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Lectures d’avril

Notre sélection mensuelle d’ouvrages publiés par des professeurs, chargés de cours, étudiants, employés, diplômés ou retraités de l’UQAM.

20 avril 2015 à 8 h 04

Mis à jour le 12 juillet 2022 à 10 h 03

Série «Titres d’ici»

Dans l’œil de l’aigle

Pourquoi les États-Unis ont-ils choisi de renverser Kadhafi mais pas Assad? L’administration Bush a-t-elle manipulé les informations qui ont servi à justifier l’invasion de l’Irak en 2003? Quelles raisons ont incité Johnson, puis Nixon, à multiplier les bombardements durant la guerre du Vietnam? Ces questions, et bien d’autres, sont abordées dans la nouvelle édition, entièrement remaniée et actualisée, de l’ouvrage Au sein de la Maison-Blanche – De Truman à Obama, la formulation (imprévisible) de la politique étrangère des États-Unis, publié par Charles-Philippe David, professeur au Département de science politique et titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. Celui-ci analyse le fonctionnement du système décisionnel américain et les choix propres à chacune des présidences en matière de politique étrangère depuis 1945. Il décrypte la personnalité des occupants du bureau ovale, de Truman à Obama, celle des membres de leur cabinet et de leurs conseillers, explique l’évolution du Conseil de sécurité nationale (NSC) – la plus haute instance dans le domaine de la politique extérieure – et présente de nombreux exemples tirés de 70 ans d’histoire. Si la politique étrangère des États-Unis semble s’incarner dans la personne du président, ce dernier doit fédérer les intérêts particuliers d’une multitude d’acteurs. Paru aux Presses de l’Université Laval.

Chroniques insolentes

Dans l’ouvrage intitulé Mines de rien, trois auteures et professeures de littérature à l’université – Lori Saint-Martin (UQAM), Isabelle Boisclair (Sherbrooke) et Lucie Joubert (Ottawa) – délaissent les formes académiques pour les billets d’humeur, en solidarité avec toutes celles qui subissent des humiliations invisibles. Têtues, critiques, moqueuses ou graves, ces trois féministes s’entendent sur un point: si le monde a beaucoup changé, si l’égalité semble à portée de main, le sexisme demeure vivace partout. Mettant en commun leurs plumes grinçantes, elles dépeignent nos travers avec des lunettes pas vraiment roses. Du marketing aux toilettes publiques, en passant par les médias sociaux, la culture du viol, l’instinct maternel ou la masturbation, leurs chroniques s’indignent du sexisme ordinaire. Les auteures se livrent en quelque sorte à une archéologie du quotidien en scrutant de petites choses, ces petits riens souvent passés sous silence, et qui, pourtant, nous minent, soulignent-elles. «Pas besoin de se forcer pour vivre indigné, écrit Lori Saint-Martin. Il suffit d’ouvrir le journal, de passer cinq minutes sur Internet, de sortir dans la rue ou de surprendre certaines conversations (…) La manchette du matin, le débat de l’heure nous intéressent pour ce qu’ils disent de notre société, de nos vies, des inégalités tenaces et des résistances encore à surmonter.» Paru aux Éditions du remue-ménage.

Identités numériques

«Aux identités personnelle, sociale et culturelle s’ajoute aujourd’hui l’identité numérique comme autre représentation de l’individu», écrivent les professeurs Maude Bonenfant et Charles Perraton, du Département de communication sociale et publique, en introduction de l’ouvrage Identité et multiplicité en ligne. «L’identité serait ainsi sortie de ses frontières pour permettre à chacun de créer et multiplier à sa guise autant d’identités qu’il le souhaite.» Ce constat amène les chercheurs à se pencher sur la nature du lien entre identité et multiplicité, en gardant en tête que les internautes ne sont pas aussi libres qu’on le croit lorsque vient le temps de se créer une ou des identité(s) en ligne. Même si les normes culturelles, les contraintes matérielles et les intérêts économiques qui s’y rattachent peuvent être différents, le «réel» et le «virtuel» ne sont pas pour autant des mondes séparés de façon étanche: ni le corps, ni la conscience de l’internaute ne sont exclus de l’expérience en ligne. Avec ses dix contributions, qui font appel à des exemples tirés de Facebook, de Twitter, de forums et de blogues, cet ouvrage permet à la fois de réfléchir aux catégories identitaires, de proposer des outils théoriques et de problématiser directement des cas pour mieux comprendre le phénomène. Publié aux Presses de l’Université du Québec.

