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Expérience des soins obstétricaux et gynécologiques: des résultats en demi-teinte

Sylvie Lévesque et son équipe dévoilent les résultats d’une étude menée auprès de plus d’un millier de patientes québécoises.

18 mars 2026 à 9 h 15

En 2022, la professeure du Département de sexologie Sylvie Lévesque et son équipe amorçaient un projet de recherche afin de mieux comprendre le phénomène des soins obstétricaux et gynécologiques irrespectueux. Réalisée avec la collaboration de nombreux partenaires dans le milieu universitaire, dans le réseau de la santé et dans le milieu communautaire, leur étude visait à cerner l’étendue du problème en sol québécois ainsi que les facteurs qui y contribuent.

Il n’existe pas de définition consensuelle des soins obstétricaux et gynécologiques irrespectueux, expliquait alors Sylvie Lévesque. On évoque la plupart du temps des gestes, des paroles ou des attitudes dénigrantes et/ou méprisantes qui causent du tort à la personne qui reçoit des soins. «On pense, par exemple, à une personne qui insérerait ses doigts dans le vagin d’une patiente dans le cadre d’un examen gynécologique, sans lui avoir demandé sa permission. Ou encore à un professionnel de la santé qui ferait des commentaires disgracieux ou qui ne répondrait jamais aux questions de sa patiente pendant une consultation», illustrait-elle.

Entre juillet 2023 et janvier 2024, son équipe a recueilli et analysé
1 258 expériences rapportées par 1 158 personnes ayant reçu des soins au Québec au cours des sept dernières années. La majorité des répondantes au questionnaire en ligne ont entre 26 et 35 ans, sont nées au Canada et s’identifient comme femmes hétérosexuelles. Les expériences concernent autant des suivis de grossesse et d’accouchement (526 expériences) que des consultations gynécologiques (732 expériences). L’échantillon offre un portrait important, mais non représentatif de l’ensemble des expériences de soins gynécologiques et obstétricales de la population, précise l’étude.

Les résultats montrent un portrait globalement positif, mais révèlent aussi des manquements préoccupants en matière de consentement, d’autonomie et de respect des droits.

Des interactions respectueuses

La majorité des femmes décrivent des interactions respectueuses et transparentes avec le personnel soignant qui valorisent leur implication. Dans la grande majorité des cas, le plan de traitement et les procédures sont expliqués de façon ouverte et transparente (80 % et 77 % respectivement). Soixante-quinze pour cent des expériences rapportées font état de professionnels qui ont pris le temps de s’assurer que la patientèle comprenait ce qui lui arrivait. Environ trois expériences sur quatre sont jugées satisfaisantes quant à la qualité des soins et aux compétences interpersonnelles des prestataires.

Des pratiques préoccupantes

L’étude met toutefois en lumière des pratiques préoccupantes qui minent l’autonomie des patientes et contribuent à une perte de confiance envers le personnel du réseau de la santé.

Dans la moitié des cas, les personnes ne se sentent pas réellement en position de questionner ou de contester les recommandations du personnel soignant. Près de 30 % des personnes n’ont pas reçu de demande explicite de consentement avant un examen vaginal. Environ une personne sur dix rapporte avoir été forcée d’accepter un traitement ou une procédure non souhaitée. La présence d’observateurs, comme des personnes étudiantes en médecine, ne fait pas toujours l’objet d’un consentement clair.

Malgré une satisfaction globale relativement élevée, les atteintes aux droits ont un impact tangible sur la confiance envers les institutions. Seules 62 % des personnes disent faire confiance au système de santé québécois après leur consultation en obstétrique ou en gynécologie.

«Notre étude montre clairement que ce n’est pas seulement ce qui est fait qui compte, mais comment c’est fait. Lorsqu’une procédure est réalisée sans consentement explicite ou que le droit de refus n’est pas respecté, la relation de confiance en ressort profondément fragilisée.»

Sylvie Lévesque

Professeure au Département de sexologie
Lancement de la deuxième phase

La professeure et son équipe lancent la deuxième phase du projet PAROLES, qui porte cette fois sur les expériences et perceptions du personnel soignant. «Pour améliorer durablement la qualité des soins et humaniser davantage ceux-ci, il est essentiel de comprendre les deux côtés de la relation de soins, précise-t-elle. Le personnel soignant fait face à des pressions réelles et à des obstacles organisationnels. Si on identifie mieux leur réalité et qu’on tente de l’arrimer aux besoins des patientes, les pratiques évolueront positivement.»

Tous les membres du personnel soignant qui désirent participer à la deuxième phase de l’étude sont invités à remplir ce formulaire.