Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur différentes régions au cours des dernières semaines viennent s’ajouter aux nombreux exemples d’aléas météorologiques auxquels on doit désormais faire face. «Le Québec a besoin de meilleurs outils pour anticiper les conséquences potentielles des changements climatiques et s’adapter, afin de réduire sa vulnérabilité et de favoriser sa résilience», souligne le professeur du Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère Alejandro Di Luca.
Le Centre pour l’étude et la simulation du climat à l’échelle régionale (ESCER), qu’il dirige, a obtenu un financement de 1,7 million de dollars du gouvernement du Québec pour le projet ALÉA-Climat. Le projet vise à obtenir des données climatiques plus robustes, de meilleure qualité et surtout plus pertinentes pour appuyer les efforts d’adaptation aux changements climatiques à l’échelle du Québec, précise le directeur. «Cela nous permettra de poursuivre le développement du Modèle régional canadien du climat de sixième génération (MRCC6)-Global Environmental Multiscale Model (GEM5), reconnu internationalement comme l’un des fleurons de la recherche québécoise. Il répond au besoin de produire des simulations régionales plus réalistes et plus détaillées, capables d’améliorer la compréhension et la projection des aléas météorologiques et climatiques extrêmes – vagues de chaleur, précipitations intenses, sécheresses ou tempêtes – qui demeurent difficiles à représenter dans les modèles globaux.»
Le financement permettra également de renforcer les infrastructures de calcul et de stockage du Centre ESCER.
ALÉA-Climat s’inscrit dans une démarche de science ouverte, avec la publication régulière du code et des simulations sur des plateformes publiques. Le projet réaffirmera la position du Québec comme chef de file international en modélisation climatique régionale. «Le développement et l’application du modèle MRCC6-GEM5 permettront aussi d’améliorer la représentation des phénomènes locaux tels que les vents côtiers, les accumulations de neige, les épisodes de verglas, la grêle, les précipitations et vents extrêmes ainsi que les îlots de chaleur urbains», ajoute Alejandro Di Luca.
Ces avancées soutiendront directement la mise en œuvre du Plan pour une économie verte (PEV) 2030 du gouvernement du Québec, en fournissant les connaissances scientifiques et les outils nécessaires à la planification et à l’adaptation aux changements climatiques, sur l’ensemble du territoire. «Le projet contribuera également à la formation d’une nouvelle génération de spécialistes en modélisation et en science du climat, consolidant les compétences techniques et scientifiques au Québec», souligne le professeur.
Les nouvelles versions du MRCC6-GEM5 seront intégrées à la boîte d’outils d’Ouranos. Les collaborations entre Ouranos, l’UQAM et Environnement et Changement climatique Canada garantiront l’accès à des simulations climatiques régionales de haute résolution, adaptées aux besoins du territoire québécois.
Réduire les pannes hivernales causées par les précipitations extrêmes
Co-chercheuse sur le projet ALÉA-Climat avec son collègue Philippe Lucas-Picher, la professeure du Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère Julie Thériault mène un autre projet portant sur la prévision des précipitations pouvant impacter le réseau de distribution d’électricité d’Hydro-Québec. Ce projet est financé par le programme CNRSG Alliance (60 000 $) et par Hydro-Québec, via le programme Mitacs accélération (30 000 $) permettant l’embauche d’une stagiaire postdoctorale.
«Durant la saison froide, les précipitations extrêmes, notamment les précipitations mixtes – neige, pluie verglaçante, neige mouillée – constituent un enjeu majeur pour la gestion de plusieurs infrastructures de transport et de distribution d’électricité d’Hydro-Québec, explique Julie Thériault, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en événements météorologiques hivernaux extrêmes. Ces aléas météorologiques entraînent des pannes de courant qui affectent la population et les activités socioéconomiques du Québec.»
En collaboration avec l’IREQ, le Centre de recherche d’Hydro-Québec, l’équipe de Julie Thériault compte développer une approche permettant de produire de meilleures prévisions à court terme des intempéries hivernales susceptibles de causer des pannes d’électricité. «Notre approche comprend une combinaison d’observation de données, de réanalyses et de modélisations atmosphériques à très haute résolution, précise la spécialiste. Nous utiliserons les ressources de calcul haute performance d’Alliance Digital Canada et les données disponibles à Hydro-Québec, lesquelles sont essentielles pour déterminer les seuils clés nécessitant le déploiement des équipes dans les zones affectées par les aléas météorologiques pour rétablir le courant.»
Le projet s’inscrit dans le plan d’action d’Hydro-Québec visant à réduire les pannes de 35 % dans un horizon de 5 à 7 ans. «L’approche que nous développerons sera utile non seulement pour les équipes d’intervention d’Hydro-Québec, mais aussi pour les autres fournisseurs de service ayant des lignes soumises aux intempéries au Canada et ailleurs dans le monde», conclut Julie Thériault.