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Cannabis et sexualité: à l’écoute des jeunes adultes

Mathieu Goyette s’est penché sur les usages et les enjeux entourant la sexualité sous influence du cannabis.

Par Pierre-Etienne Caza

15 janvier 2026 à 15 h 46

Après l’alcool, la substance la plus fortement liée à l’expérience sexuelle est le cannabis. Pourtant, peu d’études ont été consacrées au phénomène. «Depuis la légalisation, les normes sociales ont changé et c’est un bon moment pour ouvrir le dialogue, notamment avec les jeunes, afin de discuter des usages et des enjeux entourant la sexualité et la consommation de cannabis», observe le professeur du Département de sexologie Mathieu Goyette.

Dans les milieux de pratique communautaires et institutionnels (CISSS et CIUSSS) avec lesquels il réalise des recherches-interventions, le chercheur a constaté que  les équipes d’intervention, notamment celles impliquées dans la prévention des violences à caractère sexuel, se sentaient peu à l’aise d’aborder la question de la sexualité et de la consommation de cannabis. «On souhaitait mieux comprendre le phénomène, selon la perspective du genre et de façon inclusive, afin de pouvoir élaborer et mettre en place des activités de prévention et d’intervention auprès des jeunes adultes de 18 à 24 ans qui ont des relations sexuelles sous l’influence du cannabis», précise-t-il.

Réalisé avec la candidate à la maîtrise Maëlle Lefebvre (B.A. sexologie, 2023) et une équipe composée de collègues, de personnes étudiantes et de partenaires (le Groupe de recherche et d’intervention psychosociale et son initiative VoxCann pour l’éducation à propos du cannabis, l’Association des intervenants en dépendance du Québec), le projet de recherche-action intitulé «Allier cannabis et sexualité: réduire le risque tout en optimisant le plaisir» a été soutenu par le Fonds de recherche du Québec.

Des témoignages pour comprendre

L’objectif du projet mené par Mathieu Goyette était de cerner les types d’interventions susceptibles de plaire aux jeunes. «Même entre jeunes, il existe encore un tabou entourant la consommation de cannabis et la sexualité, constate le chercheur. Peu osent en parler comme on le fait avec l’alcool.»

En allant à la rencontre de 27 jeunes présentant différents profils de consommation de cannabis, l’équipe de recherche a voulu explorer les liens entre les normes sociales, les préjugés perçus et les tabous chez les jeunes adultes qui ont des activités sexuelles sous influence de cannabis. «Nous avons également voulu comprendre l’influence de la perception des risques et de l’expérience du plaisir entourant la pratique sur les habitudes de consommation et les normes sociales», ajoute le chercheur.

Les participantes et les participants ont témoigné que l’expérience pouvait améliorer leur sexualité, notamment en les aidant à composer avec certaines difficultés comme le stress et l’anxiété (de performance, liée à l’image de soi), à les aider à être dans le moment présent lors de la relation intime. Pour certaines personnes, le cannabis améliore la connexion à l’autre, l’expérience d’intimité et la satisfaction sexuelle, décuplant l’intensité sensorielle. Il permet également l’exploration et l’ouverture sexuelle.

«L’un des thèmes qui est clairement ressorti est celui de la négociation et de la communication du consentement, souligne Mathieu Goyette. Il y a encore des zones grises à ce sujet, car les discussions autour du consentement en lien avec la consommation ont surtout porté sur l’alcool au cours des dernières années. Les sensations sont différentes avec le cannabis et les jeunes veulent discuter de ces enjeux.»

Des capsules de formation et une série balado

À la suite des entretiens individuels, l’équipe a réalisé deux activités d’échanges en groupe. «De ces activités ont émergé deux idées d’intervention: des capsules de formation pour soutenir les intervenantes et les intervenants dans l’accompagnement éclairé des jeunes adultes autour de leur sexualité vécue sous influence de cannabis, et une série balado afin de donner la parole aux jeunes sur le sujet», raconte Mathieu Goyette.

Les trois capsules de formation ont été développées avec Intersexion, une communauté de praticiennes et praticiens du Québec animés par un intérêt commun, celui d’enrichir le champ d’intervention croisé de la sexualité et de la consommation de substances psychoactives. «La première capsule porte sur les bases de la consommation sexualisée de cannabis, la deuxième permet d’identifier et de déconstruire les stigmas liés à la sexualité sous influence, et la troisième d’adopter les postures et les bonnes pratiques en intervention», précise Mathieu Goyette.

Développée avec le Club Sexu, un OBNL qui aborde les questions entourant la sexualité avec une approche de sensibilisation centrée sur le plaisir et l’exploration, la série balado s’intitule High want you. «Les jeunes adultes qui y participent abordent, entre autres, leurs expériences personnelles, leurs motivations, les effets du cannabis sur leur sexualité, le sentiment de sécurité, le consentement, les normes sociales et les tabous, inconforts et préjugés liés à la sexualité sous influence de cannabis», note Mathieu Goyette.

Son prochain projet CRSH, annonce-t-il, portera sur le consentement et l’alcool chez les femmes et les personnes queers. À suivre!