«Cavernautes» est une exploration artistique et technologique de la section aquatique de la caverne de Saint-Léonard, découverte en 2017 et encore inaccessible au public. L’expérience, qui fait appel à des engins volants de la famille des aérostabiles, sortes d’hybrides entre le drone et le dirigeable, a bien failli avorter. Lancée le 8 août dernier et censée se poursuivre jusqu’au 16, elle a brusquement été interrompue le lendemain, quand la tempête Debby s’est abattue sur Montréal.
«Les pluies diluviennes ont complètement inondé la caverne, provoquant une élévation de plus de deux mètres du niveau de l’eau», raconte le professeur de l’École de design Nicolas Reeves, qui a copiloté ce projet avec son collègue de l’École de technologie supérieure (ÉTS) David St-Onge, spécialiste de la robotique et ingénieur en arts. Les «Carvernautes» (nom donné aux engins volants) se sont retrouvés coincés contre le plafond de la grotte, incapables de voler. Endommagés, ils ont dû être retirés de la caverne.
Après la pluie, les réparations
Heureusement, les équipements électroniques des aérostabiles n’ont pas souffert, mais ont dû être testés avant d’être réinstallés. La structure d’un des Cavernautes est en cours de réparation, tandis que le deuxième s’est avéré irrécupérable. Un troisième prototype a donc été construit pour le remplacer. «Nous espérons procéder aux premiers vols entre le 29 août et le 5 septembre», annonce Nicolas Reeves.
C’est à partir de leurs laboratoires respectifs, le NXI Gestatio de l’UQAM et le INIT Robots de l’ÉTS, que le professeur, son collègue et leurs équipes travaillent depuis 2023 à ce projet de recherche-création. L’idée est de faire connaître au public un trésor caché sous la surface de la ville depuis des milliers d’années en faisant voyager les deux aérostabiles dans la section aquatique de la caverne. Les engins sont équipés pour retransmettre en temps réel les images du lieu, accompagnées par une trame sonore composée à partir de leurs mouvements.
Une expérience immersive
Pour vivre cette expérience immersive, une station d’écoute composée de trois grands écrans a été installée dans le pavillon du parc où se trouve la caverne, le parc Pie XII de Saint-Léonard. En attendant la relance du projet, les écrans diffusent des images en temps réel de la galerie de la Radiesthésie (qui donne accès à la galerie aquatique) ainsi que des vidéos tournées lors de l’installation des équipements dans la galerie aquatique. Une diffusion en continu des sons et images du projet est aussi disponible sur le site internet Cavernautes.
La nature du site et de ses voies d’accès a présenté des défis majeurs en matière de design et de technologie pour ce projet mené en collaboration avec Spéléo Québec et l’arrondissement Saint-Léonard. De nombreuses études préliminaires ont été menées sur les matériaux utilisés pour construire l’aérostabile. Plusieurs visites dans la caverne ont permis d’en établir une cartographie précise, un document qui servira aux études futures de la caverne.
La galerie aquatique se situe dans le prolongement d’une caverne connue à Saint-Léonard depuis 1812. Autrefois appelée «Trou de fée», il s’agissait d’une petite grotte d’environ 40 mètres de longueur, où Spéléo Québec organise des visites éducatives depuis le début des années 1980. En 2017, les spéléologues Daniel Caron et Luc Le Blanc ont découvert un passage vers de nouvelles galeries beaucoup plus imposantes, dont la galerie aquatique, qui se succèdent sur quelque 400 mètres.
À l’époque de cette découverte, le professeur associé du Département de géographie Jacques Schroeder s’était intéressé à la caverne. Creusée dans la roche calcaire, cette grotte formée il y a plus de 15 000 ans est unique au monde en raison de son origine glaciotectonique: la fissure dans le roc à l’origine de la caverne a été créée par le poids et la poussée des glaciers. L’automne prochain, les étudiantes et étudiants du professeur du Département de géographie Olivier Caron auront la chance d’assister à un cours sous terre, dans la caverne.
En attendant, grâce à Cavernautes, le public est invité à pénétrer virtuellement dans cet espace naturel insolite. Pour l’artiste de réputation internationale Nicolas Reeves, concepteur de la Harpe à nuages, un instrument météo-électronique convertissant en temps réel la forme des nuages en séquences musicales, ce n’est pas le premier projet du genre. Alliant sciences, art et technologies médiatiques, ses installations ont souvent pour but de nous faire découvrir le monde autrement, qu’il s’agisse du Château de Chambord en 2019, des nuages ou de la caverne de Saint-Léonard.
Le site Cavernautes est mis à jour régulièrement pour donner un aperçu de l’évolution du projet. On peut le consulter pour savoir à quel moment exactement les vols des aérostabiles pourront reprendre. Le pavillon du parc Pie XII est situé au 5200, boulevard Lavoisier, à Saint-Léonard. L’accès est libre.