Qu’ont en commun les arts et les mathématiques? Les jeunes de 11 à 13 ans sont invités à le découvrir dans le cadre d’un nouveau camp de jour lancé à l’UQAM cet été. Cette initiative originale est le fruit de la collaboration entre trois facultés: les facultés des sciences, des arts et des sciences de l’éducation. D’une durée de cinq jours, le camp en est à sa troisième et dernière reprise cette semaine, mais l’expérience a connu un tel succès qu’on se promet de la répéter l’année prochaine.
Dans un atelier de céramique du pavillon Judith-Jasmin, huit jeunes sont réunis autour d’une table où ils terminent un exercice de pavage inspiré de l’artiste néerlandais Escher, un passionné de mathématiques qui a beaucoup travaillé sur les formes. Le but de l’exercice: créer un motif répété à partir de formes complexes qui s’emboîtent parfaitement à l’intérieur d’un carré. Deux jours plus tard, dans un local du pavillon Président-Kennedy, les campeurs sont amenés à réfléchir à la différence entre un cercle et un point, à la définition de la ligne et du plan. La réflexion prend vite l’allure d’un exercice pratique: armés de pastels, les jeunes s’amusent à tracer lignes, points et surfaces sur le papier.
«L’idée n’est pas de leur donner un cours de géométrie, mais d’introduire certaines notions dans un contexte de pratique artistique», explique la responsable du camp, Lorella Abenavoli, chargée de cours en histoire de l’art et doctorante en études et pratiques des arts. Davantage habitués à dessiner des formes connues, des personnages ou des objets, qu’à se frotter à l’art abstrait, les jeunes sont amenés, avant de se lancer, à examiner des tableaux de Miro, de Rothko ou de Kandinsky pour y déceler plans, lignes, points et aplats de couleur. «Cet atelier est inspiré de la théorie de Kandinsky exprimée dans son célèbre ouvrage Point Ligne Plan», précise la responsable du camp.
L’atmosphère est ludique. Les jeunes commentent les tableaux, y voient des formes de dragons, de chevaux et même un jeu de Packman. Puis, ils se mettent à l’ouvrage. Avec des pastels de cinq couleurs différentes, ils doivent faire un dessin comportant au moins 5 lignes, trois points, deux plans, un angle et une courbe. Ils s’en mettent plein les mains et en mettent plein la vue de leurs animateurs. Émilie Audet, finissante au baccalauréat en enseignement des mathématiques, et Pascal Seguel Reynolds, finissant au baccalauréat en arts visuels, sont les deux complices qui se chargent de les encadrer.
Au camp, les jeunes apprennent aussi les mathématiques qui se cachent derrière les jeux de carte, le design et l’architecture. À l’exposition qui se tient le vendredi après-midi, à la fin du camp, ils ont l’occasion de montrer à la famille et aux amis ce qu’ils ont appris et réalisé. On y a vu, entre autres, des lampes colorées inspirées du travail sur le triangle, considéré comme la forme parfaite, de Buckminster Fuller, le célèbre architecte de la Biosphère, sur l’île Sainte-Hélène.
Quand on demande aux campeurs s’ils ont la bosse des maths, ils répondent en riant qu’ils sont tous des «bollés»! En réalité, nuance Lorella, certains enfants ont été inscrits par leurs parents justement parce qu’ils avaient des difficultés en mathématiques. «Les parents se sont dit que ce serait une bonne façon d’amener leurs jeunes à s’intéresser aux mathématiques.»
Grâce au don d’un philanthrope, plusieurs enfants ayant fréquenté les camps de cet été provenaient de milieux défavorisés. «Énormément de gens ont participé à la mise sur pied du camp», dit Lorella Abenavoli, citant, entre autres, le doyen de la Faculté des sciences, Mario Morin, les professeurs du Département de mathématiques François Bergeron et Matthieu Dufour ainsi que la doyenne de la Faculté des arts, Louise Poissant, qui ont fourni des idées pour les ateliers. Avec ses deux animateurs, Lorella prépare un cahier d’activités qui servira à répéter l’expérience au cours des prochaines années. Entre temps, elle retourne à son doctorat, consacré à un sujet qui fait, lui aussi, le lien entre arts et mathématiques: elle travaille sur la sonification, plus précisément sur la façon dont les artistes s’approprient cette technique en plein développement qui consiste à transformer des données numériques en sons.