La psychothérapie par visioconférence pourrait diminuer de façon significative les symptômes des personnes atteintes du trouble d’anxiété généralisée (TAG). C’est la conclusion d’une étude de cas unique réalisée par l’équipe d’André Marchand, professeur au Département de psychologie et chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal).
Le TAG est caractérisé par des inquiétudes excessives et mal contrôlées. «Un diagnostic implique que l’individu s’inquiète tous les jours depuis au moins six mois, sans pouvoir arrêter cette spirale anxiogène, explique la doctorante Stéphanie Watts, qui travaille avec le professeur Marchand. Ce type de comportement mène à des manifestations physiques telles que de l’agitation, une grande fatigue, des difficultés de concentration, de l’irritabilité, des douleurs musculaires et de l’insomnie.»
Environ 6 % de la population est susceptible de souffrir d’un TAG au cours de sa vie. «Nous encourageons les gens à entreprendre une démarche thérapeutique, car c’est réellement efficace et cela peut changer leur vie pour le mieux», souligne la doctorante. L’accès à ce traitement n’est cependant pas toujours facile. Seulement 18 cliniques canadiennes, localisées dans les grands centres urbains, proposent des services spécialisés dans le traitement du TAG. Afin de pallier ce manque d’accès aux soins, les chercheurs ont voulu vérifier la pertinence d’utiliser la psychothérapie par visioconférence.
La thérapie cognitive et comportementale (TCC) est une approche efficace et reconnue au niveau international pour traiter le TAG. «Le but est d’outiller les gens afin qu’ils prennent conscience du moment et de la façon dont leur TAG se manifeste et de leurs réactions pour y faire face», explique la jeune chercheuse.
L’efficacité de la TCC par visioconférence a été démontrée par le passé dans le traitement des troubles paniques, de l’agoraphobie, du trouble obsessionnel compulsif, de l’état de stress post-traumatique et des troubles alimentaires, mais c’était la première fois, à la connaissance des chercheurs, qu’on l’utilisait pour traiter le TAG.
Pour bénéficier d’une séance par visioconférence, le patient doit se rendre dans un centre de services possédant un appareil de visioconférence, par exemple un CLSC à proximité de chez lui, où on l’accueille et l’installe dans un local confortable et insonorisé afin de préserver la confidentialité de l’échange thérapeutique qui se déroule par écrans interposés. «On pourrait effectuer ce genre de visioconférence à partir du domicile du patient avec Skype ou FaceTime, mais les conditions de confidentialité ne seraient pas optimales, souligne Stéphanie Watts. Et puis, c’est bien que le patient ait à sortir de chez lui, car cela dénote une implication et une volonté de participer au traitement.»
Des résultats probants
Cinq individus souffrant à différents degrés d’un TAG ont pris part à un protocole expérimental dans des cliniques situées à l’UQAM, à l’Université de Sherbrooke et à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). L’efficacité du traitement – comprenant 14 séances hebdomadaires d’une heure chacune par visioconférence – a été évaluée à l’aide d’une entrevue semi-structurée, de questionnaires à remplir par les participants et de la tenue quotidienne d’un carnet de bord.
Les résultats rapportent à court terme une disparition de l’anxiété généralisée chez tous les participants. «Cela ne veut pas dire que leur anxiété a complètement disparu, mais l’intensité a diminué de façon à ne plus correspondre à un diagnostic officiel de TAG, précise Stéphanie Watts. Nous avons également observé que ces gains se maintiennent trois mois après la fin du traitement.»
Une nouvelle étude
Boursière des Instituts de recherche en santé du Canada, Stéphanie Watts poursuit actuellement à l’UQAM une autre étude sur le même sujet, cette fois avec un échantillon de 100 participants. «Le but de cette recherche, à laquelle participent des chercheurs de l’UQAM, mais aussi de l’UQO, de l’UQTR, de l’Université Laval et de l’Université de Sherbrooke, est de comparer l’efficacité de la TCC par visioconférence avec celle de la psychothérapie conventionnelle, en face à face, explique-t-elle. Je m’intéresse plus spécifiquement à l’alliance thérapeutique qui s’établit malgré la distance dans le cas de traitements par visioconférence.»