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Alice Carle remporte Ma thèse en 180 secondes

La candidate au doctorat en biologie représentera l’UQAM lors de la finale nationale.

Par Pierre-Etienne Caza

25 mars 2026 à 18 h 12

«On ne se connaît pas, mais j’ai une question indiscrète pour vous: avez-vous déjà vécu une relation toxique? Au début, la chimie opère, tout baigne, enfin c’est ce qu’on pense. Puis, un jour, ce qui brille nous empoisonne. Cela vous dit quelque chose? Hélas, l’actualité regorge de crimes liés à des relations devenues toxiques… Mais laissez-moi vous décrire une autre scène de crime.»

La doctorante en biologie Alice Carle, qui a obtenu la faveur des juges lors de la finale uqamienne du concours Ma thèse en 180 secondes, a amorcé sa présentation de manière originale. «Les victimes sont de petits invertébrés benthiques vivant dans le fond des lacs et des rivières, indispensables à la chaîne alimentaire. Les suspects? Deux métaux: le platine et le palladium.»

Introduits dans les pots d’échappement, les batteries et même les traitements pour le cancer, ces métaux ont un alibi solide, car ils améliorent la qualité de l’air et même notre qualité de vie tout court, observe Alice Carle, qui réalise sa thèse sous la direction du professeur Maikel Rosabal.

«En voulant résoudre un problème, en avons-nous créé un autre?», s’interroge la jeune chercheuse. «C’est qu’à force de rouler, d’accélérer, de freiner ou de changer de portable tous les ans, de fines particules métalliques sont libérées dans l’environnement. Et contrairement au fer ou au zinc, le platine et le palladium ne sont pas des métaux essentiels à la vie et les effets de leurs particules sur la santé demeurent peu documentés.»

En laboratoire, Alice Carle «contamine» des sédiments avec des concentrations croissantes de particules de platine et de palladium, des métaux aussi rares que coûteux, précise-t-elle. «À chaque expérience, je manipule davantage que mon salaire mensuel!»

En s’assurant qu’aucune autre variable ne vienne brouiller ses expériences, Alice Carle expose deux types de petits invertébrés aux sédiments contaminés, à court et à long terme, mesurant les effets des deux métaux sur leur survie et leur croissance. «Le platine agit sans détour en compromettant la survie, tandis que le palladium, plus insidieux, s’attaque à la croissance, révèle-t-elle. Mélangés, l’un atténue les effets de l’autre.»

Comme crime, on a vu pire, poursuit la doctorante en filant la métaphore de l’enquête policière. «Mais dans la nature, un léger déséquilibre suffit à déclencher un effet domino toxique, voire mortel. Il ne s’agit pas de condamner sans appel ces métaux stratégiques, utiles dans nos objets de tous les jours, mais il importe de fournir des données probantes sur leur toxicité afin de contribuer à établir des limites sécuritaires pour encadrer leur utilisation et leur rejet dans la nature. Telles sont les retombées espérées de ma thèse.»

Le jury a souligné la clarté de son exposé, bien structuré, et la diversité des figures de style utilisées pour vulgariser son sujet de recherche.

Le Prix du jury, qui s’accompagne d’une bourse de 1 500 dollars, vaut à Alice Carle de représenter l’UQAM lors de la finale nationale du concours Ma thèse en 180 secondes, qui se tiendra en marge du congrès de l’Acfas et qui réunira, le 13 mai prochain à Trois-Rivières, des étudiantes et étudiants provenant d’une vingtaine d’universités francophones à travers le Canada.

Prix du public
Le doctorant en biologie Vincent Marcangeli. Photo: Nathalie St-Pierre

Le Prix du public a été décerné par la vice-rectrice à la Recherche, à la création et à la diffusion, Lucie Ménard, au doctorant en biologie Vincent Marcangeli (M.Sc. kinanthropologie), dont la thèse porte sur les effets de l’âge et de l’activité physique sur la santé musculaire et mitochondriale. Il obtient une bourse de 500 dollars.

Sept doctorantes et sept doctorants étaient en lice lors de cette finale uqamienne, dont cinq de la Faculté des sciences, cinq de la Faculté des sciences humaines, deux de la Faculté de science politique et de droit, une de l’École des sciences de la gestion et une de la Faculté de communication.

Le jury était constitué de Stephan Chaix, directrice du Cœur des sciences, Patrice Potvin, professeur au Département de didactique, Martine Turenne (B.A. communication), rédactrice en chef de La Conversation Canada, Jack Bauer, responsable des communications au Service des partenariats et du soutien à l’innovation, et Cristina Uribe (M.A. didactique des langues), lauréate du Prix du jury et du Prix du public 2025. Joanie Doucet, conseillère au Service des communications, agissait à titre de maîtresse de cérémonie. L’événement faisait partie de la programmation du Printemps de la recherche et de la création.

Les participantes et participants de l'édition 2026: Alice Carle, Damsou Kindé, Elizabeth Brunet, Laurie Briand, Jean-Claude Kumuyange, Salma Bachir Cherif, Boumediene El Mouenis Messaoudi, Mélanie Fournier, Samuel Kahn, Vincent Marcangeli, Patrick Fournier, Gabrielle Gingras, Marlene Moreno Rabanal et Ephrem Tossou. Photo: Nathalie St-Pierre

Organisé par l’Acfas depuis 2012, ce concours de vulgarisation, qui permet à des doctorantes et doctorants de présenter leur sujet de recherche en termes simples à un auditoire profane et diversifié, est inspiré du concours Three minute thesis (3MTMD), qui a eu lieu pour la première fois en 2008 à l’Université du Queensland, en Australie. L’évaluation est basée sur trois critères: le talent d’orateur et la passion du participant pour son sujet, sa capacité de vulgarisation et la structure de son exposé. Le concours québécois a été le premier en langue française. Les lauréats de la finale nationale canadienne seront invités à participer à la finale internationale, qui se tiendra à l’automne 2026.