La Chaire de recherche du Canada avec les milieux de vie du Nord, dont la titulaire est la professeure du Département de géographie Laurie Guimond, a dévoilé le 14 septembre un rapport de recherche et une carte narrative intitulés «Vivre au quotidien les changements climatiques en Basse-Côte-Nord: hier, aujourd’hui et demain». «Cette recherche documente les transformations multiformes que vivent les communautés de la Basse-Côte-Nord en lien avec les changements climatiques», précise la professeure. Le projet a été réalisé en partenariat avec la MRC et ses cinq municipalités, avec l’appui des communautés innues de Pakua Shipi et d’Unamen Shipu. Il a été financé par la Société du Plan Nord, la MRC et la Chaire.
L’absence d’un lien routier continu traversant la Basse-Côte-Nord la rend particulièrement vulnérable aux perturbations climatiques, en raison de sa forte dépendance aux transports maritimes, aériens et au sentier de motoneige balisé en hiver, la Route blanche. La mobilité intra et extra régionale est souvent compromise, affectant le mode de vie et l’accès à des services essentiels.
«La recherche visait à mieux comprendre les transformations des milieux et des modes de vie de cette région et les répercussions sociales, culturelles, environnementales, économiques et démographiques qui en découlent. Elle avait pour objectif d’analyser les besoins de la population en matière de déplacements et de transports, ainsi que les stratégies déployées et projetées pour s’adapter à ces transformations», explique Laurie Guimond.
La recherche s’appuie sur un total de 217 témoignages recueillis par le truchement de 42 entrevues individuelles, 17 ateliers collectifs de cartographie participative, un sondage ainsi que de l’observation participante et une recension d’archives institutionnelles et personnelles. Les résultats sont présentés en versions française et anglaise de manière complémentaire dans le rapport de recherche de près de 200 pages largement illustrées, et au sein d’une carte narrative bilingue accessible en ligne qui réunit 20 capsules vidéo thématiques. «Nous espérons que ces outils participeront à faire entendre et à prendre en compte les voix des Bas-Côtiers, Bas-Côtières et Innuat qui ont généreusement participé à cette recherche en racontant avec finesse les transformations de leur territoire et les relations profondes qu’ils entretiennent avec celui-ci», précise la professeure.
Mobilisant les savoirs et les expériences du territoire, la recherche met en évidence à quel point les changements climatiques entravent la mobilité, fragilisent la stabilité des infrastructures, précarisent l’accès aux services essentiels, en particulier ceux de la santé, bouleversent les pratiques culturelles et sociales, tout en affectant l’économie et la démographie par l’exode des jeunes, des personnes d’âges moyen et mûr, en plus du vieillissement de la population déjà présent. «En effet, il est démontré que les changements climatiques exacerbent les effets déjà criants de l’isolement géographique sur d’autres enjeux sociodémographiques, économiques et liés au transport de cette région, observe Laurie Guimond. Le besoin le plus largement exprimé est le prolongement de la route 138 [NDLR: celle-ci s’arrête à Kegaska, à une cinquantaine de kilomètres après Natashquan]. Il est considéré comme la mesure d’adaptation la plus structurante, car perçue comme une condition essentielle à l’adaptation climatique, à l’accès aux services, au développement économique, à la survie des communautés et à la vitalité globale de la région.»
Les autrices et auteurs du rapport formulent une série de recommandations en lien avec la mobilité et les infrastructures de transport, la santé et les services sociaux, l’économie, l’éducation, la culture, les savoirs locaux et la cohésion sociale, l’environnement et la biodiversité, la gouvernance et la planification territoriale ainsi que la recherche, la documentation, la valorisation et la sensibilisation.
En plus de son dévoilement officiel, le rapport et la carte narrative ont été présentés en ligne le 14 septembre aux citoyennes et citoyens dans le cadre de rencontres publiques simultanées organisées partout sur le territoire de la MRC du Golfe-du-Saint-Laurent.