Le recteur Stéphane Pallage avait convié la communauté universitaire à la salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau pour son allocution de la rentrée, le 23 septembre. Il a abordé les grands projets de l’UQAM pour l’année à venir et a également profité de l’occasion pour annoncer la présidence d’honneur du 94e Congrès de l’Acfas, qui se déroulera à l’UQAM du 10 au 14 mai 2027. Le journaliste et diplômé Matthieu Dugal (B.A. science politique), animateur de l’émission Moteur de recherche, sur les ondes d’ICI Première, sera président d’honneur de l’événement.
Réinvestissement et PEQ
En amorce de son discours, Stéphane Pallage a rappelé que la veille, à la même heure, il prononçait une conférence intitulée «Les universités, la géopolitique et l’avenir des connaissances» au Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM). «J’ai surtout mis l’accent sur le vide intersidéral consacré à l’éducation et aux universités dans la campagne électorale qui a cours au Québec, dit-il. Pour moi, c’est un paradoxe. L’éducation est un investissement essentiel dans l’avenir de notre société. Ne pas investir, c’est une bien mauvaise idée si l’on souhaite croître à long terme. Mes collègues et moi demandons 1,3 milliard de dollars de réinvestissement dans le réseau universitaire du Québec.»
Au CORIM, le recteur a également demandé à nos futurs élus un retour permanent du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). «L’abandon du PEQ a affecté très durement la réputation d’ouverture du Québec à l’international», note-t-il, rappelant que les inscriptions de nouvelles étudiantes et de nouveaux étudiants de l’international dans les universités québécoises sont en chute libre depuis deux ans. «Rétablir une réputation demande des gestes forts et un discours sans ambiguïté», affirme le recteur.
Vers un second mandat
Stéphane Pallage observe qu’après trois ans et demi, son mandat n’est pas loin de s’achever. «Tous les projets du Plan stratégique sont en marche. J’aimerais que nous ne nous arrêtions pas là. C’est tôt, 18 mois à l’avance, mais j’aimerais vous dire que je souhaite solliciter un deuxième mandat», annonce-t-il, déclenchant les applaudissements de la salle.
Les défis de l’année à venir
L’année 2026-2027 est pleine de défis et de promesses, analyse le recteur, qui entrevoit un changement de gouvernement ainsi que des changements dans l’appareil de l’État. «Cela signifie bien sûr recommencer le travail des relations gouvernementales avec les nouvelles équipes à l’Enseignement supérieur, aux Finances, à la Santé, à l’Économie, à la Langue française, à l’Immigration et à la Culture. Cela signifie expliquer à nouveau l’UQAM, ses missions, son importance nationale.» Heureusement, le recteur ne se lasse jamais de raconter l’UQAM.
Revenant sur la chute des inscriptions d’étudiantes et d’étudiants internationaux, Stéphane Pallage indique qu’elle est tout juste compensée par une augmentation de celles et ceux du Québec. «La croissance des effectifs étudiants cet automne est positive, mais faiblement, on l’évalue à 0,4 %. Cela crée pour l’UQAM un véritable défi financier», indique-t-il.
L’an dernier, la subvention de fonctionnement du ministère de l’Enseignement supérieur n’avait pas été indexée (pour la première fois en plusieurs décennies), et ne couvrait donc pas la hausse des salaires, ce qui a mené plusieurs universités au déficit, rappelle le recteur. L’UQAM a réussi à terminer l’année 2025-2026 à l’équilibre financier grâce à la surcapitalisation momentanée de son régime de retraite. Le budget approuvé en avril dernier prévoyait une hausse de 3 % des inscriptions. «0,4 %, dans les circonstances, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant. Si la tendance se maintient, nous devrons comme d’autres universités probablement faire face à un déficit, pour une première fois dans mon mandat», note le recteur, en ajoutant que son équipe travaille avec le ministère pour identifier des solutions.
Il a également rappelé la portée de la mission d’accessibilité de l’UQAM et l’importance de faire preuve de souplesse et d’humanité envers les candidatures étudiantes atypiques. «Chaque étudiante et chaque étudiant compte. L’ascenseur social leur donne accès à des rêves, à une vie à laquelle rien ne les prédestinait.»
