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La mort à l’heure du numérique

Gil Labescat observe la transformation des rituels funéraires.

Série

Doc en poche

Par Claude Gauvreau

10 octobre 2017 à 15 h 10

Mis à jour le 9 septembre 2020 à 9 h 09

Série Doc en poche
Armés de leur doctorat, les diplômés de l’UQAM sont des vecteurs de changement dans leur domaine respectif.

Gil Labescat (Ph.D. sociologie, 16)

Titre de sa thèse: «La ritualisation dans la trajectoire du mourir: l’action rituelle funéraire»

Directrice: Magali Uhl, professeure au Département de sociologie

Codirecteur: Pascal Hintermeyer, professeur à l’Université de Strasbourg

Enjeu social: donner un sens à la mort et au souvenir

Depuis une vingtaine d’années, de nombreux changements ont touché les rituels funéraires: popularité grandissante de la crémation, retransmission en temps réel de cérémonies funéraires sur le Web, service en ligne d’envoi de messages posthumes aux proches. «Les rituels funéraires sont de plus en plus diversifiés et personnalisés», souligne Gil Labescat. Aux pratiques traditionnelles se sont ajoutés des rites davantage conformes aux souhaits exprimés par les personnes avant leur décès ou à l’idée que les endeuillés se font de ce que ces personnes auraient désiré. Pour les besoins de sa thèse, le chercheur a réalisé une analyse comparative entre deux complexes funéraires, l’un à Strasbourg et l’autre à Montréal. Il a observé le rôle de la ritualisation dans la construction du sens à donner à la mort et au souvenir des défunts: préparation et transformation du corps, planification et tenue des obsèques, place des nouvelles technologies.

L’introduction des technologies numériques, notamment, permet de partager l’expression du deuil par-delà la distance et les frontières. «De plus en plus gens prennent des photos des cérémonies avec leur téléphone intelligent et commentent ce qui se passe sur Facebook», observe Gil Labescat. Fragment, une entreprise québécoise spécialisée, propose à la famille et aux amis du défunt de soumettre leurs souvenirs photo ou vidéo par le biais de leur téléphone mobile, de leur ordinateur ou des réseaux sociaux, en y ajoutant des notes ou des pensées personnelles, afin de participer à la création d’une mémoire collective.  

Ces nouveaux processus de ritualisation, dit le chercheur, «favorisent la recontextualisation, voire la redéfinition des relations entre les différents acteurs», c’est-à-dire les endeuillés et leurs proches ainsi que les agents funéraires, afin de réduire la souffrance causée par le décès et de permettre à chacun de trouver sa place dans le nouvel ordre des choses.

Ce qu’il faut changer

Aujourd’hui chercheur postdoctoral à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Gil Labescat estime que le Québec doit prendre le virage technologique dans le domaine funéraire pour combler le retard qu’il accuse par rapport à d’autres pays. «Il faut aussi que les agents funéraires soient mieux formés afin de bien accompagner les endeuillés», dit-il.

Lors d’un décès, il y a beaucoup de décisions à prendre au sujet de la transformation du corps, des obsèques – il faut, entre autres, choisir des objets chargés de sens (photos, bijoux, messages) pour la personne décédée et ses proches –et de la façon dont on veut prolonger le souvenir du défunt. «Les agents funéraires sont des acteurs importants, insiste Gil Labescat. Ils doivent être en mesure de proposer aux endeuillés un processus de ritualisation qui sera adapté et apaisant pour eux.» 

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