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Un réseau de surveillance marine testé dans l’estuaire du Saint-Laurent

Fiona Darbyshire et ses collègues travaillent sur un système de détection sismique qui pourrait aussi servir aux efforts de conservation des baleines.

9 juillet 2026 à 10 h 06

La professeure Fiona Darbyshire, du Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère, figure parmi les cosignataires d’une étude publiée dans la revue Seismica portant sur un réseau de surveillance marine pouvant détecter les séismes, mais aussi enregistrer le chant des baleines, le bruit des navires et les explosions minières, en plus de capter l’activité des marées.

Installé dans l’estuaire du Saint-Laurent entre 2023 et 2025, ce réseau expérimental a détecté deux fois plus de séismes que le système national de surveillance sismique, révèle l’étude. «Le projet démontre la puissance des réseaux sismographiques pour une vaste gamme d’études scientifiques qui couvrent à la fois la géologie, l’océanographie et la biologie, observe Fiona Darbyshire. Dans l’avenir, cette base de données nous fournira aussi une source d’information riche pour augmenter notre connaissance des structures géologiques en profondeur en-dessous de la région d’étude.»

L’équipe de recherche était composée de chercheuses et de chercheurs de l’Université McGill, de l’UQAM, de l’Université Dalhousie et de Ressources naturelles Canada.

Une zone sismique active

Le Bas-Saint-Laurent est l’une des zones sismiques les plus actives de l’Est du Canada, souligne l’étude. C’est également un corridor maritime très fréquenté. Cette activité nuit aux habitats de baleines, car le bruit généré par le trafic maritime peut perturber les chants de ces animaux.

Entre Rimouski et Sept-Îles, l’équipe a installé huit sismomètres de fond de mer, fournis par le National Facility for Seismological Investigations – un institut de recherche basé à Halifax soutenu par une dizaine d’universités canadiennes –, lesquels ont été associés à des stations côtières et terrestres, permettant ainsi de surveiller l’activité dans l’ensemble de l’estuaire du Saint-Laurent. Le réseau a été mis en place de septembre à mai. En évitant la saison de pêche estivale, on s’assurait de prévenir tout dommage causé aux instruments par le chalutage. Les capteurs ont enregistré, en continu, 250 points de données par seconde.

Huit sismomètres de fond de mer ont été installés dans l'estuaire du Saint-Laurent pour cette étude. Photo: Katie Bosman/NFSI

En plus d’avoir détecté environ deux fois plus de séismes que le système national de surveillance, le réseau mis en place par l’équipe de recherche a détecté plusieurs explosions de faible profondeur associées aux activités minières et aux carrières situées sur la Côte-Nord.

Des sons séparés en fonction de leur fréquence

À l’aide d’une analyse spectrale, les scientifiques ont séparé les différents types de signaux en fonction de leur fréquence. En examinant les données d’une seule journée, par exemple, ils ont constaté l’occurrence des chants des baleines et du trafic maritime au même moment et au même endroit.

De nouvelles données sur les marées

Les instruments ont également capté des signaux clairs liés à l’activité des marées. Ces informations pourraient servir à améliorer les modèles de circulation océanique, qui s’appuient généralement sur des mesures de surface. Elles pourraient également nous en apprendre davantage sur l’activité des baleines. Si les conditions au fond de la colonne d’eau sont moins bien connues, on sait toutefois qu’elles sont étroitement liées au comportement des baleines: les courants riches en nutriments déterminent leurs habitudes alimentaires et migratoires.

Selon l’équipe, les données obtenues grâce à ce système pourraient orienter les efforts de protection de l’environnement et la réglementation du trafic maritime sur l’une des voies navigables les plus fréquentées du Canada.