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Prévention du cyberharcèlement: le milieu de l’information peut faire mieux

Le phénomène est absent des politiques d’entreprise, révèle une étude menée par le professeur Stéphane Villeneuve.

Par Pierre-Etienne Caza

1 décembre 2025 à 15 h 21

Le professeur du Département de didactique Stéphane Villeneuve dévoile ces jours-ci les résultats du deuxième volet de son étude portant sur le phénomène de cyberharcèlement envers les travailleuses et les travailleurs de l’information, réalisée auprès de 12 gestionnaires de 8 médias de différentes tailles du Québec en collaboration avec la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC) et le Service aux collectivités (SAC) de l’UQAM.

Intitulé «Cyberharcèlement dans le milieu de l’information: de la prévention à l’action», le rapport qui en découle est cosigné par le doctorant et chargé de cours Jérémie Bisaillon, la candidate à la maîtrise en communication Clara Lhotellier, la présidente de la FNCC, Annick Charette, et l’agente de développement du SAC Julie Raby.

Dans le cadre du premier volet de son projet, Stéphane Villeneuve avait révélé qu’environ 50 % des travailleuses et travailleurs de l’information avaient déjà subi du cyberharcèlement et que peu de mesures existaient au sein des entreprises pour prévenir le phénomène et pour soutenir les travailleuses et travailleurs après un incident. D’où l’intérêt de la FNCC de documenter les stratégies des organisations médiatiques pour prévenir et gérer les situations de cyberharcèlement.

Davantage de gestion que de prévention

«Selon la majorité des personnes interrogées, le cyberharcèlement, qui avait atteint un sommet durant la pandémie, a diminué surtout depuis le blocage des médias par Meta, révèle Stéphane Villeneuve. Le son de cloche est toutefois différent dans les deux organisations de grande taille – plus de 2000 employés à travers le Canada – où le phénomène est considéré comme omniprésent.»

Le chercheur et son équipe ont constaté qu’il y a des politiques entourant le harcèlement dans les organisations interrogées, mais que le cyberharcèlement n’y est pas toujours mentionné explicitement. «Les mesures en gestion sont plus nombreuses que les mesures en prévention, surtout dans les plus petites organisations», souligne le spécialiste.

En gestion, les organisations suivent généralement un protocole incluant le signalement du cyberharcèlement, la prise en charge par l’employeur et une offre de soutien psychologique au besoin, l’élaboration et la mise en place d’une stratégie selon les cas de figure (intervention sur les médias sociaux, intervention des services juridiques, accompagnement pour faire une plainte à la police).

L’étude révèle que les mesures en prévention mises de l’avant par quelques organisations sont la formation, l’adoption de pratiques en ligne, la diffusion d’une nétiquette sur les médias sociaux et la mise en place d’une boite courriel centralisée.

Quatre recommandations

À la lumière des résultats obtenus, Stéphane Villeneuve et son équipe ont formulé quatre recommandations à l’intention des organisations médiatiques.

«Nous leur recommandons d’intégrer explicitement le cyberharcèlement aux politiques sur le harcèlement en milieu de travail, à la fois en le définissant clairement et en établissant un protocole à suivre, indique le professeur. Nous les invitons également à proposer des mesures en prévention du phénomène, comme l’évaluation des risques et la mise sur pied de formations, qui pourraient être éclairées par la mise en place d’un registre compilant et documentant les cas.»

Les organisations médiatiques sont invitées à poursuivre les efforts pour offrir un soutien individualisé et rapide aux victimes, incluant un suivi. «Nous recommandons enfin de légiférer pour offrir davantage de moyens législatifs et financiers aux organisations afin de prévenir et gérer le cyberharcèlement», conclut Stéphane Villeneuve.