L’étudiante au doctorat en histoire de l’art Marie-Hélène Toutant est la lauréate 2026 de la bourse Luc-d’Iberville-Moreau, d’une valeur de 60 000 dollars. Sa thèse, dirigée par la professeure du Département d’histoire de l’art Christina Contandriopoulos, portera sur la production artistique de l’illustratrice hollandaise Madelon Vriesendorp, une figure essentielle et pourtant très peu documentée de l’histoire de l’architecture.
Créée grâce à un don majeur de la Fondation Luc-d’Iberville-Moreau, la bourse honore la mémoire de Luc d’Iberville Moreau (1935-2016), qui a été professeur à l’UQAM, directeur et conservateur en chef du Musée des arts décoratifs de Montréal et conservateur au Musée des beaux-arts de Montréal. La bourse encourage les études doctorales dans les domaines de l’histoire des arts décoratifs, de l’architecture, du paysage et du design.
Marquer l’imaginaire architectural
Madelon Vriesendorp est l’une des cofondatrices de la firme Office of Metropolitan Architecture (OMA). Elle a été mariée au «starchitecte» Rem Koolhaas entre 1971 et 2012.
Son aquarelle Flagrant Délit (1975), qui figure en couverture du manifeste Delirious New York (1978), écrit par son ancien mari, a marqué l’imaginaire architectural postmoderne américain de la fin du XXᵉ siècle. Longtemps considérée comme une commande, l’œuvre est issue d’un projet personnel de l’artiste, une série d’aquarelles intitulée Manhattan’s Project (1974-1975) dans laquelle l’artiste illustre un univers onirique teinté de sublime. «Manhattan y est à la fois dangereuse, désordonnée et chaotique, mais aussi le point de départ de nouvelles possibilités et d’explorations des désirs», souligne Marie-Hélène Toutant.
D’un point de vue féministe, ses œuvres, qui figurent des peurs et des aspirations différées en fonction du genre, peuvent être interprétées comme des représentations contre-cartographiques, c’est-à-dire qu’elles vont à l’encontre de la prétention de la neutralité scientifique et témoignent de l’expérience féminine de la ville. «Dans cette visée, ma thèse souhaite revenir sur le contexte de l’émergence des critiques et théorisations de l’architecture postmoderne féministes et queers dans les universités américaines à la fin du XXe siècle», commente la doctorante.
Cotutelle en France
Analysant un corpus réalisé en Amérique par une artiste européenne, le projet de recherche de Marie-Hélène Toutant appelle naturellement à une cotutelle réalisée sur les deux continents. La doctorante travaillera encotutelle avec l’École nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais, sous la codirection de la professeure et historienne de l’architecture Stéphanie Dadour, spécialisée sur l’interrelation entre l’architecture et le féminisme.
«La production artistique de Vriesendorp, imbriquée dans le contexte new-yorkais, mais formée dans la culture visuelle européenne, demande de réfléchir à la mobilité, aux écarts de sens entre les sphères culturelles et à la surdétermination dans ses œuvres, conclut la doctorante. Cette cotutelle sera aussi l’occasion de rencontrer les artistes dans une approche journalistique et ainsi créer une archive vivante de leurs contributions à l’architecture.»