À deux semaines des élections générales au Québec, des candidates et candidats de quatre des cinq partis politiques représentés à l’Assemblée nationale au moment de sa dissolution ont croisé le fer, le 22 septembre dernier, à l’occasion du débat «Pensons haut fort le Québec de demain», qui a réuni plusieurs centaines de personnes au Centre Pierre-Péladeau. Organisé par l’UQAM en collaboration avec TVA, le débat a porté sur l’enseignement supérieur, la santé et le bien-être ainsi que l’environnement. Il était animé par le diplômé Pierre-Olivier Zappa (B.A. communication, politique et société; M.A. communication), chef d’antenne à TVA, animateur de l’émission À vos affaires sur LCN, analyste économique au Journal de Montréal et au 99,5 FM, et porte-parole de la dictée PGL.
Après le mot d’ouverture prononcé par le recteur, Stéphane Pallage, l’animateur Pierre-Olivier Zappa a invité trois expertes et expert de l’UQAM à présenter les thèmes de la discussion. L’Université avait fait appel à Isabelle Plante, professeure au Département de didactique et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les différences de genre à l’école; à Janie Houle, professeure au Département de psychologie et titulaire de la Chaire de recherche sur la réduction des inégalités sociales de santé; et à Philippe Gachon, professeur au Département de géographie, directeur du Réseau Inondations InterSectoriel du Québec (RIISQ) et chercheur au Centre pour l’étude et la simulation du climat à l’échelle régionale (ESCER).
Les candidates et candidats Elsie Lefebvre, pour le Parti Québécois (Berthier), Marc Tanguay, pour le Parti libéral (LaFontaine), Adrien D. Pouliot, pour le Parti conservateur (D’Arcy-McGee), et Roxane Milot, pour Québec solidaire (Sainte-Marie-Saint-Jacques), ont participé aux échanges.
Favoriser l’accès aux études supérieures
Dans sa présentation du premier thème, la professeure Isabelle Plante a souligné que les inégalités d’accès aux études supérieures se construisent dès les premières années de scolarité. Au secondaire, l’école à trois vitesses contribue à concentrer les élèves issus de milieux plus défavorisés dans les programmes réguliers du réseau public. Or, seulement 15% des élèves fréquentant les programmes réguliers accèdent à l’université, contre 50 % de ceux provenant d’un programme enrichi dans une école publique et 60 % de ceux issus d’un établissement privé. «L’enjeu pour l’enseignement supérieur est donc aussi celui de l’égalité des possibilités», a conclu la professeure.
Parmi les questions abordées lors des échanges, Pierre-Olivier Zappa a demandé aux personnes candidates ce que leur parti entend faire pour aplanir les inégalités en éducation et permettre aux Québécoises et Québécois d’accéder en plus grand nombre à des études supérieures.
«Il faut agir tôt», a lancé Marc Tanguay, du Parti libéral, qui a rappelé que 20 % des éducatrices avaient quitté le milieu des services de garde l’an dernier «Nous proposons d’ajouter 1 000 personnes de plus pour compléter les équipes écoles, dont 400 professionnels, psychoéducateurs et orthopédagogues. Nos préconisons aussi un nouveau sommet sur l’éducation et un meilleur financement des infrastructures, alors que 65 % des cégeps et 35 % des universités sont en mauvais état.»
Roxane Milot, candidate de Québec solidaire, s’est prononcée contre l’école à trois vitesses. Pour favoriser l’accessibilité aux études supérieures, elle a proposé de réduire de 50 % les frais de scolarité, de rémunérer les stages effectués par les étudiantes et étudiants et de bonifier le régime d’aide financière aux études. Elle a aussi mentionné la nécessité d’investir dans le logement étudiant.
Adrien D. Pouliot, du Parti conservateur, a déclaré vouloir donner plus de pouvoir et de liberté aux établissements d’éducation, en particulier aux universités, et accroître la concurrence.
Également opposée à l’école à trois vitesses, la candidate du Parti Québécois Elsie Lefebvre a plaidé pour renforcer l’aide financière aux études, plutôt que de baisser les frais de scolarité.
Pierre-Olivier Zappa a demandé aux personnes candidates de réagir au manque à gagner des universités québécoises par rapport aux autres universités canadiennes, lequel atteindrait 1 milliard de dollars.
Marc Tanguay a mentionné que le Québec devait rétablir sa réputation à l’étranger pour attirer des étudiants internationaux. Abondant dans le même sens, Elsie Lefebvre a déclaré qu’il fallait faire le ménage dans ce dossier et s’assurer qu’il y ait davantage d’équité entre les universités francophones et anglophones, un point de vue partagé par Adrien D. Pouliot et Roxane Milot. Celle-ci a également rappelé qu’une part du manque à gagner serait comblée par une plus grande fréquentation des universités, d’où l’importance de réduire les frais de scolarité.
