Du 3 au 5 juin prochains, l’UQAM accueillera le 5e congrès biannuel de l’International Network for the Study of Lyric (INSL) sous le thème «Actualités du poème: ancrages historiques et contemporains». Coorganisé par les professeurs du Département d’études littéraires Denise Brassard et Marc-André Brouillette ainsi que par la professeure de l’Université de Sherbrooke Nathalie Watteyne, cet événement aura lieu pour la première fois au Canada. Plus de 170 participantes et participants provenant des milieux de la poésie, de la recherche, de l’édition, de la traduction et de la performance dans différents pays se réuniront afin de partager leur passion pour l’expression poétique. En plus des quelque 70 ateliers et conférences au programme, le congrès propose des lectures-performances, des promenades littéraires dans les rues du Quartier latin et des spectacles de poésie.
Créée en 2015 à l’Université de Fribourg, en Suisse, l’INSL rassemble des chercheuses et chercheurs d’Europe et des Amériques intéressés par l’étude de la théorie de la poésie, explique Denis Brassard, qui est membre du conseil d’administration. L’INSL vise à favoriser les discussions et échanges internationaux autour de différentes traditions littéraires et linguistiques, en partageant des informations et des travaux scientifiques sur la création en poésie.
Ce n’est pas un hasard si l’INSL a choisi de tenir son congrès à Montréal, notamment à l’UQAM.
«La poésie est particulièrement vivante à Montréal. Elle fait partie de son ADN, comme celui de l’UQAM, qui, depuis sa fondation, enseigne et fait la promotion de la création littéraire.»
Marc-André Brouillette,
Professeur au Département d’études littéraires
Contrairement aux colloques traditionnels, la rencontre ne porte pas sur une thématique spécifique. «Son objectif est de favoriser les liens entre des chercheuses et chercheurs, et également des poètes et éditeurs provenant de partout dans le monde, se situant ainsi au carrefour de la recherche et de la création», dit Denise Brassard. Le congrès souhaite montrer que la poésie est toujours actuelle, qu’elle remet en question notre rapport au temps, au monde, au langage et au sens, qu’elle est un lieu idéal pour questionner divers aspects de la culture et de la réalité contemporaines.
L’esprit du congrès est marqué par l’ouverture et la diversité, poursuit Marc-André Brouillette. «Nul besoin d’être un spécialiste de la poésie pour participer aux nombreuses activités. Certaines personnes pourront être attirées par une séance sur l’écoféminisme et le vivant dans la poésie, d’autres par des ateliers sur la poésie hispanophone ou russe, d’autres encore par des performances ou par des discussions sur des questions esthétiques et sociales en lien avec la poésie.» Des conférences plénières sont aussi à l’agenda. L’une d’elles portera sur la manière dont la poésie de Gaston Miron, éminemment située et attachée à une langue particulière, a pu circuler et résonner dans d’autres langues et espaces que ceux du Québec.
Présence de la poésie
Au Québec, la poésie occupe une place privilégiée dans la culture depuis plusieurs décennies, observe Marc-André Brouillette. «Il n’y a pas si longtemps, lors du le Printemps érable, en 2012, la poésie a répondu à un élan de contestation et de prise de parole, canalisant les énergies d’une partie de la jeunesse.» Cette année-là, rappelle le chercheur, un vers de Gaston Miron, Nous sommes devenus les bêtes féroces de l’espoir, s’affichait sur les murs de Montréal et sur les banderoles étudiantes.
Selon Marc-André Brouillette, la production éditoriale est florissante au Québec et les maisons d’édition se multiplient pour favoriser l’expression d’esthétiques variées. Sa collègue Denise Brassard abonde dans le même sens. «J’ai assisté dernièrement à la remise du prix Émile-Nelligan, décerné à des poètes de 35 ans ou moins, et j’ai été frappée par la qualité des productions soumises au jury», souligne-t-elle.
La poésie est aussi présente dans de petites salles de spectacle et dans des bars de quartier, même si cela ne fait pas l’objet d’une couverture médiatique. «Ces manifestations témoignent de la vivacité de la poésie québécoise actuelle», remarque la professeure.
