur ajoutée quant à l’amélioration de nos capacités à évaluer adéquatement les impacts environnementaux.»

Interdisciplinaire, le projet de recherche combine la géochimie isotopique, la métallomique environnementale et la modélisation de la prise en charge de plusieurs «éléments traces métalliques» (ETM), naturellement présents dans les sols. L’objectif est de développer des outils de biosurveillance, appelés biomoniteurs, suffisamment innovants, robustes et fiables pour caractériser la contamination polymétallique constatée dans des écosystèmes aquatiques perturbés par des activités minières. «Les biomoniteurs permettent de fournir de l’information scientifique rigoureuse afin de mieux caractériser l’état de santé d’un écosystème donné, de documenter l’historique et la dispersion spatiale de la contamination, et enfin de renseigner sur les sources d’émission et sur les effets environnementaux de la contamination», précise le professeur.

La recherche s’effectuera dans la région de Rouyn-Noranda, où sont menées des activités minières depuis plus de 90 ans. «Cette région constitue une sorte de laboratoire environnemental, car elle est représentative de l’impact des activités minières sur les écosystèmes aquatiques du Québec», note Maikel Rosabal Rodriguez.

Trois volets

Le projet s’articule autour trois objectifs spécifiques. Il s’agit d’abord d’évaluer la capacité des biofilms (communautés de microorganismes) et des invertébrés à servir de biomoniteurs de la contamination métallique aquatique. Le second objectif consiste à identifier de potentiels biomarqueurs et à déterminer les effets de la contamination sur des espèces piscicoles. Enfin, l’équipe évaluera l’exposition humaine aux ETM à travers l’étude de la consommation d’aliments contaminés par des activités minières.

Selon Maikel Rosabal Rodriguez, la recherche apportera un éclairage nouveau sur la contribution d’une approche multibiomoniteurs à une meilleure évaluation de l’impact des contaminants métalliques sur l’environnement ainsi que sur les populations humaines. «Ce projet contribuera à développer des stratégies de biosurveillance innovantes, applicables non seulement à la région de Rouyn-Noranda, mais aussi à l’ensemble des écosystèmes aquatiques provinciaux et nationaux, souligne le chercheur. À long terme, ces avancées permettront de recruter davantage de personnel de recherche, d’attirer des investissements et de renforcer l’acceptabilité sociale des projets miniers inscrits dans une perspective de développement durable.»

«Le soutien à la recherche et au développement dans le domaine des minéraux critiques et stratégiques demeure essentiel pour favoriser l’essor des filières liées à la décarbonation de l’économie et pour agir efficacement pour la transition énergétique du Québec, a déclaré la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette Vézina. L’acquisition de connaissances, les partenariats et l’innovation sont des leviers dont le Québec s’est doté pour se démarquer dans un secteur minier en pleine effervescence.»

Claude Fortin, de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), et Marc Amyot, du Département de biologie de l’Université de Montréal, agiront à titre de cochercheurs dans le cadre du projet de recherche, auquel collaborent des membres de l’Organisme de bassin versant du Témiscamingue et du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Le professeur du Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère David Widory et l’agent de recherche Dominic Ponton, de l’Université de Montréal, comptent aussi parmi les collaborateurs du projet.

Membre du Centre de recherche en toxicologie de l’environnement (TOXEN) et du Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique (GRIL), Maikel Rosabal Rodriguez est directeur du Laboratoire d’Analyses Environnementales (LAE) de l’Institut des sciences de l’environnement. Il a collaboré récemment à une étude dirigée par sa collègue Cassandre Lazar sur le rôle de microorganismes dans la dépollution de mines abandonnées dans la région de l’Outaouais.