Depuis trois ans, le finissant au doctorat en économique Moustapha Thiam donne le cours Analyse macroéconomique aux étudiantes et étudiants en administration, tâchant d’expliquer le niveau de richesse des pays, la croissance économique, le marché de l’emploi et le chômage, la monnaie, la banque centrale, l’inflation, les cycles économiques et le taux de change. Il semble que les méthodes pédagogiques du chargé de cours soient appréciées puisqu’elles ont été récompensées, à deux reprises, par un Prix de la pédagogie de l’École des sciences de la gestion.
Sénégal, France, Canada
Aîné d’une famille de cinq enfants, Moustapha Thiam a découvert les sciences économiques lors de son baccalauréat au Sénégal (généralement reconnu comme l’équivalent du Diplôme d’études collégiales au Québec). «C’est une discipline qui marie les mathématiques et les sciences sociales et cela m’a plu immédiatement», se rappelle-t-il.
Après avoir obtenu sa licence (baccalauréat) en économie avec honneur – il a terminé major de sa promotion –, son projet était de devenir enseignant-chercheur. Pour cela, il devait viser le doctorat.
Moustapha Thiam décide alors de poursuivre son parcours en France, où il complète, en 2019, un master (une maîtrise) en économie appliquée à l’Université Paris Nanterre. La pandémie de COVID-19, en 2020, lui laisse le temps de réfléchir à ses options. «Je trouvais intéressante l’idée de m’inscrire au doctorat dans le système nord-américain, notamment pour me spécialiser en macroéconomie et réfléchir à mon projet de thèse», raconte-t-il.
Lors d’un salon emploi-carrières à Paris, il rencontre les représentantes et représentants de quelques universités québécoises. «Le conseiller de l’UQAM avec qui j’ai eu l’occasion de discuter a été particulièrement chaleureux et sympathique, se rappelle-t-il. Ce premier contact a orienté mon choix d’université… et je ne l’ai pas regretté!»
Moustapha Thiam débarque à Montréal en septembre 2021. «Je ne connaissais personne, ni famille ni amis. J’étais vraiment hors de ma zone de confort. Je me suis installé aux résidences de l’UQAM, coin Sanguinet et René-Lévesque. C’était un environnement idéal pour un étudiant étranger qui devait apprivoiser l’université et la ville.»
La réduction de l’utilisation des pesticides
Après l’examen de synthèse de la première année doctorale, le professeur Charles Séguin lui propose un sujet de thèse: les pratiques pour réduire l’utilisation des pesticides en agriculture au Québec dans un contexte de changements climatiques. «Je connaissais un peu le sujet car mon master touchait à l’économie de l’environnement en Afrique», précise l’étudiant.
Comme c’est le cas dans plusieurs pays d’Europe, il y a une volonté au Québec de réduire l’utilisation des pesticides. «Le Plan d’agriculture durable 2020-2030 a pour objectif une réduction d’environ 15 % et mon étude vise à déterminer les impacts de l’atteinte de cette cible sur la production agricole, le commerce et l’environnement», souligne Moustapha Thiam.
Diminuer l’utilisation des pesticides, note le doctorant, a pour effet de faire baisser la production, ce qui entraîne une hausse de prix pour les consommateurs et une compétitivité moindre à l’échelle nationale et internationale. «Il y aura des bienfaits environnementaux et des désavantages économiques à réduire l’utilisation des pesticides, dit-il. Mais il faut le faire, ne serait-ce que pour la santé des agriculteurs. La baisse de revenus qui en découle pourrait être comblée, par exemple, par des programmes de subvention.» Dans le cadre de sa thèse, il analyse si les changements climatiques auront un effet sur l’efficacité de la politique gouvernementale.
Un séjour à Reims
Le doctorant a eu l’occasion de développer ses cercles amical et professionnel depuis son arrivée au Québec, notamment par sa participation à plusieurs colloques et son implication au sein du Réseau québécois de recherche en agriculture durable (RQRAD). «Ce réseau m’a permis de décrocher un séjour de trois mois à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) de Reims, précise-t-il. Les premiers jours là-bas, j’étais ébahi. Tous les collègues parlaient le même langage que moi! Nous discutions sans relâche d’agriculture, d’économie et de politiques publiques.»
Président de son association étudiante
Moustapha Thiam a été président de l’Association étudiante des cycles supérieurs en économique pendant un an, contribuant à l’organisation d’activités d’accueil en début de trimestre et de soirées à Noël et au Nouvel An pour les étudiantes et étudiants sans famille au Québec. «C’était important pour moi de faire du bénévolat pour cette association, qui regroupe une centaine d’étudiantes et d’étudiants au deuxième et troisième cycle, dit-il. Pendant le trimestre, nous organisions aussi des séances pour que chacun et chacune puisse présenter son sujet de recherche, au gré de l’avancée de ses travaux. Les liens que nous avons créés avec nos professeures et professeurs grâce à ces activités étaient inestimables.»
À la recherche d’un emploi
Moustapha Thiam, qui a participé l’an dernier au concours de vulgarisation scientifique Ma thèse en 180 secondes, devrait soutenir sa thèse à la fin de l’hiver ou au début de l’été. Lui qui n’a jamais cessé d’étudier depuis l’école primaire veut ensuite prendre du temps pour voir ce que le marché du travail a à lui offrir.
Moustapha Thiam aimerait retourner au Sénégal pour faire bénéficier son pays natal de son expertise. «Là-bas, les pesticides posent un tout autre problème: le gouvernement souhaite en utiliser davantage pour pouvoir augmenter la production malgré les changements climatiques qui entraînent sécheresses et désertification des terres», observe-t-il.
Mais d’abord, le jeune chercheur se donne cinq ans pour accumuler de l’expérience de travail au Québec. «J’aimerais continuer à faire de la recherche en milieu académique ou dans une organisation internationale», conclut-il.