Le géographe et professeur émérite Guy Di Méo, de l’Université Bordeaux Montaigne, en France, était de passage à l’UQAM le 11 mars afin de donner une conférence portant sur son itinéraire intellectuel et scientifique. «Guy Di Méo est considéré comme l’un des piliers de la géographie sociale en France», souligne Anne Latendresse, professeure au Département de géographie.
Au cours de sa carrière, le professeur Di Méo s’est penché sur les rapports entre individu, société et espace. «Il a contribué à développer un cadre théorique et conceptuel, la formation socio-spatiale, en mariant l’analyse des structures géographiques, économiques, idéologiques et politiques. L’étude des combinaisons entre ces différentes structures permet de faire ressortir les caractéristiques d’un territoire donné», explique Anne Latendresse.
À cette approche structuraliste, Guy Di Méo a ajouté au fil des ans l’apport des individus – qui ne sont pas déterminés par les structures et qui contribuent eux aussi à la production des territoires. «Il réconciliait alors une approche structuraliste avec une approche humaniste, qui laisse place à l’individu et à la subjectivité, poursuit Anne Latendresse. La production des territoires ne repose pas uniquement sur des dimensions objectives. On ne peut pas tout modéliser et tout prédire.»
«J’ai toujours insisté pour que la géographie sociale s’intéresse aux rapports de domination, de dépendance et à la notion de déséquilibre social, ajoute Guy Di Méo. Le sort des minorités et des plus faibles doit aussi faire partie des sujets d’études.»
Plus récemment, le chercheur a mené des recherches empiriques sur la représentation qu’ont les femmes de l’espace ainsi que sur le rapport du corps à la ville. Il s’est également intéressé aux événements spatialisés. «La Nuit blanche, à laquelle j’ai eu la chance de participer il y a deux semaines, fait partie de ces événements fortement inscrits dans un lieu, note-t-il avec enchantement. La neige et les projections lumineuses furent pour moi l’occasion de redécouvrir Montréal.»
Une recherche France-Québec
Le professeur Di Méo était également de passage à Montréal afin de mettre la touche finale à un projet de recherche France-Québec portant sur les écoquartiers. Le projet réunissait une dizaine de chercheurs français, dont le professeur Di Méo, et trois chercheurs de l’UQAM, soit Anne Latendresse, Richard Morin, professeur au Département d’études urbaines et touristiques, et Nicolas Lozier, doctorant en études urbaines et touristiques.
Ce projet de recherche, entrepris par les chercheurs de l’Université Bordeaux Montaigne et intitulé «Participation, animation, gouvernance dans les écoquartiers – Pagode», porte plus spécifiquement sur la participation et la gouvernance dans les projets d’écoquartiers à Bordeaux, en France, et à Montréal.
Les résultats des deux équipes de recherche sont très différents, note Anne Latendresse. «En France, les écoquartiers sont de nouveaux quartiers, construits de A à Z en intégrant des dimensions technologiques et écoénergétiques ainsi que des éléments de transport durable. À Montréal, ce type d’écoquartier n’existe pas. Il s’agit plutôt de micro-territoires. On les nomme quartiers durables, mais ce sont de petits secteurs identifiés dans certains quartiers. On y touche surtout aux questions de verdissement, de transport actif, de sécurité et un peu de santé publique.»
La participation citoyenne n’est pas non plus la même d’un continent à l’autre. À Montréal, les citoyens sont très impliqués dans la création et le développement des territoires désignés comme écoquartiers, ce qui n’est pas le cas en France. «Chez nous, on a tendance à tout vouloir normaliser, alors ce sont les promoteurs et les élus qui prennent les décisions, les citoyens étant presque absents du processus, souligne Guy Di Méo. On assiste alors à une sorte de marketing territorial qui vise à vendre ces écoquartiers à des catégories sociales ciblées, ce qui entraîne à mon avis une dérive inégalitaire. Il y a bien sûr quelques associations de citoyens et militants de la ville durable qui tentent de se faire entendre, mais on leur fait la vie dure.»
Reconnaissant envers le Québec
La conférence du professeur Di Méo a été organisée par le Département de géographie en collaboration avec le Réseau interuniversitaire Villes régions monde et de la Faculté des sciences humaines. Les professeures Anne Gilbert, de l’Université d’Ottawa, et Rodolphe De Koninck, de l’Université de Montréal, ont participé à la discussion qui a suivi la conférence de Guy Di Méo.
«Je suis honoré d’avoir été invité par l’UQAM, souligne le conférencier. J’apprécie les collègues québécois qui ont joué un rôle crucial dans l’évolution de la géographie au cours du XXe siècle, en servant d’interface entre les pratiques anglo-saxonnes et les pratiques franco-allemandes. Nous leur devons beaucoup.»