Est-ce acceptable de négocier une proposition sexuelle après un refus? Les femmes utilisent-elles les accusations d’agression sexuelle pour se venger des hommes? Quand les femmes vont à des fêtes en portant des vêtements jugés provocateurs, cherchent-elles l’attention sexuelle de la part des hommes? Ces questions, qui reflètent des attitudes et mythes persistants entourant la violence sexuelle, étaient au cœur d’une enquête en ligne menée par la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur (VSSMES), dont la titulaire est la professeure du Département de sexologie Manon Bergeron.
Soutenue par le gouvernement du Québec/Secrétariat à la condition féminine, l’étude portait sur les attitudes face au consentement sexuel ainsi que sur les mythes et préjugés liés à l’agression sexuelle. Les résultats révèlent que, si les attitudes générales de la population québécoise témoignent d’avancées encourageantes, certains enjeux demeurent préoccupants.
L’étude repose sur un échantillon représentatif de la population québécoise composé de 1 222 personnes âgées de 15 ans et plus ayant répondu à un questionnaire en ligne. Les données comparatives selon le genre excluent les personnes s’identifiant aux minorités de genre, en raison de leur trop faible nombre dans l’échantillon pour garantir la robustesse statistique.
Dirigée par Manon Bergeron, l’équipe de recherche comprenait également Sandrine Ricci, doctorante en sociologie, ainsi que les professeures de l’Université du Québec en Outaouais Karine Baril et Dominique Trottier.
Attitudes face au consentement sexuel
Le premier volet de l’enquête portait sur les attitudes face au consentement sexuel. «L’analyse des données met en lumière des écarts importants qui subsistent selon le genre: les femmes sont plus nombreuses à exprimer des attitudes positives, tandis que les hommes se distinguent par des positions moins favorables», souligne Manon Bergeron.
Les résultats révèlent qu’une personne sur quatre (20 % des femmes contre 27 % des hommes) s’est déclarée d’accord ou neutre avec l’énoncé suivant: «C’est parfois correct de ne pas demander le consentement sexuel». Une personne sur huit (18 % d’hommes contre 7 % de femmes) avait une posture ambiguë ou favorable face à cet autre énoncé: «Si une proposition sexuelle est faite et que le ou la partenaire dit “non”, c’est correct de continuer à négocier la proposition».
Mythes et préjugés liés à l’agression sexuelle
Les résultats de l’enquête montrent une adhésion marquée à certains mythes et préjugés qui compromettent la reconnaissance sociale et institutionnelle de l’agression sexuelle, notamment ceux remettant en question la crédibilité des victimes.
«Les croyances recueillant les niveaux d’adhésion les plus élevés sont celles qui véhiculent le mythe de la femme menteuse, qui accuserait injustement un homme d’agression sexuelle, observe Karine Baril, l’une des co-chercheuses. Cette idée s’appuie sur la présomption que les fausses allégations sont fréquentes, ce qui va pourtant à l’encontre des connaissances établies sur la question.»
À peine un peu plus du tiers (35 %) des personnes répondantes rejette complètement l’affirmation suivante: «Les accusations d’agression sexuelle sont souvent utilisées comme une façon de se venger des hommes». Soixante-dix-sept pour cent des hommes (contre 53 % des femmes) ne rejettent pas totalement cette idée.
Par ailleurs, 79 % des hommes (contre 53 % des femmes) ne rejettent pas totalement cette autre affirmation: «Si une femme initie des baisers ou des caresses, elle ne devrait pas être surprise si un homme assume qu’elle veut avoir une relation sexuelle».
Des groupes sociaux plus vulnérables
Les hommes adhèrent davantage aux mythes sur l’agression sexuelle que les femmes. Ils présentent systématiquement des niveaux d’adhésion plus élevés à l’ensemble des catégories de mythes mesurés, qu’il s’agisse de ceux qui rejettent la faute sur les personnes victimes, ceux qui déresponsabilisent les agresseurs, ceux qui minimisent la gravité des actes ou encore ceux qui remettent en question la crédibilité des femmes victimes.
Autre constat préoccupant, les personnes âgées de 15 à 25 ans ainsi que celles de 66 ans et plus présentent des niveaux d’adhésion plus élevés à plusieurs catégories de mythes sur l’agression sexuelle, comparativement aux autres tranches d’âge, notamment ceux qui tendent à déresponsabiliser l’agresseur et à remettre en question la crédibilité des femmes victimes d’agression sexuelle.
Renforcer la sensibilisation
«Ces résultats soulignent l’importance d’intensifier les efforts de sensibilisation et d’éducation sur le consentement sexuel et la violence sexuelle, afin de favoriser une culture du respect», concluent les professeures Manon Bergeron et Karine Baril.
Depuis sa création en octobre 2018, la Chaire de recherche VSSMES a pour mission de contribuer à la prévention des violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur au Québec et au Canada grâce à l’observation, à l’évaluation et à la mobilisation. La Chaire est financée par le ministère de l’Enseignement supérieur.
On peut consulter les divers rapports de recherche de la Chaire sur son site web.