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Les fruits montréalais sont-ils bons à manger?

Le Laboratoire sur l’agriculture urbaine publie une étude exploratoire sur la qualité des fruits urbains.

27 mars 2025 à 10 h 32

Les groupes de cueilleurs urbains se développent depuis plusieurs années au Québec. En 2024, ce sont plus de 10 tonnes de fruits urbains qui ont été cueillies par Les Fruits défendus (Montréal), Récolte Frugal (Gatineau) et Cultiver le partage (Trois-Rivières). Pourtant, la quantité récoltée reste faible par rapport au potentiel que représente la présence des arbres fruitiers sur des terrains publics ou privés. Dans une perspective de lutte à l’insécurité alimentaire, il importe de montrer la valeur et l’innocuité de ce potentiel fruitier.

C’est dans cette optique que le Laboratoire sur l’agriculture urbaine (AU/LAB) vient de publier une étude exploratoire sur les risques sanitaires reliés au glanage de fruits urbains. Réalisée en collaboration avec Les Fruits Défendus et le Laboratoire d’analyses environnementales de l’Institut des sciences de l’environnement (ISE), celle-ci donne un premier aperçu des risques de contamination des fruits urbains par les métaux lourds pouvant se trouver dans les sols.

«Ce rapport souligne l’engagement du Laboratoire sur l’agriculture urbaine d’offrir du support et son expertise pour la réalisation d’études qui viennent répondre à des besoins d’organismes communautaires en sécurité alimentaire apportant des solutions innovantes», souligne son directeur scientifique, le professeur associé Éric Duchemin.

Après avoir récolté 38 échantillons de 7 espèces de fruits (pomme, poire, prune, griotte/cerise sûre, cerise, amélanche) dans différentes conditions et procédé à leur analyse, les résultats obtenus corroborent les conclusions des autres études scientifiques sur le sujet: les concentrations en métaux lourds, bien que présentes dans certains fruits, restent en dessous des limites maximales pour la consommation humaine établies par l’Union européenne et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. L’étude confirme ainsi le faible risque associé au glanage urbain. On y indique, en revanche, que les concentrations de métaux sont plus élevées dans la chair des petits fruits comme l’amélanche et la griotte.

«Ce rapport confirme ce que d’autres recherches internationales ont démontré, soit que les fruits urbains contiennent peu ou pas de contaminants, observe Simone Chen, coordonnatrice générale du collectif Les Fruits Défendus. Nous espérons donc que Montréal s’engagera plus activement dans la création de forêts nourricières et de vergers participatifs. Chaque semaine, nous recevons des demandes de Montréalaises et Montréalais pour participer à la cueillette de fruits urbains. Il est temps de passer à l’action pour mettre de l’avant notre patrimoine arboricole.»

Le faible nombre d’échantillons ne permet pas de constater de corrélations claires entre la présence de contaminants dans le sol et dans les fruits récoltés, précisent les auteurs de l’étude. «Nous ne sommes pas non plus en mesure de faire une analyse de l’impact des voies de circulation automobile ou autres sources de contaminants atmosphériques sur les résultats», écrivent-ils. Ainsi, les partenaires de l’étude prévoient mener une étude élargie portant sur un plus grand nombre de sites et incluant le prélèvement et l’analyse d’échantillons de sol et de particules atmosphériques.

«L’UQAM, avec son Laboratoire d’analyses environnementales, a pour objectif de poursuivre cette recherche avec les partenaires que sont AU/LAB et Les Fruits Défendus, souligne Maikel Rosabal Rodriguez, professeur au Département des sciences biologiques. Le Laboratoire d’analyses environnementales de l’ISE, dont la mission est de promouvoir la formation étudiante et la recherche collaborative, en est déjà à sa deuxième collaboration avec AU/LAB et le mouvement de l’agriculture urbaine.»