Qu’est-ce que le concept de l’acceptabilité sociale? Quelles sont ses bonnes pratiques et ses défis? Quel est le rôle des relationnistes dans les processus d’acceptabilité sociale? L’acceptabilité sociale, «c’est l’idée que les promoteurs, dans le cadre de grands projets d’infrastructures, puissent engager une discussion avec les citoyens et les communautés locales dans le but d’essayer de concilier leurs valeurs avec celles des citoyens», explique la professeure Stéphanie Yates (B.A. communication, relations publiques, 99), du Département de communication sociale et publique, qui prononcera une conférence sur la question le mardi 3 mars prochain dans le cadre d’une nouvelle série de conférences publiques organisées par la Faculté de communication.
La professeure compte s’inspirer d’une étude qu’elle a menée avec Myriam Arbour, candidate à la maîtrise en communication, sur les stratégies de communication de six promoteurs de projets et les réactions des citoyens à ces stratégies. Parmi les exemples analysés, le projet avorté du déménagement du Casino de Montréal dans Pointe-Saint-Charles, un quartier où vivent des populations vulnérables et dépendantes au jeu, constitue aux yeux de la professeure un exemple de mauvaises pratiques en matière d’acceptabilité sociale, alors que le projet de mise en œuvre du Quartier des spectacles a été bien accueilli par les citoyens montréalais.
Intitulée «Relations publiques et acceptabilité sociale: une façon de mieux “faire avaler des couleuvres”?», la conférence sera l’occasion pour la professeure de défaire le mythe selon lequel ce processus de dialogue et d’ouverture n’est en fait qu’un moyen pour faire passer un projet à tout prix. «On ne gère pas des populations locales ou des groupes de citoyens comme on gère des employés, précise Stéphanie Yates. Les gouvernements ou les organisations ont plutôt intérêt à entrer en relation avec les citoyens et à discuter avec eux afin de faire entendre les différents points de vue.»
Selon la chercheuse, les promoteurs doivent prendre conscience que les populations locales détiennent un savoir, certes différent de celui de l’expert, mais néanmoins pertinent dans l’élaboration du projet. «On parle d’une vraie coconstruction, estime Stéphanie Yates. Il ne s’agit pas d’obtenir un consensus – des projets ont été mis de l’avant sans l’accord de toutes les parties prenantes –, mais si ces dernières sont prises en considération et se sentent incluses dans le processus de consultation, leur opposition sera moins forte.»
Pour être efficace, toutefois, le processus doit se faire en amont du projet et se poursuivre tout au long de ses différentes phases. «Si le projet est prévu dans ses moult détails, nous ne sommes pas dans la coconstruction, souligne la chercheuse. Si le dialogue est authentique, on a plus de chance confronter les points de vue des deux parties et d’améliorer le projet au final, en le rendant, par exemple, plus respectueux en matière d’environnement.»
Les promoteurs qui veulent s’engager dans un tel processus de dialogue doivent être ouverts au fait que le projet ne verra peut-être jamais le jour, rappelle la professeure. «Les valeurs des uns peuvent être non recevables aux yeux des autres.» Dans le cas du projet de déménagement du Casino, des groupes sociaux du quartier Pointe-Saint-Charles refusaient de discuter avec les promoteurs puisqu’ils estimaient le projet illégitime.
Le rôle des relationnistes
Un second volet de la conférence s’attardera aux rôles des relationnistes dans les processus d’acceptabilité sociale. Bien que ces derniers soient des professionnels des relations avec les citoyens et le public, les relationnistes se trouvent bien souvent écartés du processus de dialogue, au profit de firmes de consultation publique. «On croit que les relationnistes sont juste bons pour faire la promotion du projet et la diffusion de l’information», observe la professeure. Le manque de crédibilité des relationnistes, «qui puiserait ses origines dans l’histoire de la profession liée à la propagande, et ce, malgré l’évolution du milieu», jouerait également un rôle. Quoi qu’il en soit, l’émergence de cette nouvelle industrie la consultation publique fait mal à la profession. «Malgré le professionnalisme des consultants et les besoins auxquels ils répondent, c’est un important champ d’expertise qui échappe aux spécialistes des relations publiques, conclut Stéphanie Yates. Il y a lieu de réfléchir à la crédibilisation de la profession.»
La conférence de Stéphanie Yates aura lieu le mardi 3 mars, à 18 h, à la salle Pierre-Bourgault (Pavillon JE). Les conférences publiques de la Faculté de communication ont lieu tous les mardis jusqu’au 7 avril prochain.
PROCHAINES CONFÉRENCES PUBLIQUES DONNÉES PAR DES PROFESSEURS DE LA FACULTÉ DE COMMUNICATION – HIVER 2015
Mardi 3 mars, salle Pierre Bourgault, (JE-1100, 1564 rue Saint-Denis), 18h
Relations publiques et acceptabilité sociale: une façon de mieux «faire avaler des couleuvres»?
À partir de cas concrets, Stéphanie Yates, professeure en relations publiques, se penchera sur le rôle des relationnistes dans les processus d’acceptabilité sociale des grands projets.
Mardi 17 mars, salle Pierre Bourgault, (JE-1100, 1564 rue Saint-Denis), 18h
Le pixel, c’est bien, le papier, c’est mieux: les nouvelles pratiques documentaires.
Catherine Saouter, spécialiste de l’image, présentera une analyse de l’utilisation du dessin dans les médias, son sens et sa portée, notamment à partir de l’affaire Charlie Hebdo.
Mardi 31 mars, salle Pierre Bourgault, (JE-1100, 1564 rue Saint-Denis), 18h
La nuit au cinéma
Diane Poitras, cinéaste spécialiste du documentaire et du webdocumentaire, analysera et illustrera une utilisation de la nuit au cinéma.
Mardi 7 avril, salle Pierre Bourgault, (JE-1100, 1564 rue Saint-Denis), 18h
Parler aux médias
Bernard Motulsky, spécialiste de la communication et des relations publiques, discutera des principes de base pour gérer efficacement ses communications avec les médias.