Un projet de la professeure du Département de management Émilie Fortin-Lefebvre a été sélectionné parmi 20 projets porteurs financés par le Fonds d’initiatives nordiques, géré par la Société du Plan Nord. Touchant divers secteurs, notamment le développement d’infrastructures touristiques, le soutien aux jeunes et aux familles ainsi que le développement économique et l’acquisition de connaissances sur le territoire nordique, les projets répondent à des besoins prioritaires déterminés par les communautés du Nord‑du‑Québec. Visant à mettre au point un module pédagogique hybride sur l’éthique territoriale intégré aux programmes de formation du Centre de formation professionnelle de la Baie-James, le projet d’Émilie Fortin-Lefebvre bénéficie d’un appui de 100 000 $.
Former pour habiter la nordicité: un levier pour la rétention et la vitalité territoriale en Baie-James
L’initiative d’Émilie Fortin-Lefebvre s’inscrit dans un projet plus large intitulé «Former pour habiter la nordicité: un levier pour la rétention et la vitalité territoriale en Baie-James», dont Sébastien Girard Lindsay, post-doctorant sous sa direction, est chercheur principal. Émilie Fortin-Lefebvre y participe à titre de directrice du Centre d’études pour l’autonomie économique des peuples autochtones (AEPA).
Dans le contexte nordique d’Eeyou Istchee–Baie-James, les dynamiques territoriales, démographiques et politiques mettent en lumière des défis en matière de cohésion sociale, de développement régional et de transmission des savoirs. La population non autochtone est aujourd’hui largement caractérisée par une forte mobilité professionnelle. Cette mobilité, bien qu’en partie liée à des contraintes organisationnelles et économiques, limite l’ancrage durable dans les communautés nordiques et contribue à une fragmentation des rapports au territoire.
Ces dynamiques ont des effets concrets sur les collectivités. Le déclin démographique observé dans plusieurs municipalités entraîne une diminution du poids politique régional, une difficulté accrue à mobiliser une expertise locale et une dépendance persistante à l’égard de centres décisionnels situés au sud du Québec. Sur le plan économique, la mobilité extrême de la main-d’œuvre contribue à un transfert des bénéfices fiscaux et de consommation hors du territoire, fragilisant l’assiette fiscale municipale, alors même que les besoins en services augmentent pour accueillir une population de travailleurs temporaires.
Parallèlement, les communautés autochtones eeyouch connaissent une croissance démographique soutenue, ce qui transforme progressivement les équilibres politiques, sociaux et identitaires du territoire. En l’absence d’espaces structurés de dialogue et de compréhension mutuelle des valeurs territoriales, cette cohabitation renouvelée peut générer des incompréhensions durables, d’où l’importance de développer des outils favorisant une compréhension partagée du territoire, de ses usages et de ses responsabilités.
Le projet vise à développer et intégrer un module pédagogique hybride portant sur l’éthique territoriale au sein des programmes de formation professionnelle du Centre de formation professionnelle de la Baie-James (CFPBJ). Le CFPBJ offre 12 programmes regroupés en trois grandes filières (minière, mécanique et santé) et constitue un lieu stratégique où se côtoient une population jamésienne, autochtone et allochtone. Il s’agit d’un environnement unique permettant de travailler concrètement à une cohabitation interculturelle durable.
Comment développer et intégrer, dans la formation professionnelle nord-québécoise, des savoirs favorisant une éthique territoriale, afin de soutenir une cohabitation durable entre Jamésiens, Autochtones et travailleurs allochtones? L’objectif est de concevoir des outils pédagogiques visant à outiller les futurs travailleurs quant à leur rapport au territoire, aux communautés locales et aux responsabilités collectives associées à l’occupation du Nord.
Le projet, qui bénéficie de l’appui de partenaires clés, dont l’Administration régionale Baie-James (ARBJ), Troilus Gold et Chantiers Chibougamau, répond à un besoin clairement exprimé par la direction du CFPBJ en matière d’expertise pédagogique territorialisée. Après une première phase consistant à co-construire les modules pédagogiques avec le personnel du CFPBJ et les partenaires, la deuxième phase, visée par cette subvention, concerne la création des modules et leur expérimentation avec des groupes de discussion ainsi que des visites d’infrastructures critiques encadrées par Troilus Gold et Hydro-Québec. Une troisième phase aura pour but la mise en œuvre des modules pédagogiques au sein du CFPBJ.