La Galerie de l’UQAM présente l’exposition Saodat Ismailova. Chemins de lumière qui, pour la première fois au Canada, réunit des films, photos et installations vidéo de la cinéaste et artiste ouzbèke Saodat Ismailova, dont la carrière est en pleine expansion en Europe et en Asie. À travers les thèmes de la mémoire, de la spiritualité, de l’immortalité et de la perte, cinq œuvres empreintes d’histoire et de poésie portent un regard sur les traditions, les rituels, les mythes et l’héritage postsoviétique de l’Asie centrale.
Selon Louise Déry, directrice de la Galerie et commissaire de l’exposition, «le travail de Saodat Ismailova évoque les dimensions historique, philosophique, migratoire et coloniale de la culture infiniment riche et complexe de l’Ouzbékistan, en associant des images de l’histoire collective à celles de l’expérience personnelle de l’artiste qui a grandi à l’ère postsoviétique». Saodat Ismailova explore, notamment, la connexion entre les connaissances ancestrales et les récits familiaux, en particulier ceux de plusieurs générations de femmes.
Aux images qu’elle conçoit et filme dans les sites et paysages splendides d’Asie centrale, la cinéaste assortit des documents photographiques et textuels ainsi que des extraits filmiques puisés dans les archives et le patrimoine cinématographique de son pays. Ces œuvres favorisent une expérience sensible liée au rythme souvent hypnotique des images, aux éléments musicaux et sonores envoûtants, au scintillement des couleurs et des lumières, à la matérialité sensuelle des broderies issues des traditions vernaculaires. «À leur tour, les personnages et leurs murmures, la poésie éclairante des récits, l’évocation des eaux et des vents, et la symbolique des cycles terrestres, lunaires et solaires nous laissent dans un état de suspension», observe Louise Déry.
L’exposition permet également au public de s’interroger sur les notions de propagande et de pouvoir, de bouleversements politiques et psychiques, et de retournements de la mémoire et du temps présent.
Entre Paris et Tachkent
Saodat Ismailova vit et travaille entre Paris et Tachkent, en Ouzbékistan. Elle est diplômée de l’Institut national des beaux-arts de Tachkent et du Fresnoy – Studio national d’art contemporain de Tourcoing, en France. En 2021, la cinéaste a fondé le collectif de recherche Davra, dédié au développement de la scène artistique d’Asie centrale.
Ces dernières années, elle a participé à la 59e Biennale de Venise (2022) et à la Documenta 15 (2022). Elle a reçu le Golden Award d’Art Basel et le prix Eye Art & Film du Eye Museum d’Amsterdam, lequel accompagnait une exposition solo majeure (2023) et une première publication d’envergure intitulée 18 000 Worlds. Plusieurs expositions individuelles se sont succédé, notamment à Milan (2024), à Louvain (2025) et à Lisbonne (2025). Outre l’exposition à la Galerie, d’autres sont en cours au Royaume-Uni et à New York.
L’exposition Saodat Ismailova. Chemins de lumière se poursuit jusqu’au 4 avril prochain.
En marge de l’exposition
Dans le cadre de la série L’art observe, la Galerie organise une visite conviviale de l’exposition en présence de Louise Déry, le 18 mars, de 17 h 30 à 18 h 30.
La Galerie et la Cinémathèque québécoise s’unissent pour présenter deux films produits à l’ère soviétique, sous-titrés en français, en présence de Saodat Ismailova. Les projections auront lieu à la Cinémathèque le 1er avril, de 19 h à 21 h 30.
La cinéaste ouzbèque présentera également une conférence dans le cadre du Programme ICI – Intervenants culturels internationaux. L’événement se tiendra au pavillon Athanase-David (D-R200), le 2 avril, de 12 h 45 à 13 h 45.
Exposition de la finissante à la maîtrise Océane Buxton
Dans la petite salle, la Galerie présente une exposition d’Océane Buxton, finissante de la maîtrise en arts visuels et médiatiques. Intitulée Prophétesse, l’exposition se situe à la frontière entre le documentaire et le folklore. À l’aide de photographies, de vidéos et d’artéfacts, elle met en lumière l’ambiguïté entre réalité et fiction, tant dans la manière dont les individus se mettent en scène dans l’espace public que dans la construction des récits nourrissant l’imaginaire collectif. Prophétesse interroge les liens entre la culture du vedettariat et la fabrication des légendes urbaines.
Le projet prend forme lorsqu’un ami d’Océane Buxton remarque sa ressemblance physique avec Modeste Niquette, une vedette énigmatique de Thetford Mines qu’il a autrefois connue. Personnage polarisant, Modeste affirmait vivre des expériences récurrentes avec des forces extraterrestres, qu’elle documentait par la photographie. Elle distribuait ses clichés à travers la ville et livrait des prophéties, suscitant de vives réactions parmi les résidentes et résidents. Portée disparue dans des circonstances troublantes, son absence inexpliquée continue d’alimenter son statut mythique dans le folklore de sa ville natale. Profondément touchée par ce récit, Océane Buxton entreprend, en collaboration avec ce témoin anonyme, de reconstituer le portrait de cette figure fantomatique.
Reprenant les codes d’attractions touristiques telles que Ripley’s Believe It or Not! [Incroyable mais vrai !] ou Planet Hollywood, qui exposent des reliques hétéroclites de la culture populaire, l’exposition réunit des photographies, des objets trouvés et des fragments d’archives attribués à Modeste Niquette, mis en dialogue avec les récits de son témoin. Océane Buxto brouille volontairement les genres, créant un décalage étrange entre installation artistique contemporaine et collection sensationnaliste autour d’une figure mythique.
Fascinée par le folklore hollywoodien
Océane Buxton s’intéresse également à la conception sonore, au textile, à l’art numérique et à la performance. Fascinée par le folklore hollywoodien, le vedettariat québécois et les légendes urbaines circulant sur internet, elle observe les personnages médiatiques tout en sondant sa propre manière de les regarder. Originaire de Québec, l’artiste a étudié à la RMIT School of Art de Melbourne, en Australie, et a obtenu, en 2021, un baccalauréat en Intermedia/Cyberarts de l’Université Concordia. Elle a participé à la sixième édition du festival d’art émergent artch et ses œuvres ont été présentées par Ada X, AXENÉO7, La Bande Vidéo, le Musée d’art de Joliette ainsi que la plateforme d’art web Galerie Galerie. Attirée par l’industrie du divertissement, elle a participé, en 2021, à l’émission de téléréalité culinaire Un souper presque parfait.
L’exposition Prophétesse se déroule jusqu’au 4 avril prochain.