Les Québécois contribuent beaucoup moins à l’économie de seconde main que leurs homologues canadiens. C’est ce que démontre le tout premier Indice Kijiji de l’économie de seconde main, constitué dans le cadre d’une étude commandée par Kijiji et menée par l’Observatoire ESG UQAM de la consommation responsable en collaboration avec l’Université de Toronto. «L’année 2015 marque le dixième anniversaire de Kijiji, souligne Fabien Durif, professeur au Département de marketing et directeur de l’Observatoire. C’est en partie pour cette raison que l’entreprise a commandé cette étude afin de mieux comprendre le phénomène grandissant de l’économie de seconde main et son importance pour les consommateurs à travers le pays.»
Les données de cette étude ont été recueillies auprès d’un échantillon pancanadien de 2 003 répondants, du 11 au 20 novembre 2014. Outre Fabien Durif, la professeure Manon Arcand, du Département de marketing, et la doctorante en administration Myriam Ertz ont participé à l’étude pour l’Observatoire ESG UQAM de la consommation responsable. L’expert-conseil en économie Peter Spiro, affilié à l’Université de Toronto, s’est chargé des analyses économiques.
Le Québec à la traîne
Pour bien saisir l’étendue de l’économie de seconde main au Canada, les chercheurs ont sondé les répondants à propos de deux comportements distincts: le processus d’acquisition de biens d’occasion et le processus de délaissement de biens neufs ou usagés. Ceux-ci peuvent prendre plusieurs formes: don, achat, échange, utilisation gratuite ou facturée, location, prêt. Les biens les plus couramment échangés sur le marché d’occasion sont les vêtements, chaussures et les accessoires de mode, les produits de divertissement – lecteurs Blu-ray, DVD, CD, etc. – et les vêtements et accessoires pour bébé.
L’étude révèle que, l’année dernière, les consommateurs québécois ont prolongé la vie, en moyenne, de 50 produits par rapport à 76 pour le reste du Canada. Les Prairies et l’Alberta sont les régions les plus mobilisées dans les pratiques de seconde main ayant respectivement donné une seconde vie à 115 et 106 objets. «Il est difficile d’expliquer les raisons du plus faible taux de participation des Québécois à l’économie de seconde main car il s’agit de la première année de notre étude, observe Fabien Durif. Est-ce que le phénomène a pris naissance plus tôt dans les autres provinces et a eu le temps d’être adopté par davantage de gens? Cela dit, ce n’est pas une grande surprise, car nos études antérieures sur les pratiques de consommation responsable montraient une différence semblable entre l’Ontario et le Québec.»
L’étude révèle également que les Québécois qui participent à l’économie de seconde main sont plus enclins à délaisser leurs objets qu’à faire l’acquisition de nouveaux objets. «On note en effet une volonté plus marquée de se débarrasser d’objets, mais pas nécessairement d’allonger la vie de produits en en faisant l’acquisition, note Fabien Durif. Les acteurs qui veulent développer l’économie de seconde main au Québec auront sans doute un travail de sensibilisation à faire.»
Des motivations individuelles…
Chaque année, les consommateurs canadiens dépensent près de 200 milliards de dollars pour l’achat de biens de consommation durables et semi-durables. Or, les ventes annuelles de biens d’occasion seraient, selon les estimations, de 30 milliards de dollars par année, soit environ 15 % de la valeur des nouveaux biens achetés. «L’achat de biens d’occasion permet à une famille moyenne de quatre personnes d’économiser environ 1150 dollars par année», souligne le professeur.
C’est donc sans surprise que les chercheurs ont constaté que la motivation économique est le facteur le plus souvent cité par les répondants afin d’expliquer l’acquisition de biens d’occasion. La motivation écologique arrive au second rang, suivie par la “chasse au trésor”. «On retrouve en effet sur le Web des gens qui, à l’instar de ceux qui courent les brocantes, souhaitent dénicher des pièces de valeur, note Fabien Durif. Certains sont également motivés par un sentiment anti-commercial, une façon de protester contre les pratiques traditionnelles de ventes au détail.»
«L’achat de biens d’occasion permet à une famille moyenne de quatre personnes d’économiser environ 1150 dollars par année.»
fabien durif
Professeur au Département de marketing et directeur de l’Observatoire ESG UQAM de la consommation responsable
Le portrait est différent lorsqu’il s’agit de délaisser des produits. «La motivation est d’abord pragmatique, soit la facilité de se départir de certains biens, souligne le chercheur. L’altruisme et les considérations écologiques sont les autres facteurs qui motivent les gens à délaisser leurs biens sur le marché d’occasion, les gains financiers n’arrivant qu’au quatrième rang.»
… des retombées sociales…
L’économie de seconde main ne profite pas qu’aux individus. Il y a des retombées concrètes aux niveaux local et national, observe Fabien Durif. «La grande majorité des nouveaux biens durables et semi-durables achetés par les consommateurs canadiens sont des biens d’importation. L’achat d’un bien neuf fait donc sortir de l’argent du Canada, explique le chercheur. En prolongeant la durée de vie utile des biens, la consommation de biens d’occasion réduit l’ampleur de ces sorties de fond. Mieux, elle soutient environ 300 000 emplois dans l’économie canadienne. Nous avons calculé que l’argent dépensé sur le marché d’occasion contribue pour environ 34 milliards de dollars de plus au produit intérieur brut du Canada, puisqu’il n’est pas consacré aux importations.»
… et environnementales
Selon l’organismeGlobal Footprint Network, le Canada se classe au quatrième rang sur la liste des pays industrialisés qui ont la pire empreinte écologique. La réutilisation de nos biens permet de freiner cette tendance au gaspillage, notent les chercheurs.
«Le but de cette première étude était de concevoir un indice qui sera mis à jour et publié chaque année et permettra de prendre la mesure des pratiques de consommation de seconde main des Canadiens et de leur impact sur l’économie et l’environnement au Canada», conclut Fabien Durif.
Les résultats complets de l’Indice Kijiji de l’économie de seconde main sont disponibles au consommationresponsable.kijiji.ca.