Ces dernières années, les savoirs autochtones ont gagné en reconnaissance et en légitimité grâce, entre autres, au développement d’espaces de création et de diffusion culturelle favorisant leur mise en valeur. Cette effervescence, manifeste dans les arts visuels, le théâtre, la littérature, la danse ou le cinéma, sera au centre des discussions lors du colloque Lieux de convergence et espaces créatifs de production des savoirs autochtones (12 mai).
«Ces lieux de création ne sont pas seulement des plateformes de diffusion, mais aussi des foyers d’émergence et de convergence où les savoir-faire et savoir-être autochtones prennent vie, se transforment et sont partagés pour faire dialoguer les pratique culturelles traditionnelles et contemporaines», souligne la professeure du Département d’histoire de l’art Caroline Nepton Hotte, membre de la communauté ilnue de Mashteuiatsh, au lac Saint-Jean, et coresponsable du colloque avec la professeure Isabelle St-Amand de l’Université Queen’s.
«Il s’agit souvent de savoirs ancestraux, prenant la forme de récits mythologiques et philosophiques, qui sont transmis dans les communautés de génération en génération, au moyen de pratiques artistiques», poursuit la professeure. Selon elle, ces récits sont porteurs d’enseignements permettant de réfléchir à des enjeux sociaux contemporains, comme l’essor du numérique en tant que technologie pouvant contribuer à l’affirmation et au rayonnement des cultures autochtones.
Le colloque se penchera aussi sur le rôle des universités comme lieu de partage des savoirs autochtones. «L’institution universitaire doit leur consacrer une place, s’y référer et les citer dans des plans de cours, des articles et travaux des recherche, soutient Caroline Nepton Hotte. Au tournant des années 2000, on ne trouvait pratiquement pas de textes scientifiques écrits par des autochtones, sauf peut-être en études littéraires. Heureusement, les choses sont en train de changer.»
Des chercheuses et chercheurs autochtones et allochtones, notamment de l’UQAM, interviendront au colloque. La professeure du Département d’études littéraires Véronique Basile Hébert, d’origine atikamekw, relatera ses années de création théâtrale en milieu communautaire autochtone. L’étudiante à la maîtrise en histoire de l’art Michèle St-Amand présentera sa recherche concernant les impacts de la colonisation sur le corps et la sexualité des femmes autochtones ainsi que le rôle de la création dans le processus de guérison. Elle parlera aussi de l’exposition Oya’wih, dont elle était la commissaire, qui a réuni des œuvres de sept artistes autochtones multidisciplinaires de différentes nations et générations à la Galerie B-312, l’hiver dernier. Carolan Houle, autre candidate à la maîtrise en histoire de l’art, abordera la question du «futurisme autochtone» en arts numériques et médiatiques.
Enfin, des séances seront consacrées à divers organismes culturels et communautaires autochtones, comme l’OBNL La Boîte Rouge Vif qui, depuis 20 ans, œuvre à la valorisation des patrimoines culturels des Premiers Peuples, ou Nikan Productions, engagée dans la réalisation du film Uashkut sur le rapport au territoire et aux astres des peuples autochtones de l’est du Canada. Une autre séance portera sur un partenariat de recherche entre le studio de production audiovisuelle autochtone Wapikoni mobile et une équipe de l’Université McGill autour des esthétiques minorisées et de la notion de «souveraineté narrative», mise en pratique dans la réalisation cinématographique.