Pour souligner son 10e anniversaire, la Chaire internationale sur les usages et pratiques de la ville intelligente a lancé récemment une bande dessinée intitulée La ville à portée de main. Réalisée par l’artiste Juliette Pierre, la BD décrit trois projets phares de recherche-action menés ces dernières années par la Chaire, en partenariat avec la Ville de Montréal. Les projets portent sur les disparités en matière de mobilité dans la métropole, les espaces publics et la sécurité routière.
«Nos activités sont orientées vers l’aide à la décision dans une perspective de soutien à l’action municipale, notamment celle de Montréal», rappelle la professeure du Département d’études urbaines et touristiques Florence Paulhiac, titulaire de la Chaire. «Comme l’illustre la BD, nous faisons de la recherche-action, soit des recherches construites avec des partenaires municipaux pour déterminer des enjeux pertinents, pour nourrir leur réflexion et pour que les connaissances produites soient facilement mobilisables en vue d’élaborer des politiques urbaines.»
Le processus d’élaboration de ces recherches et leurs retombées sont racontés dans La ville à portée de main, une BD de vulgarisation scientifique. «C’est un outil intéressant de transfert des connaissances, une façon de rendre accessible à un public large, notamment les jeunes, la recherche en urbanisme, en particulier sa vocation sociale», souligne la professeure.
La Chaire est financée par la Ville de Montréal, depuis 2015, et par l’Arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie, depuis 2020. Depuis ses débuts, elle collabore avec l’Institut Montpellier Management (MOMA) de l’Université de Montpellier. Son nom de l’époque, Chaire de recherche-innovation en stratégies intégrées transport-urbanisme (In.SITU), a été modifié en 2020. En 2025, le Conseil d’administration de l’UQAM a renouvelé le mandat de la Chaire jusqu’en 2030.
Pour l’équité en matière de mobilité
La première recherche mise en valeur par la bande dessinée, portant sur les disparités en mobilité à Montréal, s’est amorcée en 2018, alors que la Ville procédait à la révision de son plan d’urbanisme. L’enjeu central portait sur la question de l’équité dans l’accessibilité aux moyens de transport collectif.
«Comment les gens moins fortunés, les personnes âgées, celles qui éprouvent des problèmes de santé ou qui ne possèdent pas de voiture se déplacent-ils? Faut-il augmenter l’offre de transport? Doit-on réduire les tarifs? Comment faire cohabiter différents modes de transport? Voilà les questions que nous avons abordées», décrit Florence Paulhiac.
Cette recherche-action a été la première réalisée en collaboration avec la Ville. «Elle a alimenté le plan de transport de Montréal, a inspiré plusieurs autres travaux de la Chaire et a permis de nouer un lien de confiance avec les autorités de la Ville», indique la chercheuse.
S’approprier les espaces publics
La deuxième recherche concerne les espaces publics à Montréal, soit les espaces non bâtis accessibles: rues, parcs, places publiques. Ce projet a été conçu à l’occasion de l’élaboration du premier plan intégré d’urbanisme et de mobilité de la Ville de Montréal. Plusieurs des éléments de la recherche ont été repris dans la version finale du plan.
«Nous avons bâti une typographie des espaces publics et essayé de comprendre leur aménagement et l’évolution de leurs usages, explique Florence Paulhiac. Nous avons aussi réfléchi à la manière de coordonner les actions pour avoir une offre suffisante d’espaces que tout le monde peut s’approprier, qui contribuent à la mobilité et participent à la préservation de l’environnement.» Des ateliers d’idéation ont été mis sur pied rassemblant différents acteurs afin de conseiller la Ville en matière de planification et de développement des espaces, dans un esprit de gouvernance stratégique.
«La gestion est axée sur le maintien des infrastructures et l’entretien des espaces publics, alors que la gouvernance intègre les avis de l’ensemble des parties prenantes concernées par la transformation urbaine: responsables municipaux, commerçants, organismes sociaux et culturels, établissements d’enseignement ou riverains», précise la professeure.