Les développements en santé
Le recteur rappelle que le développement des programmes en sciences de la santé va bon train, notamment en ce qui concerne le baccalauréat et la maîtrise en ostéopathie ainsi que la maîtrise en orthophonie, qui devraient être lancés en septembre 2028.
Cet automne, un programme de DEC-BAC en sciences infirmières sera présenté à la Commission des études et un baccalauréat en santé des populations le sera dans les prochains mois.
Tel qu’annoncé en juillet dernier, le projet de formation en médecine de l’Université du Québec a reçu un financement du gouvernement pour entamer sa deuxième phase, celle de la création du programme.
Deux nouveaux départements devraient être créés à la Faculté des sciences de la santé cette année, annonce le recteur. «Il y a longtemps que nous n’avons pas créé de nouveaux départements», note-t-il.
Entretiens Jacques Cartier et Congrès de l’Acfas
L’année à venir en sera une de grands rassemblements pour la communauté uqamienne, souligne Stéphane Pallage. «La cérémonie d’ouverture des Entretiens Jacques Cartier aura lieu au Cœur des sciences le 9 novembre prochain en soirée, annonce-t-il, après une Assemblée des recteurs et présidents que je coprésiderai avec Nathalie Dompnier, la présidente de l’Université de Lyon.»
En mai prochain, l’UQAM et la Quartier latin accueilleront le 94e congrès de l’Acfas. «C’est un immense rendez-vous avec la science en français, observe le recteur. Le thème choisi pour l’édition 2027 est “Remettre en questions”.»
Un mot sur l’intelligence artificielle
Stéphane Pallage a tenu à dire un mot sur les défis et les promesses de l’intelligence artificielle, déjà utilisée en pédagogie, en recherche et en création. «Beaucoup se questionnent sur le rôle des universités dans un monde où l’IA prend de plus en plus de place. Seront-elles nécessaires dans la prochaine décennie? Dans la suivante? Ma réponse est simple: plus que jamais! L’université forme les esprits à la rigueur scientifique, à une démarche de pensée qui inclut toujours un questionnement sur la véracité des informations. C’est ce qu’on appelle l’esprit critique.»
L’IA, rappelle-t-il, n’a pas cet esprit critique. Elle se nourrit autant d’information que de désinformation. «Le citoyen de demain ne peut pas se permettre d’être désinformé. S’il renonce à l’esprit critique, il sera l’esclave moderne d’un régime dictatorial dont on commence à deviner les contours à quelques kilomètres d’ici. Paradoxalement, à l’heure de la connectivité et de l’accès illimité aux sources, la connaissance est beaucoup plus difficile à cerner, à dominer. Les universités guideront leurs étudiantes et leurs étudiants vers cette connaissance, tout en repoussant constamment sa frontière par la recherche.»
L’UQAM, précise-t-il, se dotera d’une stratégie sur l’IA collectivement réfléchie.
Liberté académique et autonomie universitaire
Le recteur a réitéré l’importance de préserver la liberté académique et l’autonomie universitaire. «L’université est plus importante que jamais pour l’avenir de la démocratie, dit-il. Nous sommes le 6e pouvoir, tant que nos expertes et experts s’expriment publiquement dans leur domaine pour établir ce qui est un fait et ce qui ne l’est pas. Ceci n’est possible que s’ils disposent de la liberté académique et si l’université est elle-même autonome.»
Critique des dérives américaines en la matière, Stéphane Pallage observe qu’il faut demeurer vigilants et qu’il est possible de renforcer notre démocratie, au Québec, en respectant l’autonomie des universités. «J’invite nos futurs élus à inclure l’autonomie universitaire dans la loi sur la liberté académique. Cette dernière est fragile tant que l’autonomie universitaire n’est pas légalement garantie.»
Le recteur a conclu son allocution en remerciant la communauté uqamienne. «Je dois vous dire que j’ai le même plaisir aujourd’hui dans cette fonction de recteur qu’au premier jour, le 27 avril 2023. Ça, c’est un privilège et c’est à vous que je le dois. Merci.»
Il a ensuite procédé à la présentation du président d’honneur du prochain Congrès de l’Acfas ainsi que des coprésidentes, coprésidents et membres de ses différents comités d’organisation.