Une vingtaine d’étudiantes et d’étudiants du programme court de deuxième cycle en sciences des religions ont participé à un voyage d’études en Amazonie brésilienne, du 4 au 25 août dernier. Ce séjour était le point culminant du programme «Au rythme des eaux: sociétés et cosmologies autochtones au Québec et en Amazonie», offert par le professeur Laurent Jérôme et la professeure associée Anne-Marie Colpron, du Département des sciences des religions, en collaboration avec l’Université d’État du Pará et l’Université fédérale de l’ouest du Pará, au Brésil. Ce programme, qui en était à sa troisième édition (les deux premières ont eu lieu en 2014 et 2018), comprenait aussi des séminaires à Manawan, une communauté Atikamekw de la région de Lanaudière (automne 2022), et à Essipit, une communauté innue de la Côte-Nord (hiver 2023).
Deux étudiantes ayant participé au programme, Camille Ouellet et Bérénice Mollen-Dupuis, partagent leurs aventures et leurs journaux de bord sur le compte Instagram de la Faculté des sciences humaines jusqu’au 17 novembre. Les images et les textes sont aussi consignés dans un blogue sur le site de la faculté.
Visites, rencontres et échanges
L’aventure brésilienne a débuté le 4 août à Belém, capitale de l’État du Pará et porte d’entrée du fleuve Amazone. Les étudiantes et étudiants ont notamment participé à un forum sur les différents enjeux touchant la région amazonienne . «Nous avons rencontré des leaders autochtones qui mènent des luttes liées à ces enjeux», souligne Camille Ouellet, qui a suivi le programme dans le cadre de ses études à la majeure en anthropologie du contemporain.
Le groupe a ensuite pris l’avion jusqu’à Santarém, une petite ville au confluent de l’Amazone et du Rio Tapajos. «Nous sommes allées au marché de Santarém pour faire nos provisions et acheter un hamac, puisque nous allions dormir sur un bateau durant les deux prochaines semaines avec tous les membres de l’équipage», mentionne Bérénice Mollen-Dupuis, membre de la communauté innue d’Ekuanitshit et étudiante au baccalauréat en droit.
Le lendemain, le groupe a vogué vers la communauté autochtone de San Francisco de Cavada pour y visiter une école et rencontrer le chef du village. «Il nous a parlé de plusieurs plantes importantes pour leur communauté, dont celle servant à la peinture corporelle», précise Bérénice.
Prochain arrêt: Alter-do-Chão, où les étudiantes et étudiants ont rencontré une organisation de femmes autochtones Borari, qui luttent pour obtenir une meilleure représentation, et ont visité un immense jardin célèbre pour sa culture du manioc.
Le 14 août, un incident à la plage de Jamaraqua a failli perturber leur voyage. «Une raie a piqué mon pied», raconte Camille. Sans réseau cellulaire et loin des hôpitaux, l’équipage est parti à la recherche du bateau-hôpital Pape François, qui, depuis 2019, apporte une assistance sanitaire aux habitants de localités amazoniennes atteignables seulement par voie d’eau. «J’ai été très chanceuse d’être prise en charge aussi rapidement, se réjouit l’étudiante. Heureusement, la piqûre n’était pas trop sérieuse et sans risque d’infection. J’ai pu reprendre les activités normales après deux jours de repos.»
L’excursion s’est poursuivie à Solimões, où des échanges avec les habitants ont permis de comparer les réalités autochtones, et à Vilafranca, où s’est tenue une grande fête religieuse. «L’ambiance à Vilafranca me rappelait les fêtes de mon enfance, où toute la communauté se réunissait et les enfants veillaient aussi tard que les adultes», mentionne Bérénice. Le voyage s’est terminé à Santarém, où les étudiantes et étudiants ont, en petits groupes, présenté un projet personnel sur un thème lié à l’eau.
Des enjeux similaires, mais à des niveaux différents
Camille Ouellet a été touchée par le système éducatif amazonien. «Les écoles autochtones accordent une grande place à leur langue, à leurs savoirs traditionnels et aux pratiques autochtones», souligne-t-elle.
Pour sa part, Bérénice Mollen-Dupuis croit que, même si les luttes sont plus violentes au Brésil qu’au Québec, les enjeux revendiqués sont similaires. «Dans les deux cas, nous nous battons pour préserver notre territoire et notre culture, dit-elle. Si le territoire disparaît, c’est une partie de la culture qui meurt aussi.»