Sécurité routière
En 2023, le Service de l’urbanisme et de la mobilité de la Ville de Montréal a demandé à la Chaire de l’aider à évaluer la gouvernance de la politique Vision Zéro visant à réduire, d’ici 2040, le nombre de décès et de blessures graves causés par une collision routière. Pour cela, plusieurs éléments du système routier devaient être repensés, dont l’aménagement des rues, le type de véhicules y circulant, les limites de vitesse et la sécurité des pistes cyclables.
«Notre mandat était de produire des recommandations touchant les mécanismes de mise à jour de la politique», précise Florence Paulhiac. Son équipe a analysé la façon dont les décisions étaient prises et comment elles se traduisaient dans la mise en œuvre de la politique, en plus d’évaluer la coopération entre les parties prenantes tout au long du processus. «Nous avons organisé des ateliers de concertation avec les actrices et acteurs concernés, ce qui a permis d’entrer dans la boîte noire des processus décisionnels.»
L’ensemble des recommandations de la Chaire ont été retenues dans le plan d’action de Vision Zéro couvrant la période 2025-2027. «Cela montre que les résultats d’une recherche peuvent inspirer une politique publique municipale. Le travail de la Chaire est d’ailleurs souligné dans le plan d’action», observe la professeure.
Déconstruire des légendes urbaines
La réglementation en urbanisme est-elle un outil dépassé? Le sentiment d’insécurité dans l’espace public est-il un problème de perception? La transition socio-écologique relève-t-elle de la science-fiction? Est-ce que le transport collectif est vraiment utile pour la banlieue? Y a-t-il trop de personnes élues? Ces questions, et bien d’autres, sont discutées dans le balado Légendes urbaines produit récemment par la Chaire, également accompagné d’une BD signée par Juliette Pierre.
«Ce balado est un autre outil de vulgarisation scientifique et de transfert de connaissances, explique Florence Paulhiac. Son objectif est de déconstruire des idées reçues ou préconçues répandues dans le discours public et dans la population concernant une série d’enjeux urbains, qu’ils soient d’actualité ou récurrents.»
Légendes urbaines comporte 13 épisodes jusqu’à maintenant. Chacun d’eux traite d’un sujet différent avec une chercheuse ou un chercheur en études urbaines, ou avec des collaborateurs de la Chaire, comme Pascal Lacasse, urbaniste à la Ville de Montréal, et François William Croteau (Ph.D. études urbaines), ancien maire de l’arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie.
Codirectrice du Pôle sur la ville résiliente
Avec son collègue Éric Pineault (sociologie), la professeure est également codirectrice du Pôle sur la ville résiliente, créé en 2021, qui réunit les expertises de 70 professeures et professeurs autour de cinq thématiques: forêt urbaine, habitat et milieux de vie, mobilité, eaux urbaines et ville nourricière. «La Chaire fait partie des unités de recherche de l’UQAM chapeautées par le Pôle, dont l’objectif est de mobiliser les énergies et de favoriser la recherche partenariale ainsi que le transfert de connaissances», souligne Florence Paulhiac.
La Chaire soutient le plan de l’UQAM portant sur la relance du Quartier latin. «En participant aux débats sur la transition socio-écologique, en produisant des connaissances sur la qualité de vie urbaine, nous cherchons à contribuer au rayonnement de la vision de l’Université relative à la revitalisation du quartier», mentionne la professeure.
À l’international, la Chaire poursuit ses collaborations avec le MOMA de l’Université de Montpellier. «Ses réflexions sont complémentaires aux nôtres autour des questions d’innovation urbaine et de transport équitable. Nous avons un agenda commun, tout en conservant nos spécificités. Nous favorisons également les programmes de mobilité et d’échanges destinés aux membres du corps professoral ainsi qu’aux étudiantes et étudiants.»
Présentement en congé sabbatique, Florence Paulhiac travaille à un nouveau projet de recherche, cette fois au Saguenay–Lac-Saint-Jean. «Je m’intéresse, notamment, au Grand Dialogue pour la transition socio-écologique, un collectif d’organismes qui réfléchissent à l’avenir de la région et qui a donné naissance à un forum sur la mobilité durable. Voilà un exemple de territoire qui se prend en main pour trouver des formes de gouvernance alternatives et des solution innovantes. Pour moi, c’est ressourçant.»