Voir plus
Voir moins

Le froid en vedette

Daniel Chartier et Daniel Arsenault organisent un colloque sur le froid qui réunira des chercheurs d’une quinzaine de pays à l’Université de Versailles.

Par Pierre-Etienne Caza

9 décembre 2013 à 15 h 12

Mis à jour le 17 septembre 2014 à 19 h 09

Photo

Photo: Nathalie St-Pierre

Depuis sa création en 2003, le Laboratoire international d’étude multidisciplinaire comparée des représentations du Nord s’intéresse à l’hiver et à l’imaginaire du Nord. «Le dénominateur commun de toutes les facettes de la culture que nous étudions est le froid, mais nous n’avions jamais pensé consacrer un colloque à cette thématique!», lance en riant son directeur, Daniel Chartier, professeur au Département d’études littéraires.

Ce sera bientôt chose faite, puisque le Laboratoire du professeur Chartier et le Centre européen d’études arctiques de l’Université de  Versailles–Saint-Quentin-en-Yvelines organisent un colloque international pluridisciplinaire intitulé «Le Froid. Adaptation, production, représentations, effets». Ce colloque aura lieu du 12 au 14 décembre prochain à l’Université de Versailles–Saint-Quentin-en-Yvelines.

Une exposition internationale sur le froid sera présentée en 2017 au Musée de la civilisation de Québec, précise Daniel Chartier à propos de la genèse de l’événement. «On m’a demandé de diriger le comité scientifique de cette exposition, explique-t-il. Ce colloque est l’occasion idéale pour rencontrer des experts qui pourraient en faire partie.»

Pluridisciplinarité géographique

Daniel Chartier et son collègue Daniel Arsenault, du Département d’histoire de l’art, se réjouissent d’avoir obtenu autant de propositions à la suite de leur appel de présentations. «Nous pensions en recevoir une trentaine et nous en avons reçu une centaine», souligne Daniel Arsenault. Ils ont retenu quelque 60 propositions provenant de 15 pays, parmi lesquels la France, le Canada, la Russie, la Finlande, la Suède, la Norvège, le Danemark, le Groenland, le Belgique et l’Allemagne.

Habituellement, les colloques du Laboratoire international d’étude multidisciplinaire comparée des représentations du Nord attirent surtout des chercheurs en études culturelles et parfois en science politique, note Daniel Chartier. «Cette fois-ci, nous aurons des chercheurs en géographie, en histoire, en études littéraires, en médecine, en biologie, en climatologie, en ingénierie, physique, en linguistique et en sociologie, annonce-t-il. Ce qui confirme que le froid n’appartient à personne!»

Invisible, le froid ne se manifeste que dans ses effets sur les corps et les choses, par les efforts que font les humains pour s’y adapter (architecture, transports, vêtements, pratiques sociales et culturelles), par des  représentations (littéraires, cinématographiques, picturales), ainsi que par son utilisation grâce à des techniques (réfrigération, climatisation, congélation, etc.). «La production du froid remonte à peine à 100 ans, c’est très récent dans l’histoire de l’humanité», souligne Daniel Chartier.

La grande conférence de ce colloque, intitulée «Le froid, le peintre et le tableau. Quand l’hiver s’installe en ville», sera prononcée par Esther Trépanier, professeure au Département d’histoire de l’art. «Cette conférence s’intéressera à la façon dont les artistes ont représenté les diverses pratiques d’adaptation des citadins à l’hiver et ce qu’ils ont illustré des plaisirs ou des misères de l’hiver en ville», explique Daniel Arsenault.

Certaines présentations du colloque intriguent: un spécialiste de l’archéologie romaine viendra traiter du froid en Gaule du Ier au VIe siècle; une spécialiste en droit privé et en sciences criminelles s’intéresse aux aspects scientifiques et légaux de la cryogénisation, un autre conférencier à la production de la nourriture dans les villes nordiques. Une professeure chinoise qui enseigne en Norvège expliquera la beauté du froid à travers les mathématiques – il paraît qu’elle donne ses cours à l’extérieur le plus souvent possible. Un physicien atomique s’intéresse aux gaz d’atomes ultra-froids, un géographe au design hivernal de l’espace public et un ingénieur russe effectue des recherches sur l’impact du froid sur le système de transport routier.

Plusieurs participants proviennent de l’UQAM. Outre Daniel Chartier et Daniel Arsenault, on retrouve le professeur Yves Bergeron, du Département d’histoire de l’art, les doctorantes Léa Lefevre-Radelli (sciences des religions), Anne-Marie Belley (histoire de l’art) et Julie Grenon-Morin (études littéraires), la candidate à la maîtrise Julie Gagné (études littéraires) et les diplômées Manon Otto et Manon Barbeau. «Tous les colloques internationaux que nous organisons comporte un volet recherche-création, précise Daniel Chartier. C’est une spécificité de l’UQAM que nous imposons car nous la jugeons essentielle. Souvent, un artiste produit des œuvres qui vont plus loin que les analyses que nous réalisons en tant que chercheurs.»

Les deux chercheurs précisent qu’une publication devrait éventuellement regrouper des morceaux choisis du colloque.

Un programme d’études sur le Nord culturel

Ce colloque s’inscrit dans le cadre d’un projet de coopération France-Québec avec le Centre européen d’études arctiques de l’Université de  Versailles–Saint-Quentin-en-Yvelines. «Cette université possède le seul programme de maîtrise en études arctiques dans les pays francophones, précise Daniel Chartier. Comme nous développons actuellement un programme de deuxième cycle sur le nord culturel, nous voulions collaborer avec ses chercheurs, dont l’expérience pourrait nous être utile. Sans compter qu’ils travaillent entre autres sur la Sibérie, un territoire qu’aucun de nos chercheurs ne couvrent. Cette complémentarité est intéressante.»