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Yves Bergeron et Jean-Marc Fontan, lauréats d’un Prix du Québec

Les deux professeurs émérites reçoivent la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec en culture et en science.

12 novembre 2025 à 10 h 11

Le professeur du Département des sciences biologiques Yves Bergeron (prix Armand-Frappier) et le professeur du Département de sociologie Jean-Marc Fontan (prix Marie-Andrée-Bertrand) figurent parmi les lauréates et lauréats de l’édition 2025 des Prix du Québec, la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec en culture et en science.

Le prix Armand-Frappier est décerné depuis 1993 à une personne ayant mené une carrière en recherche et ayant contribué au développement d’une institution de recherche ou s’étant consacrée à l’administration ou à la promotion de la recherche et qui, de ce fait, a su favoriser la relève scientifique et susciter l’intérêt de la population pour la science et la technologie. Toutes les disciplines scientifiques sont reconnues pour ce prix.

Depuis 2012, le prix Marie-Andrée-Bertrand est attribué à une personne qui a mené une carrière remarquable en recherche et dont l’envergure et la qualité scientifique des travaux ont mené au développement et à la mise en œuvre d’innovations sociales d’importance, conduisant au mieux-être des individus et des collectivités. Toutes les disciplines des sciences humaines et sociales sont reconnues pour l’attribution de ce prix.


Yves Bergeron

Professeur émérite, Yves Bergeron enseigne à l’UQAM depuis 1985. Il a aussi enseigné à l’Institut de recherche sur les forêts de l’UQAT de 1998 à 2024. Les travaux de ce pionnier de l’écologie forestière ont transformé la compréhension des forêts boréales et tempérées. Dès ses premières recherches, il s’intéresse aux perturbations naturelles – incendies, épidémies d’insectes, chablis – et à leur rôle dans la dynamique forestière. Grâce à l’analyse des cernes de croissance des arbres et à des études paléoécologiques couvrant plusieurs millénaires, il démontre que ces perturbations ne sont pas de simples catastrophes, mais bien des forces structurantes de la biodiversité et de la résilience des écosystèmes. Cette conclusion le conduit à promouvoir l’aménagement écosystémique, une approche qui s’inspire du fonctionnement naturel de la forêt.

Les recherches d’Yves Bergeron ont eu un impact direct sur les politiques publiques. Il a participé aux travaux de la commission parlementaire sur la réforme de la Loi sur les forêts (2002) et du comité scientifique sur la limite nordique (2006-2015). Leurs résultats ont contribué à inscrire l’aménagement écosystémique au cœur de la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier et à établir la limite nordique des forêts attribuables.

Auteur ou coauteur de plus de 650 publications, dont 8 ouvrages et 55 chapitres, le professeur est aujourd’hui l’un des chercheurs les plus cités dans son domaine, avec plus de 45 000 citations. Fondateur de plusieurs regroupements scientifiques, il a formé une relève de plus de 260 étudiantes et étudiants, et a contribué au rayonnement de l’expertise québécoise à l’échelle mondiale.

Membre du Centre d’étude sur la forêt (CEF) et de la Chaire industrielle CRSNG/UQAT/UQAM en aménagement forestier durable, qu’il a dirigée de 1998 à 2020, Yves Bergeron a aussi été titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie et aménagement forestier (2017-2022). Ses collaborations avec des chercheuses et chercheurs français, depuis la fin des années 1990, ont conduit à la création, en 2012, du Laboratoire international associé (France-Canada) sur les forêts montagnardes et boréales. En 2017, il a cofondé le Réseau de recherche international Forêts froides (Canada, France, Chine, Russie, Suède, Norvège), qui vise à caractériser la dynamique du carbone terrestre et à retracer sur plusieurs millénaires la dynamique des incendies et des végétations en réponse aux changements climatiques.

Durant sa carrière, le professeur émérite a reçu plusieurs prix et distinctions. Membre de la Société royale du Canada (SRC) et chevalier de l’Ordre national du Québec, il a obtenu, notamment, le Prix du Québec Marie-Victorin (2007) en sciences naturelles et en génie, les prix Michel-Jurdant (1999) et Adrien-Pouliot (2019) de l’ACFAS pour ses travaux en sciences de l’environnement et sa coopération scientifique avec la France, la médaille de bronze Miroslaw Romanowski (2014) de la SRC pour ses contributions en environnement, le Prix d’excellence du partenariat (2019) de l’Université du Québec, et un doctorat honorifique (2022) de l’Université de Montpellier. Il a aussi reçu, en octobre dernier, l’insigne de Chevalier de l’Ordre des Palmes académiques de la République française, le plus ancien ordre honorifique de distinctions civiles en France.

