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La gouvernance urbaine autrement

Maire de l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie, François Croteau est étudiant au doctorat en études urbaines.

Par Pierre-Etienne Caza

7 mai 2015 à 10 h 05

Mis à jour le 14 mai 2015 à 12 h 05

François CroteauPhoto: Nathalie St-Pierre

Depuis son élection à la mairie de l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie, en 2009, François Croteau travaille sans relâche afin que ses concitoyens se réapproprient l’espace urbain et le transforment. «Cela peut sembler banal, mais c’est un changement culturel profond qui aura des impacts à long terme dans l’arrondissement», affirme le jeune maire de 43 ans, doctorant en études urbaines à l’ESG UQAM, et porte-parole de Projet Montréal en matière d’urbanisme.

Lutte contre les îlots de chaleur, politique de compostage sur l’ensemble du territoire, mesures d’apaisement de la circulation, ajout de plusieurs kilomètres de pistes cyclables, animation des places publiques, jardinage dans les saillies de trottoir et devant les maisons sans besoin d’autorisation, déneigement efficace, la feuille de route de François Croteau est reluisante. «Quand nous sommes arrivés au pouvoir, il y avait cinq ruelles vertes. Nous en comptons actuellement 65, bientôt 85. Et ce sont les citoyens qui mènent ces projets», précise-t-il fièrement.

Un parcours singulier

François Croteau a un parcours atypique. Après l’école secondaire, il a poursuivi des études professionnelles en photolithographie. «J’adorais le domaine, mais les nouveaux Macintosh venaient d’être lancés, se rappelle-t-il. Les logiciels de graphisme et l’impression numérique ont bouleversé le secteur.» Doué artistiquement, le jeune homme fait du graphisme pendant quelques années, puis retourne aux études faire un baccalauréat en histoire à l’Université de Montréal.

Passer du secondaire à l’université sans être allé au cégep fut difficile. «Je n’avais jamais vraiment lu un livre de ma vie, révèle François Croteau. Je faisais beaucoup de fautes de français et j’ai dû pédaler pour m’améliorer rapidement.»

Diplôme en poche, il fait ensuite toutes sortes de boulots pendant quelques années, du télémarketing à la vente d’assurances, en passant par un job d’ouvrier chez Bombardier. «La routine m’ennuie terriblement, reconnaît-il. J’ai constamment besoin de nouveaux défis. Cela dit, c’était une période d’introspection où je me posais beaucoup de questions quant à mon avenir professionnel.»

Vers l’âge de 35 ans, alors qu’il était gestionnaire d’équipe dans une compagnie d’assurances à Québec, où il a habité durant trois ans, il décide de s’inscrire au MBA pour cadres offert à Lévis par l’Université du Québec à Rimouski. Mais Montréal lui manque et il y revient afin de compléter son MBA à l’ESG UQAM, qu’il obtient en 2007. La même année, il s’inscrit au doctorat.

Le saut en politique

Impliqué politiquement depuis ses années de bac, le futur maire participe régulièrement à des activités politiques, où il rencontre Louise Harel, chef de Vision Montréal. Celle-ci lui propose en 2009 de se présenter à la mairie de Rosemont contre André Lavallée. «Je n’avais rien à perdre, se souvient-il. Peu de gens y croyaient, mais moi, oui, car je me présentais dans un arrondissement souverainiste contre un adversaire issu de l’équipe du maire sortant fédéraliste… C’était une victoire assurée!»

Son doctorat est mis sur la touche et le boulot de politicien l’absorbe entièrement. Réélu en novembre 2013 sous la bannière de Projet Montréal, il vise déjà un troisième mandat en 2017. «J’ai amorcé une réforme administrative au sein de l’arrondissement, explique-t-il. Implanter une telle réforme demande du temps et je veux m’assurer de sa pérennité.»

«Pour s’assurer de l’adhésion à un projet, il faut donner aux gens la chance de prendre connaissance de toute l’information disponible, puis leur permettre de s’exprimer. Et il ne faut surtout pas avoir peur de faire marche arrière, d’admettre ses erreurs et de changer d’idée. Il n’y a rien de pire que de gérer par dogmatisme.»

François Croteau est désormais un personnage public, reconnu dans «son» arrondissement qu’il adore sillonner à pied avec de la musique plein les oreilles. Mélomane averti, il fréquente chaque année les festivals comme Osheaga, où il se fond pendant quelques jours dans la foule en liesse. Il joue également au hockey dans une ligue amicale. «Je joue pour gagner, précise-t-il en riant. Je suis un compétitif obsessif!»

La démocratie et le bien commun

Informer, expliquer, éduquer… et être patient, voilà les clés du succès politique de François Croteau. «Pour s’assurer de l’adhésion à un projet, il faut donner aux gens la chance de prendre connaissance de toute l’information disponible, puis leur permettre de s’exprimer, dit-il. Et il ne faut surtout pas avoir peur de faire marche arrière, d’admettre ses erreurs et de changer d’idée. Il n’y a rien de pire que de gérer par dogmatisme.»

« Je me suis présenté en politique pour combattre ceux qui veulent réduire la démocratie et mes études doctorales se veulent un reflet de ces préoccupations.»

Selon le maire, la démocratie subit des assauts répétés de la part des politiciens provinciaux et fédéraux actuels. «On tente de restreindre les canaux par lesquels la population peut s’exprimer, alors que c’est tout le contraire qu’il faut faire!» s’exclame-t-il.

On s’en doute, les débats entourant les politiques du gouvernement Couillard ne le laissent pas indifférent. «Je suis inquiet des décisions qui sont prises, j’ai peur pour l’avenir du Québec, du Canada et de Montréal, dit-il. Il faut penser au bien commun. Nos élus semblent juger que les préoccupations environnementales et les consultations publiques nuisent au développement économique. Ils se trompent! Je me suis présenté en politique pour combattre ceux qui veulent réduire la démocratie et mes études doctorales se veulent un reflet de ces préoccupations.»

Un doctorat à finir

Sa thèse porte sur la production d’un modèle théorique de gestion des parties prenantes lié à la gouvernance urbaine. «Les parties prenantes sont tous les acteurs impliqués dans un projet, explique-t-il. Or, il existe plusieurs modèles lorsqu’un projet est mené par une entreprise privée, mais à peu près rien lorsqu’il s’agit de gouvernance urbaine.»

La particularité de la gouvernance urbaine, poursuit-il, tient à sa direction bicéphale: d’un côté, les élus et, de l’autre, la fonction publique. «Ces deux entités n’ont pas les mêmes intérêts, et donc pas la même analyse de l’importance des parties prenantes pour chaque dossier.»

«Une bonne thèse est une thèse finie», lui répète souvent à la blague son directeur, le professeur Pierre Delorme, du Département d’études urbaines et touristiques. Il est vrai que le maire a négligé ses études depuis son arrivée au pouvoir. Il espère néanmoins y mettre la touche finale en 2016. «Il n’est pas acquis que je serai réélu 2017, dit-il avec lucidité. Or, j’aimerais bien avoir quelques options advenant une défaite.»

La prochaine étape?

Plusieurs l’ont pressenti – et le pressentent encore – pour la mairie de Montréal. «Pas pour l’instant, tranche-t-il sans appel. Je ne possède pas les outils politiques et professionnels pour gérer une ville comme Montréal. Je ne ferme pas la porte, mais ce n’est pas pour tout de suite.»

Et un saut à Québec? «Je n’ai pas été approché et je ne suis pas intéressé, dit-il. Je préfère des actions dont on voit les résultats le lendemain, avec des impacts au quotidien pour les citoyens. C’est plus stimulant!»