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Le Cœur des sciences: 20 ans de vulgarisation scientifique

L’équipe de Stéphan Chaix poursuit sa mission visant à favoriser le dialogue entre science et société.

Par Pierre-Etienne Caza

2 avril 2026 à 8 h 51

Mis à jour le 7 avril 2026 à 15 h 37

«Je me sens chez moi ici.»

Formulé par une habituée des conférences offertes au Cœur des sciences, ce commentaire vaut tout l’or du monde pour Stéphan Chaix, qui nous rapporte l’anecdote. «Notre équipe travaille très fort pour accueillir les gens et susciter de belles rencontres entre eux et les scientifiques invités», observe la directrice de ce haut lieu de la vulgarisation, qui célèbre ces jours-ci son 20e anniversaire.

Le Cœur des sciences de l’UQAM attire chaque année plus de 70 000 personnes à des conférences, des causeries, des tables rondes, des balades scientifiques, des ateliers en laboratoire, des visites virtuelles et des soirées science et cinéma. Sa mission: contribuer au développement de la culture scientifique du grand public et à sa promotion comme partie intégrante de la culture.

Le legs durable de Sophie Malavoy

Un détour par les archives de l’UQAM permet de retracer ce qui semble avoir été le premier événement du Cœur des sciences, le 6 avril 2006: Pierre-Henri Gouyon, du Muséum d’histoire naturelle de Paris, avait prononcé une conférence intitulée: «Le Darwinisme face au créationnisme et au dessein intelligent». Quelques mois plus tard, le 5 octobre, c’était au tour d’Hubert Reeves d’y proposer «Une histoire de l’Univers».

«Au départ, la programmation était surtout constituée de conférences. Le développement des autres types d’activités, notamment le volet scolaire, est survenu quelques années plus tard», raconte Stéphan Chaix.

L’actuelle directrice s’est jointe en 2012 à l’équipe dirigée à l’époque par la fondatrice, Sophie Malavoy. «Sophie Malavoy a défini et façonné la mission du Cœur des sciences, affirme Stéphan Chaix. C’est à elle que l’on doit ce souci de dénicher de bonnes expertes et de bons experts, oui, mais surtout des personnes ayant un intérêt pour la communication scientifique, pour la transmission des savoirs. Et nous n’avons pas dérogé à ce principe depuis que j’ai pris le relais en 2021.»

Une liberté éditoriale appréciée

Le Cœur des sciences de l’UQAM est unique dans le paysage universitaire québécois, estime Stéphan Chaix. «Nous jouissons d’une liberté éditoriale fantastique et c’est tout à l’honneur de l’UQAM. Nous sommes d’abord et avant tout un centre de diffusion des sciences pour le grand public et notre crédibilité est liée à cette mission, qui n’est pas de faire de la promotion institutionnelle. Bien sûr, nous faisons souvent appel à des personnes expertes de l’UQAM, nos activités s’y déroulent et l’animation de plusieurs activités est assurée par des étudiantes et des étudiants uqamiens – en cela nous faisons rayonner l’institution –, mais nous n’hésitons pas à contacter des spécialistes rattachés à d’autres institutions.»

Élargissement de la programmation

Au fil des ans, la programmation s’est élargie avec le développement des balades urbaines ─ des circuits d’une durée de deux heures où l’on découvre, par exemple, la forêt urbaine, les structures géologiques du mont Royal, les insectes du parc Angrignon ou les toits verts du centre-ville.

«Avec les balades, nous avons conquis de nouveaux publics, soulignait Sophie Malavoy dans la foulée du dixième anniversaire du Cœur des sciences. Leur côté ludique attire des gens qui sont intéressés par la science, mais qui ne viendront pas nécessairement s’asseoir dans un amphithéâtre pour écouter une conférence ou pour assister à un débat. De plus, les balades, qui sont souvent animées par des étudiantes ou des étudiants de cycles supérieurs, permettent à ces derniers d’apprendre à communiquer avec le grand public.»

Depuis la création du Cœur des sciences, ce sont près de 500 conférences grand public et presque autant de balades à travers la ville qui ont attiré des gens curieux d’en apprendre davantage sur une foule de sujets.

