Depuis quelques années, on observe le déploiement des humanités numériques, un champ transdisciplinaire combinant sciences humaines, arts et lettres avec les méthodes, outils et environnements du numérique. «Les humanités numériques englobent à la fois une dimension computationnelle, incluant l’analyse, le traitement et la visualisation de données, et une dimension critique et culturelle avec l’étude des pratiques, des médias et des environnements numériques», explique le bibliothécaire Simon Côté-Lapointe.
Pour répondre aux besoins des chercheuses et des chercheurs, les soutenir et les accompagner dans leurs projets de recherche et de création en lien avec ce nouveau champ de recherche, les Bibliothèques de l’UQAM, en collaboration avec les Services informatiques, ont mis sur pied le Laboratoire de données et humanités numériques, situé à la bibliothèque centrale (A-M203).
Le nouveau laboratoire vise, notamment, à faciliter l’accès aux ressources et collections numériques, offrir un espace physique de travail adapté aux besoins de la recherche numérique, favoriser les partenariats et la collaboration autour des initiatives numériques liées au patrimoine culturel, promouvoir la littératie numérique en recherche et encourager la recherche interdisciplinaire.
La genèse du projet
Le projet du nouveau laboratoire s’inscrit dans la foulée de la création du profil en humanités numériques à la maîtrise en histoire, rappelle Simon Côté-Lapointe. Une première journée de réseautage en humanités numériques a eu lieu au printemps 2023, afin d’identifier les besoins des professeures et professeurs en la matière, puis, en juin dernier, une école d’été a été organisée sous la thématique «Arts, cultures et humanités numériques». «L’objectif était d’explorer les possibilités de recherche dans ces domaines», précise le bibliothécaire.
À la suite de l’école d’été, l’idée de créer un lieu dédié aux humanités numériques s’est imposée. «Un laboratoire permet de tenir des activités de formation et de partage des connaissances, et de favoriser l’accès aux humanités numériques auprès de la communauté de recherche uqamienne, incluant les étudiantes et étudiants», note Simon Côté-Lapointe.
Un accès aux données
«L’apport des Bibliothèques aux humanités numériques, ce sont d’abord nos corpus et nos collections, souligne Dany Bouchard, directeur des services en soutien à la recherche et à la création du Service des bibliothèques. Voilà pourquoi l’objectif d’un tel laboratoire est de mettre sur pied des ateliers pour former les chercheuses et chercheurs à des applications existantes, mais aussi de développer des outils numériques facilitant l’accès à nos bases de données, l’extraction de ces données et leur utilisation dans le cadre de projets de recherche.»
«Les humanités numériques transforment la manière de faire de la recherche et cela transforme notre rôle de médiateurs entre les utilisateurs et nos collections, confirme Simon Côté-Lapointe. C’est une nouvelle façon d’envisager les corpus, documents, livres et revues auxquels nous pouvons donner accès.»
La composante informatique du projet, incontournable, nécessitait une expertise particulière. «Olivier Lapointe, analyste aux Services-conseils à la recherche aux Services informatiques, nous a donné un coup de pouce formidable, car un laboratoire comme celui-là requiert des postes informatiques avec des capacités de calcul avancées», observe Dany Bouchard.
Un guide thématique et des formations
Pour aider les chercheuses et chercheurs, on a produit un guide thématique permettant de s’initier aux humanités numériques. Ce guide aborde la constitution d’un corpus, le traitement des données, la collaboration et la gestion d’un projet ainsi que la publication et la diffusion des résultats.
Depuis l’automne 2023, une demi-douzaine de formations ont été offertes, dont une introduction aux humanités numériques et à différentes intelligences artificielles génératives, mais aussi à d’autres outils portant, entre autres, sur la transcription automatique (Transkribus, Whisper AI), la création et la diffusion de cartes géographiques personnalisées, interactives et collaboratives (uMap, ArcGIS StoryMaps) et le soutien à l’analyse qualitative (NVivo). «Les données géographiques provenant des collections de la Cartothèque constituent une bonne partie des humanités numériques à l’UQAM, observe Simon Côté-Lapointe. Or, il faut apprendre comment utiliser, analyser et présenter ce type de données dans un projet de recherche.»
L’objectif à long terme, précise le bibliothécaire, est de développer d’autres outils comme des scripts ou des IA installées en local afin d’accéder plus facilement aux collections des Bibliothèques. «Un stagiaire travaille actuellement sur le développement de solutions alternatives aux grands modèles de langage afin de conserver nos données en local, pour mieux protéger leur confidentialité», précise-t-il.
Bien que le Service des bibliothèques favorise le libre accès et le mouvement de la science ouverte, certains de ses corpus requièrent un abonnement. «D’où l’idée d’un laboratoire physique permettant d’accéder à ces données et de les utiliser», souligne Dany Bouchard. Les ordinateurs installés dans le laboratoire sont performants, dit-il. «Nous avons aussi un lien avec Calcul Québec pour mobiliser certaines ressources si un projet nécessite une puissance de calcul supérieure.»
Un partenaire de recherche
Le nouveau laboratoire s’inscrit dans la foulée du projet Métamorphose qui présente les bibliothèques comme des lieux d’expérimentation, de connaissances et de création de savoirs, note Dany Bouchard. «Nous souhaitons éventuellement devenir partenaires de certains projets de recherche à l’UQAM. Dans cet esprit, nous invitons les chercheuses et chercheurs à venir discuter de leurs idées de projets de recherche pour vérifier si nous pouvons les aider à les concrétiser.»