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Valoriser le patrimoine culturel du Théâtre Sans Fil

Des étudiantes en muséologie nourrissent la réflexion sur les défis de conservation de la collection de marionnettes léguée à l’UQAM.

6 janvier 2026 à 15 h 44

Le 16 décembre dernier, la Bibliothèque centrale a accueilli huit étudiantes de la maîtrise en muséologie, qui ont présenté devant public les résultats de travaux visant à mettre en valeur  la collection d’une vingtaine de marionnettes géantes et d’éléments de décor du Théâtre Sans Fil (TSF), léguée au Service des bibliothèques l’an dernier. Menés dans le cadre du séminaire de muséologie Collections et conservation, les travaux des étudiantes consistaient à formuler des propositions en matière d’exposition et de médiation afin d’alimenter la réflexion sur la place de la collection du TSF au sein du Service des bibliothèques.

Ce projet est né d’une collaboration entre le Laboratoire ludique du Service des bibliothèques et l’Institut du patrimoine. L’objectif de ce partenariat est d’explorer la collection de marionnettes géantes du TSF sous l’angle muséologique en contexte de bibliothèque universitaire et d’analyser son potentiel de patrimonialisation. Le projet s’inscrit également dans le cadre de  Métamorphose, une initiative du Service des bibliothèques visant à redéfinir la bibliothèque universitaire comme un lieu de vie, d’expérimentation et d’innovation.

Nouvellement ancré dans le Service des bibliothèques, le Laboratoire ludique se veut un espace d’expérimentation transdisciplinaire afin de développer de méthodes de cocréation et de mobilisation des connaissances à travers des expériences ludiques. Il vise aussi à promouvoir la collaboration et la diffusion de savoirs auprès du personnel enseignant et des services de l’UQAM.


Le Théâtre sans fil

Le TSF a vu le jour à l’UQAM en 1971, dans l’orbite du programme du baccalauréat en animation culturelle. Il a été cofondé par le marionnettiste et metteur en scène André Viens (B.A. animation culturelle, 1975), membre de la première cohorte de finissantes et finissants en animation culturelle. Récipiendaire du prix Reconnaissance UQAM 2007, André Viens a assuré la direction générale et artistique du TSF et signé l’ensemble des mises en scène de ses créations et de ses adaptations.

Les productions les plus emblématiques de la compagnie, dont les adaptations du Hobbit et du Seigneur des Anneaux dans les années 1970 et 1980, ont introduit un dialogue unique entre des textes de la culture populaire et des esthétiques propres au théâtre de marionnettes. Inspirés du bunraku, l’art japonais de la marionnette de grande taille à portée sociale, les spectacles du TSF ont été présentés dans une vingtaine de pays sur quatre continents, notamment aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984.


Présentations étudiantes

Trois équipes d’étudiantes de la maîtrise en muséologie ont formulé des propositions et des recommandations concernant l’exposition et la valorisation du patrimoine du Théâtre Sans Fil.

La présentation de la première équipe, formée d’Ivana Espinoza et de Camila Maghraoui, s’intitulait «Les bibliothèques s’animent: une incursion du Théâtre Sans Fil». Les étudiantes ont cherché à explorer et à identifier des espaces à la Bibliothèque centrale susceptibles d’attirer l’attention des usagères et usagers. Elles ont proposé, notamment, une exposition en rotation de marionnettes géantes à l’accueil (niveau métro) et au premier étage, une activité de médiation au rez-de-chaussée mettant en scène des marionnettes et des éléments de décor, dans l’esprit de créer un lieu d’accueil chaleureux. Elles ont également recommandé l’aménagement d’un espace au deuxième étage, orné de rideaux et éclairé de manière tamisée, comme dans un théâtre, où l’on trouverait des affiches de spectacles du TSF, des extraits de pièces projetés sur écran et une marionnette suspendue.

«Au-delà du rideau: mises en scène de l’univers créatif du Théâtre Sans Fil» était le titre de la deuxième présentation. Sophie Fox-Mauffette, Anaïs Gagnon et Manon Lilie Abribat ont suggéré diverses activités de médiation pour mettre en valeur, notamment, les savoir-faire du TSF: manipulations des marionnettes, mise en scène, éclairage et musique. Les activités proposées concernaient aussi les récits de spectacles (créations originales, adaptations d’œuvres, témoignages), de même que les dimensions immatérielles des productions: influences culturelles, contexte de la société québécoise des années 1970 et 1980, réactions du public, préoccupations quant à la démocratisation de l’accès au théâtre.

L’équipe a proposé, par ailleurs, une visite audioguidée d’une exposition de marionnettes, comprenant des bandes sonores, des musiques, des textes et des témoignages, la tenue d’ateliers théâtraux animés par des étudiantes et étudiants en théâtre et en animation culturelle, et la création au rez-de-chaussée de la Bibliothèque centrale d’un espace de lecture proposant des textes de spectacles et des ouvrages consacrés au TSF.

La troisième équipe, formée des étudiantes Victoria Beauchamp, Gabrielle Bonneville et Joëlle De Grâce, s’est intéressée à la valorisation du processus de création du TSF. Pour ce faire, elles ont consulté le fonds Michel-Demers (concepteur graphique et scénographe pour le TSF) au Service des bibliothèques, comprenant plus de 500 dessins (personnages et décors) issus de différentes pièces du TSF et photos de marionnettes en construction. Elles ont également visionné des entrevues vidéo réalisées par le Laboratoire ludique, ont eu des échanges avec André Viens et Michel Demers, consulté des documents textuels et sonores à Bibliothèque et Archives nationales du Québec et mené une recherche documentaire à la Maison internationale des arts de la marionnette.

Les étudiantes ont proposé, entre autres, d’exposer dans des cadres en bois des marionnettes accompagnées de leurs dessins préparatoires, de créer un ou plusieurs dioramas illustrant des pièces du TSF, de numériser le Fonds Michel-Demers, de tenir des ateliers de création de marionnettes de différentes tailles et d’organiser des activités d’animation en milieu scolaire.

Une période d’échanges avec le public a suivi les présentations. Différentes interventions ont souligné l’intérêt des propositions étudiantes pour mettre en lumière le patrimoine du TSF et, plus largement, pour poursuivre la réflexion sur les défis de sa conservation et de sa valorisation dans un cadre universitaire.