Les murs de la salle d’attente du Centre de services orthopédagogiques, ouvert depuis septembre dernier, sont peinturés en bleu et ornés de jolis dessins de fleurs. Des livres pour enfants et des jouets sont rangés sur les étagères, à portée des petites mains. «Nous avons voulu recréer une ambiance familiale», explique la professeure Nathalie Chapleau (B.Ed. adaptation scolaire et sociale, 89; M.Ed. primaire, 96; Ph.D. éducation, 13), du Département d’éducation et formation spécialisées, responsable du projet pilote.
L’objectif du centre est de former des étudiantes en milieu de pratique et d’offrir des services professionnels en orthopédagogie à prix réduit. «Ce sont des candidates à la maîtrise en orthopédagogie qui ont eu l’idée de la clinique. Certaines d’entre elles n’ont pas accès à un milieu de pratique, malgré le fait qu’elles doivent effectuer un stage (Atelier de synthèse) dans le cadre de leurs études», relève la professeure, qui caressait déjà le rêve d’ouvrir une clinique semblable durant ses études doctorales, réalisées sous la direction de Line Laplante et de Monique Brodeur, aujourd’hui doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation. «La doyenne nous a beaucoup soutenus dans notre démarche.»
Sous la supervision de Nathalie Chapleau, la clinique permet aux étudiantes de développer leurs compétences professionnelles, d’approfondir les notions théoriques vues en classe, d’évaluer de vrais cas et de trouver des méthodes d’intervention adaptées aux besoins de chacun. Des étudiantes au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale, sous la supervision cette fois de la professeure Jacinthe Giroux, du Département d’éducation et formation spécialisées, participent également à la clinique en tant qu’intervenantes.
Un centre pour tous
Le Centre de services orthopédagogiques offre ses services aux enfants de 5 ans et plus, aux adolescents et aux adultes qui éprouvent des difficultés d’apprentissage (en lecture, en écriture ou en mathématiques). Les étudiantes évaluent d’abord le cas au moyen de différents tests standardisés et de questionnaires, qu’elles utilisent en partie ou en totalité selon les besoins. «De cette manière, elles peuvent personnaliser leur évaluation», explique Nathalie Chapleau. L’évaluation peut prendre plusieurs semaines. Pour évaluer les enfants, la collaboration des parents est demandée. «Un questionnaire complété par les parents permet d’obtenir un portrait global de l’enfant, poursuit la chercheuse. Les étudiantes disposent ainsi d’une foule d’informations (maladies, traumatismes, etc.) qui peuvent expliquer les raisons pour lesquelles l’enfant éprouve des difficultés dans son apprentissage.»
Les étudiantes présentent, dans un deuxième temps, un plan de rééducation en fonction des objectifs à réaliser et enfin procèdent à la rééducation. «Elles font des recommandations aux parents, au professeur ou à l’employeur, selon le cas», souligne Nathalie Chapleau. À chaque étape– évaluation, plan de rééducation, rééducation – la professeure rencontre les étudiantes afin de mesurer leurs interventions et de réajuster le tir, au besoin. «Au fur et à mesure du projet, les étudiantes doivent me remettre un travail documentant leur processus. Elles auront également des suivis à effectuer et devront noter les progrès et les évolutions de leurs clients», décrit la professeure, qui mènera dans le cadre de ce projet pilote, échelonné sur deux sessions universitaires, des recherches sur la méthode d’intervention sur mesure.
Études de cas
Quel type de clientèle fréquente la clinique? «Nous avons sept cas, des gens de tous les âges qui proviennent autant de Montréal que de la Rive-Sud», note la professeure. Les raisons de leurs difficultés sont multiples: elles peuvent être dues à un manque d’organisation ou à un déficit d’attention. «Dans de tels cas, les orthopédagogues peuvent aider les enfants à apprendre à mieux s’organiser et à mieux gérer leurs tâches.»
Une étudiante a entre autres procédé à l’évaluation d’un petit garçon en première année du primaire qui éprouve des difficultés d’apprentissage depuis son entrée à la maternelle. «Il a de la difficulté avec les sons, expose Nathalie Chapleau. L’étudiante a mis en place une série de jeux ayant pour but de lui faire pratiquer des rimes, de l’aider à trouver chacun des phonèmes qui composent un mot donné et à faire la correspondance entre le son et la lettre.» Autre cas: une cliente adulte, ayant connu des difficultés scolaires dans l’enfance, qui vient d’entreprendre des études universitaires. «Au moyen de tests orthopédagogiques, nous pouvons dresser un profil de ses apprentissages en lecture et écriture et mieux connaître ses forces et ses faiblesses, explique Nathalie Chapleau. Ce bilan peut l’amener à bénéficier de certains accommodements en classe afin de mieux réussir ses cours.» Selon la professeure, il est possible de demander de tels accommodements. «Comme les dyslexiques ont besoin de plus de temps pour lire un document et bien le comprendre, ils peuvent demander à leurs professeurs du temps supplémentaire durant les périodes d’examen ou avoir accès à une banque d’aide-mémoire ou de mots-clés.»
Les services offerts au Centre s’inscrivent en complémentarité de ceux déjà offerts en milieu scolaire (collégial, universitaire, etc.) et hospitalier, ou par d’autres professionnels, soutient la professeure. «Si l’élève a des difficultés sur le plan du langage oral, il sera référé à un orthophoniste; s’il présente plutôt des troubles de motivation ou de comportement, on pourrait l’orienter vers un psychologue.» La professeure et ses étudiantes comptent par ailleurs offrir des services à la communauté avoisinante de l’UQAM «en fonction des besoins des écoles du quartier. Il y a un grand manque à pallier dans le milieu scolaire», rappelle la chercheuse.
