Qu’il s’agisse d’infrastructures, de réserves d’eau potable ou de feux de forêt plus fréquents et dévastateurs, on entend beaucoup parler des effets des changements climatiques et de la nécessité de s’y adapter. Mais on s’attarde peu à la place occupée par ces bouleversements dans nos vies personnelles, à leur impact sur notre rapport au monde. Ces questions, trop souvent éclipsées, sont au cœur du nouveau balado de vulgarisation scientifique Les Éco-Lucides, un projet réalisé par les doctorantes en psychologie Nessa Ghassemi-Bakhtiari et Terra Léger-Goodes.
Ce projet explore les processus psychosociaux – émotions, bien-être, mobilisation – liés à l’adaptation aux changements climatiques et vise à rendre accessibles les connaissances scientifiques sur ces enjeux à un large public, en particulier les 18 à 35 ans. «Dans Les Éco-Lucides, nous parlons de la place des changements climatiques dans nos vies, pas seulement avec des chiffres, mais avec des émotions, de l’inconfort et beaucoup d’humilité, à travers des rencontres avec des chercheuses et des chercheurs qui ont généreusement accepté de se prêter au jeu», explique Terra Léger-Goodes.
«La série balado a aussi pour objectifs de normaliser les émotions inconfortables que suscitent les bouleversements environnementaux, de lutter contre la désinformation autour de l’éco-anxiété et de soutenir le bien-être des jeunes dans un contexte de dérèglements multiples», souligne Nessa Ghassemi-Bakhtiari.
Pour sa collègue Terra Léger-Goodes, être éco-lucide, c’est apprendre à reconnaître ce que le monde en changement nous fait ressentir et tenter de comprendre comment on peut continuer d’y vivre avec tout ce qu’il nous impose et, surtout, tout ce qu’il nous offre. «À travers ce balado, on invite le public à ne pas ignorer cette réalité et à y faire face», dit la doctorante.
Lancement du balado
Soutenue financièrement par le Fonds de recherche du Québec (FRQ) dans le cadre du programme REGARDS ODD, en collaboration avec la Biosphère, l’un des cinq musées montréalais d’Espace pour la vie, la série balado Les Éco-Lucides a fait l’objet d’un lancement au Cœur des sciences, le 18 juin dernier.
Le premier épisode, présenté lors de l’événement, aborde la question: s’adapter à quoi? Pour y répondre, l’épisode décortique la complexité des changements environnementaux en s’appuyant sur les expertises de Céline Campagna, coordonnatrice à la programmation de la priorité «Défis sociosanitaires» en adaptation aux changements climatiques chez Ouranos, et de Clémence Lalloz, cofondatrice de Futur Simple, une coopérative spécialisée en communication environnementale et sciences comportementales.
«Avec elles, nous nous demandons pourquoi le passage à l’action est si difficile, alors que 82 % des Québécoises et Québécois souhaitent des actions draconiennes, observe Terra Léger-Goodes. Cet épisode met la table pour la suite de nos conversations.»
À l’occasion du lancement de la série, un panel a réuni trois expertes en adaptation psychosociale aux changements climatiques: Anne-Sophie Gousse-Lessard, professeure au Département de psychologie, Anne-Sophie Dorion, doctorante en psychologie à l’Université de Sherbrooke, et Amélie Gauthier, doctorante en psychoéducation à l’Université de Montréal. Leurs échanges feront l’objet d’un épisode de la série, lequel sera diffusé en juillet prochain.
Codirectrice du Groupe interdisciplinaire de recherche sur les éco-émotions et l’engagement citoyen (GIREEC), Anne-Sophie Gousse-Lessard s’intéresse, notamment, aux conséquences des bouleversements socio-environnementaux actuels sur les individus et les groupes ainsi que sur leur capacité à y faire face et à s’y adapter. Ses recherches explorent également les facteurs favorisant la résilience, le pouvoir d’agir et la participation citoyenne.
En collaboration avec la doctorante Nessa Ghassemi-Bakhtiari, Anne-Sophie Gousse-Lessard a contribué à la réalisation de l’exposition Émolab, présentée à la Biosphère jusqu’au 4 octobre 2026. Destinée aux jeunes et aux familles, cette exposition est entièrement consacrée à la science des émotions suscitées par les changements climatiques: tristesse, anxiété, impuissance, colère, mais aussi espoir, détermination et engagement.