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Première édition des Assises culturelles de l’IA en Francophonie

L’UQAM et l’INRS sont au cœur des enjeux entourant l’usage de l’intelligence artificielle en culture.

27 mai 2025 à 13 h 44

La première édition de Cultur’IA – Les Assises culturelles de l’intelligence artificielle (IA) en Francophonie avait lieu à Québec le 22 mai dernier. Cette journée de réflexion, tenue en prélude à la 5ᵉ Conférence des ministres de la Culture de la Francophonie, a rassemblé près de 80 participantes et participants autour d’enjeux cruciaux: la souveraineté numérique ainsi que la découvrabilité et la promotion des contenus francophones sur les plateformes transnationales.

L’événement était organisé par l’équipe de la Chaire de recherche du Québec sur l’intelligence artificielle et le numérique francophones (Chaire IANF), dont les cotitulaires sont le professeur du Département de communication sociale et publique Destiny Tchéhouali, et le professeur de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) Jonathan Roberge. Les deux chercheurs ont ouvert le bal avec un appel à la concertation de toutes les parties prenantes des milieux culturels, politiques et citoyens.

«Ces Assises ont été l’occasion de croiser nos regards, nos approches, méthodes et perspectives, pour penser différentes pistes de réponses aux risques et aux problèmes que le développement de l’IA fait émerger par rapport à l’équilibre de nos modèles culturels et de nos écosystèmes créatifs francophones, souligne Destiny Tchéhouali. En tant que chercheurs, nous ne pouvons pas nous permettre de rester de simples spectateurs fascinés par toutes les opportunités inédites qu’offrent les systèmes d’IA pour nos expressions culturelles. Nous devrions plutôt nous questionner sur les défis numériques d’aujourd’hui et de demain qui affecteront durablement le devenir de nos cultures et de nos langues au Québec et dans la Francophonie.»

L’ouverture des travaux s’est faite en présence d’Anne-Marie Jean, déléguée aux affaires francophones et multilatérales à la Délégation générale du Québec à Paris du ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec, de Sébastien Cloutier, directeur général des politiques, du numérique, des communications et de l’international du ministère de la Culture et des Communications du Québec, et d’Henri Monceau, représentant de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) auprès des Nations Unies à Genève et à Vienne, chef de file pour la Gouvernance du numérique et de l’IA.

Une IA aux multiples facettes

Les discussions ont souligné la nature pour le moins complexe de l’intelligence artificielle. Loin d’être un simple outil technologique, l’IA transforme en profondeur les questions de sens et de création. Les trois panels thématiques ont permis d’aborder des enjeux actuels en tentant de répondre aux interrogations suivantes: comment les algorithmes de recommandation peuvent-ils mieux valoriser les contenus culturels francophones? Comment concevoir des systèmes d’IA qui reflètent la richesse linguistique et culturelle de la Francophonie? Quelles régulations pour encadrer l’usage de l’IA générative dans la production culturelle?

L’événement avait aussi pour objectif d’interpeller les gouvernements francophones au Québec et à l’international sur la nécessité d’un encadrement éthique et inclusif du numérique.

Une première année prometteuse

Symboliquement, cette journée marquait aussi le premier anniversaire de la Chaire IANF, financée et soutenue par le ministère de l’Enseignement supérieur avec la collaboration du Fonds de recherche du Québec.

Cette Chaire, fruit d’une collaboration stratégique entre l’UQAM et l’INRS, a démontré la pertinence d’une approche partenariale et interdisciplinaire pour mieux comprendre et orienter les transformations numériques qui touchent la culture.

Les recherches menées par la Chaire IANF soulignent que les créations francophones sont de plus en plus minorisées sur les plateformes numériques transnationales et peu mises en visibilité par les systèmes de recommandation automatisés.

L’événement Cultur’IA visait à poser les bases d’un dialogue durable entre chercheurs, institutions et milieux culturels, une initiative appelée à se renouveler et à s’élargir, au service d’une Francophonie numérique plurielle, équitable et souveraine.

Implication lors de la 5e Conférence des ministres de la Culture de la Francophonie

Expert en découvrabilité et en gouvernance du numérique et de l’IA pour l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et pour l’UNESCO, Destiny Tchéhouali a également pris part aux travaux de la 5e Conférence des ministres de la Culture de la Francophonie, qui se déroulait du 22 au 24 mai. «Ce fut un privilège d’avoir été dans les coulisses de l’organisation de cette conférence ministérielle et d’avoir été sollicité par le gouvernement du Québec à titre de rédacteur de la proposition d’avant-projet de Déclaration qui, après avoir fait l’objet de quelques amendements par les États et gouvernements membres de l’OIF, a été finalement adoptée par les ministres de la culture à l’issue de la conférence», raconte le professeur.

Cette déclaration, poursuit-il, réaffirme la souveraineté culturelle des États et gouvernements de la Francophonie à l’ère du numérique et de l’IA. «Son adoption marque le début d’une mobilisation sans précédent des décideurs en charge des politiques culturelles de l’espace francophone, pour parler d’une même voix dans les enceintes multilatérales et élaborer de manière proactive des stratégies communes obligeant les géants du Web à mieux faire découvrir et à faire rayonner la diversité culturelle et linguistique sur les plateformes numériques mondiales.»