Une soixantaine de personnes d’une douzaine de pays de la Francophonie ont participé au premier séminaire international sur l’IA et la découvrabilité, les 9 et 10 septembre derniers, à l’UQAM. Coorganisé par la Chaire de recherche du Québec sur l’intelligence artificielle et le numérique francophones (IANF), dirigée par le professeur du Département de communication sociale et publique Destiny Tchéhouali, et la Représentation de l’Organisation internationale de la Francophonie pour les Amériques, le séminaire visait à réfléchir aux effets des systèmes algorithmiques sur la découvrabilité des contenus francophones, tant en Amérique, en Europe qu’en Afrique, et à dégager des recommandations communes en faveur de la diversité culturelle, de la souveraineté linguistique et de l’équité numérique.
La sous-ministre adjointe au ministère de la Culture et des Communications, Louise Chamberland, la représentante de l’OIF pour les Amériques, Zahra Kamil Ali, le doyen de la Faculté de communication, Gaby Hsab, et le directeur du Service des relations internationales, Neko Likongo, ont prononcé les allocutions d’ouverture. Plusieurs Uqamiennes et Uqamiens ont participé aux panels présentés durant les deux journées, dont Destiny Tchéhouali, Michèle Rioux, professeure au Département de science politique, Catherine Mathys, chargée de cours à l’École des médias, et Brice Armel Simeu, doctorant en science politique.
Diversité culturelle et linguistique
Les systèmes algorithmiques façonnent de plus en plus l’accès aux contenus, qu’il s’agisse de films, de séries, de livres, de musique ou des arts vivants. «Nous vivons dans un contexte d’algocratie culturelle, affirme Destiny Tchéhouali. Les algorithmes sont peu encadrés et sont détenus par des entreprises privées qui invisibilisent les contenus francophones. C’est le cas avec les plateformes comme Netflix et Spotify, mais aussi avec les agents conversationnels comme ChatGPT, Claude ou Gemini.»
Le principal constat qui a émergé du séminaire est que la diversité des expressions culturelles et linguistiques doit devenir un critère d’évaluation des systèmes d’IA. «Cette diversité n’est pas un simple héritage à préserver, mais une ressource vivante qui est au fondement de la créativité, des identités collectives et de la résilience des sociétés, souligne le professeur. La responsabilité des institutions et des États est de veiller à ce que l’IA devienne un vecteur de découvrabilité et de pluralité, et non un facteur d’homogénéisation culturelle.»
Plusieurs pistes d’action visant à renforcer la présence francophone en ligne ont été proposées durant le séminaire: entraîner les modèles d’IA à partir de corpus francophones, améliorer la gouvernance des données et les métadonnées, numériser les patrimoines culturels (archives nationales, bibliothèques) ou former les artistes, créateurs et décideurs public en développant leur littératie en IA, par exemple. «Mais l’idée qui est revenue sans cesse durant les échanges, c’est la nécessité de coopérer dans toute la francophonie», ajoute le chercheur.
Le titulaire de la Chaire IANF, lancée en mai 2025, est d’avis que les travaux de sa chaire contribueront à améliorer la diversité culturelle et linguistique. «Nous comptons, entre autres, réaliser des audits de découvrabilité des agents conversationnels pour mesurer les biais linguistiques dans leurs recommandations génératives.».
Enjeux de sécurité
Plusieurs enjeux de sécurité liés à l’IA ont fait surface ces dernières semaines, dans la foulée des révélations de Jacob Coxon. «Les enjeux sécuritaires sont vitaux, dit Destiny Tchéhouali. Mais d’autres menaces sont imminentes. Si on ne fait rien pour améliorer la découvrabilité de nos contenus et encadrer les plateformes, c’est tout un pan de notre culture et de notre langue qui pourrait disparaître.»