Le volet scolaire, très populaire

En parallèle avec l’offre grand public, le volet scolaire s’est développé au point d’occuper désormais une part déterminante des activités du Cœur des sciences. La programmation comporte, notamment, des conférences participatives, appelées «sprints de science», qui permettent aux élèves de secondaire 1 à 5 de vivre les étapes d’une véritable recherche scientifique en 60 ou 75 minutes. Des activités guidées, sous forme de balades, de rallyes ou de visites de labo, sont aussi animées par des étudiantes et étudiants.

«Le Cœur des sciences ne serait pas ce qu’il est sans la quarantaine d’étudiantes et d’étudiants qui codéveloppent et animent toutes ces activités.»

Stéphan Chaix

Directrice du Cœur des sciences

La directrice a eu l’occasion de le confirmer à nouveau de visu lors d’une récente visite de laboratoires par des élèves du secondaire. «En mathématiques, ils étaient captivés par l’étudiant qui faisait une démonstration avec pour seul matériel un tableau et des craies. Et en écotoxicologie, les jeunes buvaient les paroles de l’étudiante venue leur parler des polluants environnementaux. Et il ne s’agit pas du public le plus facile!»

À l’heure actuelle, l’offre du Cœur des sciences comporte 26 balades et 19 sprints de science différents, auxquels les groupes scolaires peuvent assister en direct ou en différé. À cela s’ajoutent ponctuellement des visites de laboratoire.

Le virage numérique

Comme c’est le cas pour plusieurs organisations, la période COVID a constitué un tournant majeur pour l’équipe du Cœur des sciences, qui a dû développer son offre numérique à vitesse grand V. «Nous avons proposé des activités en ligne, les apéro-science, et il y avait beaucoup de participantes et participants, se rappelle Stéphan Chaix. Cela nous a permis d’élargir notre rayonnement à tout le Québec.»

Il était impensable, au sortir de la pandémie, de se cantonner au grand Montréal en revenant exclusivement en mode présentiel. «Nous avons décidé d’enregistrer nos conférences pour les diffuser en ligne, explique la directrice. La moyenne des gens en présence a peut-être diminué un peu, mais avec les visionnements sur YouTube, nous en sortons largement gagnants.»

Un besoin de comprendre le monde ensemble

Malgré la féroce compétition des plateformes numériques à la Netflix, Stéphan Chaix se réjouit d’accueillir encore entre 100 et 340 personnes en chair et en os pour les conférences présentées au Cœur des sciences.

«Chaque fois que nous remplissons l’amphithéâtre, je me dis que ce sont 340 personnes qui ont décidé de nous choisir, un soir de semaine. Ce n’est pas rien!»

Les gens, constate-t-elle, aiment être ensemble pour mieux comprendre le monde qui les entoure. «Nous le voyons avec nos conférences et aussi lors de nos balades. Les participantes et participants discutent entre eux pendant l’activité et ils socialisent.»

L’inclusion des sciences humaines et sociales

L’augmentation récente de l’offre en vulgarisation scientifique sur YouTube, TikTok et compagnie ne rebute pas l’équipe du Cœur des sciences, bien au contraire.

«Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux formats, de nouveaux concepts, de nouvelles idées. Nous tentons sans cesse d’élargir notre public.»

Par exemple, l’équipe du Cœur des sciences s’est donné le défi d’aller davantage vers les sciences humaines pour éclairer le débat public. Et le pari semble fonctionner: en mars 2025, l’amphithéâtre était rempli à pleine capacité pour la directrice de l’Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand, Élisabeth Vallet, venue expliquer les pouvoirs et les contre-pouvoirs aux États-Unis. «À la fin de la période de questions, une dame s’est levée et a dit que ça lui avait fait du bien de venir, qu’elle se sentait moins seule à chercher des réponses à ses questions et à ses inquiétudes, rapporte Stéphan Chaix. Et quand Élisabeth a remercié les gens, elle a eu droit à une ovation debout. J’en étais toute émue!»

Ce qui fait la force du Cœur des sciences, insiste sa directrice, ce sont justement ces liens précieux établis au fil des ans entre son équipe, les chercheuses et chercheurs, et le public. «C’est très rare qu’une chercheuse ou un chercheur refuse notre invitation à prononcer une conférence. Ça prend un conflit d’horaire impossible à contourner, autrement toutes et tous adorent venir rencontrer le public du Cœur des sciences. Et je pense bien que c’est réciproque.»