La recherche afghane en péril

Le comité Scholars at Risk/Universitaires en danger de l’UQAM se mobilise.

13 Septembre 2021 à 14H38

Un nombre record de demandes provenant de chercheuses et chercheurs d’Afghanistan ont été acheminées dans les dernières semaines au siège social de l'organisme international Scholars at Risk (SAR).Photo: Getty Images

Après avoir accueilli son premier chercheur invité en 2020, le politologue et spécialiste en gestion des conflits et de la paix Valentin Migabo, le comité Scholars at Risk/Universitaires en danger (SAR) de l’UQAM est maintenant prêt à recevoir un nouveau chercheur ou une nouvelle chercheuse. En 2016, l’Université était devenue le premier établissement postsecondaire francophone canadien à rejoindre le réseau international, dont la mission est de permettre à des chercheuses et chercheurs de partout dans le monde, et dont la vie est menacée, d'obtenir des postes dans des universités où ils pourront effectuer leurs recherches en sécurité et en toute liberté.

Le comité SAR-UQAM songe désormais à recevoir une chercheuse ou un chercheur afghan. «Un nombre record de demandes provenant de chercheuses et chercheurs d’Afghanistan ont été acheminées dans les dernières semaines au siège social de SAR, basé à New York», annonce la professeure du Département des sciences juridiques Mirja Trilsch. Ces demandes d’universitaires afghans viennent s’ajouter à celles d’autres membres de la communauté scientifique en danger provenant notamment du Yémen, de la Syrie, de la Turquie et du Brésil.

En août dernier, une pétition lancée par le siège social de SAR et signée par plus de 3500 personnes, dont Mirja Trilsch, enjoignait le gouvernement américain à prendre les mesures nécessaires pour sauver les universitaires et les membres d’organisations civiles d’Afghanistan. Certaines universités ont adhéré au réseau SAR dans l’objectif spécifique d’héberger des chercheuses et chercheurs afghans. «Il existe une forte mobilisation de la part de la communauté universitaire pour aider les collègues afghans», constate la professeure, l’une des deux représentantes officielles du comité SAR-UQAM avec son président, le doyen de la Faculté de communication Gaby Hsab.

Le siège social de SAR s’est aussi engagé à accélérer le processus pour faire venir des universitaires afghans, précise Mirja Trilsch. Du côté de l’UQAM, toutefois, la recherche de la bonne candidate ou du bon candidat pourrait prendre du temps. «Nous devons nous assurer que la personne choisie ait une maîtrise suffisante du français, ce qui est loin d’être évident», observe la professeure.

Programme SAR à distance

Le comité SAR-UQAM examine la possibilité d’accueillir un chercheur ou une chercheuse à distance, une nouvelle formule adoptée depuis la pandémie. «Ce sont des candidates et candidats dont la vie n’est pas menacée et qui, pour plusieurs raisons ne veulent pas ou ne peuvent pas se déplacer», dit Mirja Trilsch. Ces personnes ont, néanmoins, besoin d’une université d’attache afin de poursuivre leurs travaux académiques et d’avoir accès à diverses ressources telles qu’une adresse courriel ou une bibliothèque. «Cependant, ce poste n’est pas rémunéré, contrairement à celui de chercheuse ou chercheur invité SAR», précise la professeure.

Appel à candidatures

Le comité SAR-UQAM a besoin de sang neuf. Les personnes intéressées sont invitées à communiquer avec les membres du comité. «Il faut être prêt à s’investir», avertit Mirja Trilsch. En plus de participer à la sélection des candidates et candidats, les membres du comité SAR-UQAM ont pour tâche d’accompagner la chercheuse ou le chercheur invité dans différentes sphères de sa vie, tant académique que personnelle. «Il peut s’agir d’aider la personne à remplir la paperasse administrative, à trouver un appartement, des meubles, des vêtements ou une garderie ou une école si elle a des enfants, ou encore de la soutenir dans la publication de ses recherches ou dans la reprise de ses activités», illustre la professeure.

Universitaires en prison

Dans le cadre du volet Scholars in Prison Project du SAR, lequel propose des actions de plaidoyer pour défendre des universitaires et des étudiants emprisonnés à tort à cause de leurs recherches académiques, les étudiantes et étudiants de la Clinique internationale de défense des droits humains de l’UQAM (CIDDHU) ont participé à la campagne de libération de Patrick George Zaki, un chercheur et militant italien d’origine égyptienne arrêté en 2020. Patrick George Zaki a été emprisonné pour «atteinte à la sécurité nationale» alors qu’il était «de retour dans son pays d’origine pour effectuer des recherches sur les droits humains», explique Mirja Trilsch. En étroite collaboration avec Amnesty International, les membres de la CIDDHU ont rédigé des lettres au gouvernement fédéral et à l’ambassadeur d’Égypte à Ottawa pour faire reconnaître la situation dans laquelle se trouve le chercheur italien.

Quant à Valentin Migabo, il est chercheur invité SAR à l’Université McGill depuis juin dernier après avoir terminé ses travaux à l’UQAM. «Il est possible pour les chercheuses et chercheurs d’obtenir d’autres placements SAR dans différentes universités, confirme Mirja Trilsch. Ils sont ensuite libres d’entreprendre par eux-mêmes des démarches d’immigration ou de retourner dans leur pays d’origine si la menace est levée.»

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