Raconteur hors pair

Les mathématiques, la littérature, le délire et la folie se croisent fréquemment dans Requiem pour un couple épuisant et autres nouvelles, de Jean-François Chassay, professeur au Département d’études littéraires. L’auteur adore jouer avec la langue, qui lui permet de déjouer la réalité pour faire basculer le lecteur du côté de mondes décalés ou fantastiques en compagnie de personnages aux manies, tics, phobies insolites ou comportements carrément étranges. Des exemples? L’un ne peut uriner qu’au cinéma, tandis qu’un autre accumule les manuscrits chez lui pour cause de phobie des éditeurs. Fasciné par l’immensité des villes comme par les lieux clos, par l’inquiétante promiscuité des humains (et autres mammifères) comme par leur désarroi, l’auteur aborde aussi la mort. Jean-François Chassay a souvent dit «qu’on n’écrit jamais seul». Il en fait encore une fois la démonstration au fil de ces 19 nouvelles, où apparaissent, de différentes manières, Joyce et Flaubert, Queneau et DeLillo, Kafka et Céline. Clin d’œil déjanté à la profession qu’il occupe, les deux nouvelles écrites sous la forme de rapports d’évaluation de mémoire de maîtrise sont désopilantes. On connaissait déjà le romancier et l’essayiste Jean-François Chassay, on adopte le nouvelliste avec bonheur. Publié chez Leméac.

Images du Canada français

Après avoir exposé, dans un premier livre, le rôle de Jean-Baptiste Lagacé (1868-1946) dans la fondation de la discipline de l’histoire de l’art à Montréal et au Canada, Olga Hazan, chargée de cours au Département d’histoire de l’art, récidive avec un deuxième ouvrage qui s’intéresse cette fois à la production artistique de celui qui était aussi artiste, professeur et écrivain. Les 30 images reproduites dans Le Canada français en images couvrent de multiples facettes de l’histoire du Canada français du XVIe au XXe siècle ─ épisodes de la vie héroïque d’hommes et de femmes, rôles réservés à la femme dans la société traditionnelle, scènes tirées de la vie rurale et citadine de l’époque. Ces images servaient autant à l’instruction des écoliers canadiens-français qu’au divertissement des foules lors des défilés de la Saint-Jean-Baptiste durant les années 20 à 40. Elles se présentent en format carte postale et sont détachables. L’ouvrage constitue «[…] un véritable trésor patrimonial qui a marqué l’imaginaire de plusieurs générations d’écoliers et de citadins avant de tomber dans l’oubli.» Le Canada français en images est publié conjointement avec un livre en format numérique présentant le corpus quasi intégral des œuvres de Lagacé sur l’histoire du Canada français. Publié aux éditions Fides.

Le zombie analysé en français

Depuis 10 ans, les figures du zombie se multiplient dans la sphère médiatique. On ne compte plus les films, les livres ou les jeux vidéo mettant en scène des morts vivants drôles, sympathiques ou terrifiants. Malgré ses origines haïtiennes, le zombie demeure un phénomène essentiellement anglophone, analysé surtout par nos voisins du Sud. En collaboration avec leur collègue Bernard Perron, de l’Université de Montréal, les professeurs du Département d’études littéraires Antonio Dominguez Leiva et Samuel Archibald viennent corriger la situation avec la publication de cet ouvrage issu de la première conférence internationale sur les zombies, tenue à Montréal en 2012. Les textes réunis dans Z pour Zombies analysent en français (ou en traduction française) l’image culturelle du zombie ainsi que ses représentations dans différents domaines de la culture populaire (littérature, cinéma, bande dessinée et jeux vidéo). Héros culturel de l’ère néobaroque (ou postmoderne), le zombie a littéralement envahi l’imaginaire social. Sa renaissance, dans la foulée du 11 septembre 2001, «s’explique principalement par la peur et l’angoisse collective que suscitent les attaques terroristes et les pandémies mondiales», lit-on dans l’introduction de l’ouvrage. Et le zombie, sorte de métaphore de toutes nos anxiétés, nous aide à comprendre le monde déroutant qui nous entoure. D’où son intérêt. Publié aux Presses de l’Université de Montréal.