La directrice du Département des sciences juridiques et de la Clinique internationale de défense des droits humains (CIDDHU), Mirja Trilsch, a présenté le 9 février dernier à la Chambre des communes, à Ottawa, un témoignage sur la situation actuelle des défenseurs des droits de la personne et de la démocratie dans le monde. Son intervention s’inscrivait dans le cadre des travaux du Sous-comité des droits internationaux de la personne du Comité permanent des affaires étrangères et du développement international.
«Une des manières les plus efficaces pour s’attaquer aux droits humains, c’est de faire taire les défenseurs des droits humains, a affirmé d’emblée Mirja Trilsch. Quand les voix de ceux et celles qui dénoncent les violations des droits humains et qui tiennent pour responsables les acteurs de ces violations s’éteignent, cela donne non seulement carte blanche aux abus, mais mine en même temps la démocratie.»
Les attaques contre les défenseurs des droits humains ne sont pas nouvelles, a observé la directrice de la CIDDHU, mais ce qui est particulièrement alarmant dans la situation internationale actuelle, «c’est le rétrécissement de l’espace public pour faire de la défense des droits ainsi que la destruction des mécanismes qui existent pour protéger les défenseurs des droits humains».
L’intimidation, la surveillance, les menaces, l’emprisonnement arbitraire et l’assassinat sont autant de stratégies utilisées pour s’en prendre aux défenseurs des droits humains, a rappelé la spécialiste. De plus en plus, on aura aussi recours aux poursuites judiciaires. Le travail de défense des droits sera qualifié de terrorisme, de diffamation ou d’incitation à la violence ou on utilisera «des accusations bidons sur la base de preuve fabriquées comme l’évasion fiscale ou le trafic de drogue».
D’autres stratégies, plus informelles, visent à discriminer les défenseurs des droits humains, notamment en matière de logement, d’emploi ou de soins de santé. «Ce phénomène est particulièrement répandu à l’égard des femmes et des défenseurs des droits LGBT», a indiqué la professeure.
«Exclure certains discours devient de plus en plus monnaie courante, a insisté Mirja Trilsch. La censure a le vent dans les voiles, que ce soit en bannissant certains sujets de recherche dans les universités – les études sur le genre et la sexualité, la discrimination – ou en bloquant certains contenus internet, par exemple les sites web d’organisations de défense des droits humains.»
La CIDDHU a souvent dû venir à la rescousse de ses partenaires qui défendent les droits humains au cours des dernières années, en se tournant notamment vers des mécanismes internationaux, tels que la Commission interaméricaine des droits de l’homme et la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les défenseurs des droits de l’homme, a témoigné sa directrice.
«La prolifération de discours sexistes, racistes, homophobes et transphobes, voire fascistes, laisse craindre une détérioration de la situation. Adopter une loi et créer un mécanisme national de protection des défenseurs des droits humains enverrait un signal puissant que les attaques contre les défenseurs des droits ne seront pas tolérées au Canada et érigerait le pays en exemple à suivre pour d’autres États», a conclu Mirja Trilsch.
On peut visionner son témoignage entre les minutes 15 h 44 et 15 h 49, et ses réponses aux questions entre les minutes 16 h 33 et 16 h 38, puis 17 h 11 et 17 h 15.