Inégalités sociales de santé
Pour lancer le deuxième thème, la professeure Janie Houle a insisté sur les inégalités sociales de santé et rappelé que l’espérance de vie n’est pas la même pour tous et toutes. À Montréal, par exemple, l’écart est de 10 ans entre les résidents des quartiers défavorisés et ceux des quartiers nantis. Elle a ajouté que «diagnostiquer et traiter les personnes qui souffrent de problèmes de santé est crucial et que l’accessibilité aux soins doit être améliorée». D’où l’importance de soutenir le développement d’un programme de formation médicale axé sur la médecine de famille et la première ligne, comme celui du réseau de l’Université du Québec, afin d’accroître les effectifs médicaux et d’offrir des services de proximité adaptés aux besoins des populations les plus précarisées et marginalisées.
«Quelles sont vos solutions pour améliorer l’organisation de notre système de santé en vue d’assurer une véritable équité d’accès aux soins pour les Québécoises et Québécois?», a notamment demandé Pierre-Olivier Zappa aux personnes candidates
On ne peut pas aborder les enjeux en santé en négligeant les soins de première ligne, a indiqué Marc Tanguay. «Nous voulons également que 5 % du budget de la santé soit consacré à la prévention, plutôt que moins de 2 % comme c’est le cas actuellement.»
«Pour renforcer l’accès aux soins de première ligne, nous proposons la création de 400 points de service de plus à travers les CLSC, a mentionné Roxane Milot. Nous sommes également contre toute privatisation du système de santé.»
Adrien D. Pouliot a prôné la concurrence entre les secteurs privé et public, comme cela se fait dans d’autres pays, tout en faisant davantage appel au privé pour améliorer l’accès aux soins.
Opposée à une plus grande place au privé, Elsie Lefebvre a plaidé pour l’abolition de Santé Québec, une structure trop lourde, pour une décentralisation des services et le renforcement de la première ligne.
L’animateur a relancé la discussion en invitant les candidates et candidats à se prononcer sur le projet de l’UQAM et du réseau de l’UQ de mettre sur pied dans toutes les régions du Québec et à Montréal un programme de médecine familiale, tout en leur demandant quelles actions ils comptaient mettre en place pour améliorer l’accès des Québécoises et Québécois à la première ligne et à un médecin de famille.
L’ensemble des candidates et candidats ont dit appuyer ce projet. Adrien D. Pouliot a indiqué qu’il s’agit d’une excellente idée et Roxane Milot a salué le caractère interdisciplinaire du projet. Soulignant qu’il manque 2 000 médecins de famille au Québec, Marc Tanguay a déclaré qu’on doit faire des CLSC des agents de première ligne pour améliorer les services de proximité, le soutien psychosocial et la prévention. Elsie Lefebvre a poursuivi en insistant sur l’importance des soins à domicile pour les personnes âgées et d’un soutien renforcé aux organismes communautaires, qui jouent un rôle clé en prévention.
Crise climatique
Le débat s’est conclu sur le thème de l’environnement, présenté par le professeur Philippe Gachon. Celui-ci a rappelé l’accélération du réchauffement climatique à l’échelle globale depuis 15 ans. Il a aussi souligné l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes (canicules, orages violents) et des catastrophes naturelles (sécheresses, feux de forêts, inondations), qui entraîne une dégradation des milieux de vie et de la biodiversité. Puis, le chercheur a insisté sur les coûts économiques et sociaux des bouleversements climatiques pour le Québec et le Canada: pertes d’emplois, érosion de la cohésion sociale et de la compétitivité économique, hausse des dépenses publiques.
Pierre-Olivier Zappa a enchaîné en interpellant les personnes candidates. «Si votre parti est porté au pouvoir, quelle importance accordera-t-il aux questions environnementales et climatiques et comment cela se traduira-t-il concrètement?», a-t-il notamment demandé.
On doit conserver l’objectif de réduction des gaz à effet de serre, 35, 7 % en 2030, a insisté Marc Tanguay. On doit aussi miser sur l’éolien, le solaire et l’acceptabilité sociale des projets d’hydro-électricité, a-t-il mentionné.
Pour Roxane Milot, la cible principale est la transition socioécologique. Afin de contrer les émissions de GES, elle a proposé d’élargir l’offre de transport en commun grâce à des investissements de 23 milliards.
Selon Adrien D. Pouliot, le Québec doit devenir une puissance énergétique moins dépendante des autres provinces et surtout des États-Unis. Aucune source d’énergie ne doit être écartée par dogmatisme, a -t-il insisté. «L’exploitation du gaz naturel, par exemple, pourrait rapporter des milliards à l’État en 10 ans, en plus de générer des retombées économiques pour les municipalités.»
Contrairement au Parti conservateur, le Parti Québécois dit non à l’exploitation des gaz de schiste, et oui à l’énergie solaire, à l’éolien et à l’hydro-électricité, a déclaré Elsie Lefebvre. «Nous proposons également un système de transport collectif universellement accessible.»
Pierre-Olivier Zappa a clos le débat en rappelant au public l’importance d’aller voter le 5 octobre prochain, un geste démocratique.
Le débat a été organisé avec l’appui de la Faculté des sciences humaines, de la Faculté des sciences de l’éducation et de la Faculté de science politique et de droit, ainsi que du Service des communications, du Rectorat et des Services à la communauté diplômée.