«Il reste encore pas mal de chemin à faire avant que l’aménagement forestier vise la durabilité des forêts, souligne Yves Bergeron. Les contraintes économiques empêchent la mise en place sur le terrain d’une foresterie vraiment durable. Les liens entre les connaissances écologiques et l’action sur le terrain restent encore à se concrétiser. J’ai souvent rêvé d’une structure permanente de recherche qui puisse regrouper des chercheurs universitaires, gouvernementaux et les praticiens, mais bien que les ponts aient pu être créés, ce rêve reste à réaliser.»


Jean-Marc Fontan

Également professeur émérite, Jean-Marc Fontan enseigne à l’UQAM depuis 1994. Depuis 30 ans, il a marqué de façon significative les domaines de l’économie sociale, de l’action communautaire, de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, de l’innovation sociale et de la philanthropie. Il est reconnu comme l’un des principaux artisans du développement de la recherche partenariale au Québec, modèle qu’il a contribué à institutionnaliser avec la création, en 2014, de la Chaire de recherche UQAM sur la méthodologie et l’épistémologie de la recherche partenariale. Il est aussi à l’origine du Réseau canadien de recherche partenariale sur la philanthropie (PhiLab), unique au Canada, qui étudie le rôle de la philanthropie dans les transformations favorisant la justice sociale et environnementale, ainsi que de la collection Innovation sociale aux Presses de l’Université du Québec.

Son parcours se distingue par une série de réalisations majeures. Il a contribué à structurer le champ de l’économie sociale au Québec, notamment à travers le Consortium de recherche partenariale en économie sociale, projet qui a jeté les bases théoriques et accompagné la structuration du secteur. Il a participé au développement du Centre de recherches sur les innovations sociales (CRISES), dont il est toujours un membre actif. À travers ces initiatives, il a favorisé la création de modèles méthodologiques de recherche collaborative, transdisciplinaire et critique, repris par des universitaires du Québec et d’ailleurs.

Jean-Marc Fontan a dirigé ou participé à plus de 80 projets de recherche, qui ont reçu au-delà de 20 millions de dollars provenant de financements publics et privés. Sa production scientifique comprend 15 ouvrages, 18 directions de revues, plus de 80 chapitres de livres, plus de 70 articles scientifiques ainsi qu’une centaine de rapports et plus de 100 conférences. Engagé dans la vie universitaire et communautaire, il a notamment dirigé le Département de sociologie et siégé à plusieurs comités institutionnels. Il a mis sur pied le premier dispositif québécois de recherche-intervention universitaire hors les murs, l’Incubateur universitaire Parole d’excluEs à Montréal-Nord, qui vise à lutter contre l’exclusion socioéconomique par la revitalisation territoriale.

L’engagement de Jean-Marc Fontan se manifeste également par la formation et le mentorat. Il a formé de nombreuses cohortes d’étudiantes et d’étudiants aux cycles supérieurs, favorisant leur intégration à des projets de recherche appliquée et leur inscription dans la relève universitaire et communautaire. Son approche interdisciplinaire, son humilité, sa rigueur méthodologique et son leadership rassembleur ont inspiré tant ses collègues que la relève étudiante.

Le travail du professeur a été honoré par plusieurs distinctions, dont le Prix d’excellence du partenariat de l’Université du Québec (ex aequo), en 2022, et le prix Carrière en recherche de la Faculté des sciences humaines, en 2024. Bâtisseur de ponts entre le monde universitaire et les communautés, il a joué un rôle clé dans le développement de modèles de recherche-action et la valorisation des savoirs citoyens.

Pour Jean-Marc Fontan, la recherche partenariale reste un idéal à poursuivre. «Au début de ma carrière, mon idéal était de contribuer, tant par le développement de nouvelles connaissances, la formation universitaire que le travail collaboratif, à l’établissement d’une société plus juste, plus solidaire, plus démocratique et plus écologique, souligne-t-il. Cet objectif n’est pas atteint et demeure d’actualité. Aujourd’hui, un regard rétrospectif sur ma carrière m’indique que cet idéal doit s’inscrire dans la modestie où les petits progrès, auxquels j’ai contribué à ma façon et en équipe, représentent de modestes apports indispensables à la poursuite et à l’atteinte de ce grand rêve.»

La cérémonie de remise des Prix du Québec aura lieu au Musée national des beaux-arts du Québec, le 25 novembre prochain.