La directrice de la Galerie de l’UQAM Louise Déry comptait parmi les commissaires invités à la 11e édition de la Nuit blanche de Toronto, qui avait lieu le week-end dernier. Elle y a présenté une exposition intitulée Facing the sky/Debout devant le ciel. «La Nuit blanche de Toronto, comme celle de Paris, est davantage centrée sur les arts visuels contemporains que sur le divertissement et les effets spectaculaires, souligne Louise Déry. Chaque année, les organisateurs convient des professionnels du milieu de l’art à présenter des projets. Il y a un an et demi, j’ai répondu oui à l’invitation du Service culturel de la Ville de Toronto.»
Son projet a réuni sur l’une des rives du lac Ontario les œuvres de 10 artistes, dont celles des diplômés Julie C. Fortier, Myriam Yates (M.A. arts visuels, 2001), Pascal Grandmaison (B.A. arts visuels, 1994) et Jean-Pierre Aubé (M.A. arts plastiques, 1998), ainsi que du chorégraphe Paul-André Fortier, qui a enseigné au Département de danse de l’UQAM de 1989 à 1999. Une partie des œuvres étaient présentées à l’extérieur, sous le ciel de la Ville Reine.
L’exposition a obtenu une couverture élogieuse dans les médias torontois. Il en va de même, d’ailleurs, pour La nuit politique, la première exposition solo de l’artiste et diplômée de la maîtrise en arts visuels Aude Moreau, dont le commissariat est aussi assuré par Louise Déry. L’exposition a attiré l’attention médiatique en Europe, notamment en Allemagne et au Luxembourg.
Un ciel fascinant
Le point de départ du projet est la fascination que le ciel a exercée sur plusieurs artistes au cours de l’histoire, souligne la commissaire. «À l’époque du romantisme allemand, par exemple, des artistes comme Caspar David Friedrich ont peint l’immensité du ciel et montré la petitesse de l’humanité devant cet espace grandiose et vertigineux. Aujourd’hui, des artistes continuent de s’inspirer du ciel et de le percevoir comme un lieu de contemplation et de réflexion, mais aussi en tant qu’objet d’étude scientifique à l’heure du numérique et des communications sans fil.»
Julie C. Fortier, qui enseigne à l’École des beaux-arts de Rennes, en France, a aussi étudié à l’École de parfumerie de Paris. Elle a créé, il y a deux ans, une immense murale faite de 90 000 petits cartons, qui laissaient s’échapper des molécules de parfum. «Les odeurs créent des images dans notre tête et je lui ai demandé si elle pouvait reproduire l’odeur du ciel, dit Louise Déry. Elle a donc conçu un parcours en quatre étapes, intitulé Ascension, qui s’étend du bord de l’eau jusqu’à un parc. Les odeurs les plus terreuses sont au bas du parcours et plus on remonte, plus on sent des odeurs aériennes et légères.»
Pascal Grandmaison, lui, a réalisé une immense projection extérieure sur un mur, tandis que Jean-Pierre Aubé a capté au moyen de la vidéo des ondes électromagnétiques et a réussi à transformer la perturbation créée par leur fluctuation en une perturbation de l’image. «Le résultat est un ciel brouillé et encombré», note la commissaire.
Myriam Yates, qui s’intéresse à l’architecture des années 60, a préparé 10 sites photographiques qui évoquent sur des panneaux le vieux Planétarium de Montréal. Enfin, l’artiste Samuel Bianchini a fait danser d’immenses appareils d’éclairage en s’inspirant de la chorégraphie du Lac des cygnes. «Les projecteurs rencontrent de vrais danseurs mis en scène par le chorégraphe Paul-André Fortier, précise Louise Déry. Cela permet d’établir un dialogue entre ce que peuvent faire des corps humains et ce que des machines sont capables de réaliser.»
Selon la commissaire, «tous les projets avaient une relation poétique au ciel et contribuaient à réinventer la géographie de la nuit, celle d’un monde composé d’étoiles brillantes et de trous noirs.»