Interroger le rapport au réel
Plusieurs questions seront soulevées lors du congrès. Ainsi, que nous dit la poésie, celle d’ici comme celle d’ailleurs, sur l’époque contemporaine? À quoi est-elle attentive?
«Le rôle de la poésie est d’interroger en problématisant notre rapport au réel. On ne conçoit plus la poésie comme un langage élitiste axé principalement sur la dimension esthétique. Les poètes ont des antennes, ils perçoivent des choses qui sont dans l’air du temps et qu’ils parviennent à mettre en mots et en images.»
Denise Brassard,
Professeure au Département d’études littéraires
On observe ainsi chez les poètes un intérêt grandissant pour les voix marginales, autochtones notamment, les enjeux identitaires, les rapports entre les cultures, ou encore la crise environnementale.
«La poésie aborde la complexité du monde réel de manière sensible, traitant de questions et d’expériences vécues dans un autre langage que celui de la logique ou de la raison, relève Marc-André Brouillette. Avec son propre regard et son propre imaginaire, la poésie entre en interaction avec des préoccupations actuelles, qu’elles soient intimes ou plus collectives.»
En marge du congrès
En marge du congrès, des activités seront organisées à l’extérieur de l’UQAM, en collaboration avec des organismes partenaires. Le 1er juin, le Festival de la poésie de Montréal présente la table ronde «La poésie en anthologie: mémoire, présence, résistance», qui aura lieu à la librairie La Livrerie, dans le quartier Centre-Sud. La rencontre abordera la façon dont la poésie construit une mémoire et inscrit son historicité dans les imaginaires collectifs à travers les ouvrages d’anthologie. La poète Nicole Brossard, qui a codirigé la publication de La poésie des femmes au Québec: des origines à nos jours, fera partie des invités.
Le 2 juin, la salle de spectacle Sala Rossa, dans le Mile End, accueillera «Amériques mosh pit», autre événement organisé en partenariat avec le Festival de la poésie de Montréal. À mi-chemin entre le concert choral, le cabaret éclaté et le cri collectif, cette soirée de poésie fera entendre des voix venues du Guatemala, d’Argentine et de l’Acadie, en plus d’autres artistes tels que Jean-Paul Daoust, Louise Forestier, Hector Ruiz, Erika Soucy et Olivia Tapiero, tous accompagnés par un mini-orchestre.
Dans un autre registre, deux promenades, l’une en français et l’autre en anglais, proposées par l’organisme La poésie partout auront lieu dans les rues du Quartier latin le 3 juin (14 h 30 à 15 h 30). Guidée par les poètes Joël Pourbaix et Jonathan Lamy, les promenades porteront sur l’histoire de la vie littéraire et poétique montréalaise.
Enfin, le Cabaret Lion d’or sera l’hôte du spectacle littéraire Onweh, le 4 juin à compter de 18 h 30. Ce spectacle se veut un manifeste poétique au féminin pour la sauvegarde des langues ancestrales, des cultures autochtones et du territoire. Dans un environnement musical délicat, deux figures de la poésie autochtone, Joséphine Bacon, Aînée en résidence à l’UQAM, et Andrée Levesque Sioui, convieront le public à redécouvrir notre humanité commune et à nous engager sur le chemin de la guérison par la poésie, le chant et le conte.
Lors de la dernière journée du congrès, le 5 juin, une activité intitulée «Forum» sera consacrée à la création d’un comité étudiant au sein de l’INS. Son mandat sera de favoriser les échanges entre les membres étudiants et étudiantes inscrits aux cycles supérieurs ainsi que la diffusion et la promotion de leurs travaux.
Plusieurs partenaires sont associés à l’organisation du congrès, dont la Faculté des arts, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), le Laboratoire Passages, Arts et Littératures de l’Université Lumière-Lyon 2, le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture au Québec (CRILCQ), le Centre Anne-Hébert de l’Université Sherbrooke, l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ), le Festival de la poésie de Montréal et le Festival Metropolis bleu.